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lundi 21 novembre 2011 18:26

  • télévision

« Braquo », poulets élevés en plein nerfs

par Bruno Icher

tags : série , Canal+

DR

Braquo, série d’Olivier Marchal
saison 2, ép. 1 et 2/8
Canal +, ce soir à 20 h 55.

 

Avec la seconde saison de Braquo, la télévision française tient la meilleure comédie de l’année. Impossible de décrire autrement le gigantisme du naufrage, sinon au travers de sa dimension parodique et, paraît-il, tout à fait involontaire.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il n’est pas inutile de replacer cette affaire dans son contexte, expliquant en partie cette déconfiture. Le succès remporté par la première saison de Braquo, l’an dernier sur Canal + , dépassant même les espérances du diffuseur, avait mécaniquement impliqué la fabrication d’une suite. Ce à quoi, manifestement, personne n’avait jugé bon de se préparer. Au cours de sa première saison, la fiction, rivée au plus près de l’univers référentiel de l’ancien flic devenu scénariste et réalisateur Olivier Marchal (flics au bord de la crise de nerfs, picole, cigarettes à la chaîne et destins désespérés), entraînait ses personnages dans une succession de catastrophes qu’ils provoquaient eux-mêmes en cherchant à se sortir d’affaire. A défaut d’échapper à la caricature, l’idée, inscrite dans le droit fil du polar noir, donnait une colonne vertébrale solide. Ce n’est plus le cas.

Pour résumer les deux premiers épisodes diffusés ce soir, hormis une scène de braquage rondement menée et assortie d’hectolitres d’hémoglobine et autant de coups de feu qu’à Stalingrad, tout va de travers. À commencer par une intrigue centrale embarrassante tant elle empeste le bricolage. La fine équipe du commissaire Kaplan (Jean-Hugues Anglade en Jack Bauer fourbu) doit payer ses erreurs. La jeune femme (Karole Rocher) est rétrogradée dans un obscur commissariat où son chef la harcèle sans qu’elle ne pense une seconde à démissionner. Son solide collègue, campé par Joseph Malerba, est affecté au garage de la police, événement qui, sans raison cohérente, l’oblige à aller vivre dans un taudis qui indispose sa famille. Le troisième larron, incarné par Nicolas Duvauchelle (qui devrait renoncer aux tee-shirts moulants ou aux lasagnes au fromage), noie dans les folles nuits parisiennes son chagrin d’avoir été viré de la police. Il y aspire des quintaux de coke (addiction dont il se débarrassera mystérieusement plus tard) et y fait de mauvaises rencontres, dont une prostituée chargée de le piéger et dont il tombe amoureux. Enfin, le plus mal loti, Kaplan lui-même (Anglade), se retrouve en prison où il est censé moisir de nombreuses années. A cet instant, le scénario est arrivé dans une impasse dont les auteurs se sortent en inventant une invraisemblable grâce ministérielle. A condition, toutefois, que l’équipe infiltre dans le plus grand secret une bande d’ex-légionnaires préparant un mauvais coup…

La suite relève d’un sketch des Nuls sous acide. En vrac, Kaplan et son équipe devront dérober un prototype de fusil à tirer dans les coins conçus pour l’armée et venir à bout, méthodiquement, d’une collection de méchants digne du Livre des records, parmi lesquels une famille de gangsters séfarades, la mafia arménienne, un bandit psychopathe, un général pourri, une imitation de Liliane Bettencourt, un avocat marron et un agent secret sadique.

Sans doute soucieux de ne laisser aucun répit au spectateur, les auteurs n’ont pas mégoté non plus sur les intrigues secondaires aux ramifications aussi nombreuses qu’inutiles.

A titre indicatif, citons l’histoire d’amour, aussi artificielle qu’impossible, entre Kaplan et la sœur d’un des gars qu’il « fume » (on dit « fumer » et pas « flinguer » dans Braquo). Dans ces conditions, il aurait été miraculeux que les acteurs puissent sauver quelque chose du désastre. D’autant que, au rayon des dialogues, ils n’ont pas été épargnés. Sur le mode de « l’audace, c’est l’injure », principe découvert très récemment par la télévision française, la quasi-totalité des répliques emploient « enculé » comme virgule et « fils de pute » comme point final. À ce degré, le procédé relève du syndrome de Gilles de la Tourette. Pour les plus courageux, Braquo 2 compte huit épisodes de cet acabit et la fin laisse entendre une troisième édition. On n’a pas fini de rire.

 

Paru dans Libération du 21 novembre 2011


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