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samedi 20 mai 2006 13:07

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« Bureau » tics à la loupe

Adaptée d’un concept britannique, la série raconte avec un humour hyperréaliste la vie dans une entreprise type.

par Frédérique Roussel

tag : série

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La crème de l’humour anglais

Créée en 2001 et pourtant méconnue en France, la série The Office a fait le régal de la BBC, en Grande-Bretagne.

Bienvenue à la Cogirep, troisième fabricant de papier hexagonal. Et voici Gilles Triquet, 50 ans, directeur régional à l’antenne de Villepinte, située allée Jacques-Prévert, entre la Sogim et la Logidis. Une équipe de télévision vient le filmer, et il ne se sent plus de joie. Débonnaire, il attaque les présentations par la craquante réceptionniste Laetitia qui le regarde l’air affligé la draguer lourdement. Il y a aussi Joël Liotard, son assistant, chefaillon à ses bottes, et le beau Paul Delorme, chef de produit, célibataire sympathique. Ah, et là, c’est le service comptabilité, où tous ont l’air de pièces de musée figées dans le formol. Le décor est posé. La vie de bureau, avec ses rumeurs de licenciement et ses montages pornos qui circulent par e-mail, son patron faussement paternaliste qui joue avec son Simpson en mousse quand on l’énerve, le Saint-Nectaire glissé dans le tiroir du voisin allergique au fromage, les ronds de jambe au supérieur et le pot d’anniversaire avec une bite gonflable géante en cadeau... Registre identique mais à l’opposé d’un Caméra café. Ici, la vulgarité met au moins aussi mal à l’aise qu’elle amuse.

L’adaptation de la série anglaise à succès The Office arrive sur Canal + le 25 mai. Ce sont Nicolas et Bruno qui s’y sont collés avec un enthousiasme non feint. « On a toujours été passionnés par les PME », répond en coeur ce duo (connu sous ces deux prénoms) qui travaille en kolkhoze et qui avait fait merveille avec ses Messages à caractère informatif, chronique grinçante et poilante de la vie de bureau vue par le détournement de films d’entreprise époque 70 et 80. Pour le Bureau, des repérages ont été effectués in vivo, dans des entreprises de la banlieue parisienne pour s’imprégner de l’esprit des lieux. Ils sont d’ailleurs tombés sur une Triquet en jupons, qui leur a joué le « je-n’ai-pas-beaucoup-de-temps, je-suis-débordée », avant de leur accorder six heures de son temps si précieux.

S’ils ont gardé la trame de la série originale (qui a aussi inspiré un spin off américain qui cartonne sur NBC), Nicolas et Bruno ont tenté de prendre de la distance pour imprimer leur marque. Condition préalable exigée des comédiens et des techniciens : ne pas regarder The Office. Comme dans cette dernière, le spectateur français se retrouve projeté dans une entreprise de papier. Mais peu importe. Le noeud, ce sont les relations qui se tissent entre collègues. Pour plonger les comédiens dans le bain, les réalisateurs leur ont concocté un petit séminaire d’intégration préalable avec un consultant accoutumé à intervenir en entreprise. « Ils ont eu droit à une introduction sur la fabrication du papier, explique Bruno. Puis ils devaient se présenter. » Chacun a eu à dévoiler son animal totem ou son objet ménager favori. Ce fut le seul moment d’improvisation. La suite a été écrite au cordeau.

Car le projet a quelque part un caractère total, obéissant au mécanisme d’horlogerie du comique le plus fin. Pas d’à peu près dans ce qui veut passer pour un quasi-documentaire. Reconstitution réaliste d’une entreprise type dans la zone industrielle d’Aulnay-sous-Bois, tournage en journée pour profiter de la lumière... et des néons, et présence obligatoire de l’équipe de 10 à 18 heures avec déjeuner à la cantine (mmm, la macédoine de légumes !). Et au moins vingt-cinq prises par scène. « J’en pouvais plus au bout de trois jours, raconte François Berléand, qui campe un Triquet tête à claques. Il fallait me mettre trente-cinq pages de texte par épisode dans la tête et subir trente plans-séquences par scène. Epuisant. » Difficulté corsée par la présence d’une caméra dans la série elle-même, puisque le scénario se base sur la visite d’une équipe télé qui vient filmer à la Cogirep. Il fallait à la fois jouer son rôle et songer à regarder cette caméra, sans trop d’ostentation, en équilibre délicat.

La première impression sent le rance et le plus bas que la ceinture. Mais la véracité des lieux et le réalisme des situations et des profils (que celui qui n’a pas connu un collègue qui ressemble à l’un des personnages du Bureau se dénonce) fondent la curiosité. Gilles Triquet est insupportable (« pas facile de jouer un abruti fini qui n’a aucune logique », reconnaît Berléand), mais drôlement pathétique. On s’attache à ses coreligionnaires de la Cogirep – casting approprié – au fur et à mesure de la saison. Il y a de vrais grands moments dans le Bureau, dans la macération de ce huis clos naturaliste, si proche de la réalité qu’il finit par provoquer un malaise durable.


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