Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Je rejette le terme “piratage”. Ce sont des gens qui écoutent de la musique et la partagent avec d’autres personnes.

Steve Albini, pilier du rock indépendant américain depuis 1982

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

vendredi 25 février 2011 09:33

  • cinéma

Borgne to be alive

par Didier Péron, Gilles Renault

DR

» sur le même sujet

« Quatre films en quatre ans : Nous envisageons de lever le pied ! »

Joel Coen raconte la genèse de « True Grit » et le travail en tandem avec son frère Ethan.

True Grit de Joel et Ethan Coen avec Jeff Bridges, Matt Damon, Josh Brolin, Hailee Steinfeld… 1 h 50.

Les frères Coen, à qui tant de choses réussissent, tournent beaucoup. Donc, un peu trop. Quatre films en quatre ans, cela interdit presque de facto le sans-faute, sans dissiper pour autant le plaisir volatil du divertissement. Ancré au lendemain de la guerre de Sécession, True Grit marque l’intrusion du tandem dans le western - sauf à considérer qu’une odyssée comme No Country for Old Men préfigure une vision violemment customisée du Far West. Il existe déjà un True Grit, dont Joel et Ethan Coen font peu de cas : c’est, en v.f., Cent Dollars pour un shérif, avec John Wayne, tourné en 1969 par Henry Hathaway, qui n’était pourtant pas manchot (Nevada Smith, Cinq Cartes à abattre).

Wayne récolta un oscar pour sa prestation bourrue. Mais la matrice est littéraire, roman célèbre de Charles Portis (en France aux éditions du Serpent à plumes, traduction John Doucette), à partir duquel a été confectionnée une trame mêlant action et quête initiatique, parsemée d’éléments dramatiques que pondère une tentation parodique (bons mots, tronches patibulaires, clins d’œil) captant à peu près autant l’attention qu’elle la maintient à distance. Le livre date de 1968 et on peut donc considérer qu’il aborde le genre du western avec tous les éléments de la modernité, c’est-à-dire un certain désenchantement et un recul quant à la mythologie américaine, qui s’embourbe au Vietnam au même moment.

 

De temps à autre (le cadavre dans la neige de la scène d’ouverture, un corps pendu trop haut dans un arbre, une chute au fond d’un trou), les Coen taquinent eux aussi la légende et ravivent la maestria qui les caractérise depuis Sang pour sang en 1984. Mais, de palabres en gunfights réglementaires, l’impression d’ensemble n’en demeure pas moins positivement indulgente, fidèle à une certaine « Americana » intangible à travers les âges. A tel point que le commentateur culturel Daniel Menaker n’a pas hésité à dire que True Grit, qui, sorti le 22 décembre, remporte un succès considérable outre-Atlantique (il a rapporté en treize jours d’exploitation plus que les 7 précédents films de Coen en treize ans !) était le parfait film Tea Party, notamment parce que l’Etat, représenté par le shérif, est jugé incapable de résoudre les problèmes de violence entre citoyens et que, tout au long du récit, la légitime défense et la nécessité d’avoir une arme sont valorisées.

DR

Dominé par trois personnages qui, pour des raisons différentes, pourchassent le même homme, coupable de meurtre (il a tué le père de la gamine, elle veut se venger), True Grit vaut aussi, et peut-être essentiellement, pour l’abattage de Jeff Bridges qui reprend le rôle de Rooster Cogburn (qu’interprétait Wayne), marshal pochetron déphasé se tenant à peine sur son cheval mais capable de viser deux pièces de monnaie jetées en l’air. On appréciera aussi la composition en finesse de Matt Damon qui, en Texas Ranger énigmatiquement benêt (et traînant avec fierté un blaze pas possible : LaBoeuf), confirme après l’Au-delà de Clint Eastwood sa capacité à rehausser un récit. Entre les deux, la jeune Hailee Steinfeld dans le rôle de l’insolente Mattie Ross, découverte au terme d’un casting épique d’environ 15 000 candidates, bien que très exposée, s’avère un choix un peu décevant. Dans le film de Henry Hathaway, la fille avait 21 ans. En choisissant une ado, les Coen ont retrouvé l’esprit du livre, qui joue de la dissymétrie entre cette effrontée et ceux qu’elle paye pour laver le sang du paternel.

Les trois personnages emploient un niveau de langage plus soutenu que la moyenne dans le genre garçon-vacher, et c’était manifestement l’un des points qui intéressaient les Coen, donner au film une dimension de roman d’initiation picaresque avec des héros plus raffinés qu’ils n’en ont l’air et confrontés à un environnement de dangers insolites (sans Indiens, on en voit quasiment aucun). La magnifique photographie de leur fidèle chef opérateur Roger Deakins, avec notamment de très belles séquences nocturnes, rend True Grit séduisant même s’il n’a pas de toute évidence ni la force perturbante de No Country for Old Men ni la liberté sarcastique de A Serious Man.

Paru dans Libération du 23/02/2011


Il y a 0 réaction à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

article précédent
Pewpewpew à portée de voix
article suivant
Dis m’en plus, DSK !


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • écrire à Didier Péron
  • écrire à Gilles Renault
  • réactions (0)
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • Wikipédia au secours de la recherche ?
  • Nosdeputes.fr libère l’Assemblée sortante
  • En attendant Rossel, Hersant empire
  • Dans le secret des lieux
  • Parti pirate : « Nous avons beaucoup de propositions concrètes et qui ne coûtent rien »

Lib.fr

  • A Montréal, «la loi spéciale, on s'en câlisse»
  • A la mairie de Saint-Max, 24 heures de lutte contre les inondations
  • Un vol Paris-Charlotte dévié à cause d'une passagère française
  • Attentat contre Uribe déjoué à Buenos Aires
  • A la une de «Libé» : Égypte, le printemps perdu
publicité

Hum, bizarre...

img75
Dans le secret des lieux

L’un des gouvernements les plus zélés sur Google Earth est celui des Pays-Bas, qui a recouvert d’esthétiques polygones des centaines de sites stratégiques (palais royaux, dépôts de fuel, bases militaires...)


Chronophage

Spewer

Attention, jeu dégueu.


Vidéo box

img75
Meilleurs souvenirs du net

Marco Cadioli se livre à des dérives existentielles autour du globe avec Google Earth.


Vendredi, à poils !

img75
« Ce glandeur de phoque du Groenland n’a pas de boulot »


No comment

img75
Tu sais, Brad...

« J’aime venir de temps en temps ici et regarder les avions passer. »


Inutile donc inutile

img75
Carte mémoire

Mille cinq années de mouvements de frontières en Europe résumées en onze minutes. Abstrait et hypnotique.




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008