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lundi 12 octobre 2009 18:27

  • télévision

« Braquo » ne touche pas le butin

par Bruno Icher

tag : série

Quatre flics en pleine descente aux enfers. Photo Tibo Anouchka. GAPA. DRAMA. CANAL+

Braquo
Série d’Olivier Marchal, 1 et 2/8, ce soir à 20 h 45 sur Canal +.

Dans le paysage toujours aussi plombé du polar télé à la française, les fictions Canal font plus que jamais figure de laboratoire solitaire. Enchaînant des séries comme Engrenages, Mafiosa ou Scalp ainsi que des unitaires consacrés à des affaires contemporaines, la chaîne cryptée a le bon goût de maintenir un cap exigeant. Et donc casse-gueule.

Illustration de l’instabilité de la formule avec Braquo, la série noire comme de l’encre écrite par Olivier Marchal. Il s’agit d’une plongée dans l’intimité mouvementée d’une équipe de flics en pleine descente aux enfers. Ils se connaissent comme frères et sœurs, se sont juré tacitement une loyauté qui, au fil des ans et de leurs coups tordus, est devenue à la fois leur ciment, leur unique horizon social, mais aussi leur handicap. Comme ils exercent leur métier avec les mêmes méthodes expéditives que les voyous, ils ne sont pas particulièrement bien vus par la hiérarchie qui, pourtant, ferme les yeux, contrairement aux fouille-merde de l’IGS qui mettraient bien ce joli monde derrière des barreaux. Pour la fine équipe, les choses commencent à déraper sérieusement lorsque, par accident, ils commettent l’irréparable. Leurs tentatives désespérées pour s’extirper du pétrin n’ont pour effet que de les y enfoncer un peu plus.

A la lecture du contexte, il est bien difficile de ne pas avoir une pensée furtive pour The Shield, la série de Shawn Ryan qui, sept saisons durant, a rongé jusqu’à l’os le thème des flics corrompus et violents, mais attachants. Au crédit de Braquo, la différence s’arrête là puisque la série s’est gardée d’adopter les tics de son homologue américaine. Des situations aux décors, en passant par les personnages et les dialogues, l’action reste dans le registre qui a fait le succès d’Olivier Marchal. Evidemment, il faut aimer. Il est ainsi vivement recommandé d’apprécier les séances de picole où les héros fourbus broient du noir en fumant comme des pompiers tout en lançant ces formules argotiques un poil sentencieuses dont l’auteur à le secret. Il paraît qu’on parle comme ça dans les commissariats.

Plus gênant, le scénario, à force de tripatouiller les notions de bien et de mal, finit par se prendre les pieds dans le tapis. Comme si l’auteur, à moins que ce ne soit le producteur ou le diffuseur, ne s’était jamais résolu à assumer le fait que ses personnages pouvaient être, au moins de temps en temps, de vrais salauds. Peu importent leurs actes, ils restent de braves types et de chouettes filles que la vie et la société ont trop malmenés et qui restent fidèles à une éthique dont les contours se dissolvent peu à peu dans les rebondissements chaotiques du scénario. Et si un suspect est passé à tabac, c’est qu’il a violé et étranglé une femme enceinte. Pas moins. Du coup, au lieu de chatouiller vraiment le sens moral du télé­spectateur, Braquo s’arrête à la porte des territoires plus ambigus qu’elle semblait s’être promis d’explorer.

Paru dans Libération du 12 octobre 2009


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