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vendredi 19 mars 2010 10:23

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C’est Kratos qui déicide

par Olivier Séguret

DR

God of War III
développé pour PS3 par Santa Monica Studio.
70 euros.

Née en 2005, la licence God of War est l’une des plus tonitruantes et spectaculaires de l’histoire récente des jeux vidéo. Son héros, Kratos, a déjà conquis les foules à deux reprises sur PS2 et le troisième volet de ses aventures, sorti hier et déjà promis à la domination des ventes, lève le rideau sur son passage très attendu à la haute définition. Il constitue aussi le bouquet final d’une série cohérente, conçue dès l’origine comme une trilogie. L’épopée de Kratos trouve donc ici son terme provisoire, mais God of War n’est pas près de s’éteindre, comme l’explique Steve Caterson, senior producer du studio Santa Monica, sur le site professionnel Gamasutra.com.

Mettons tout de suite à l’aise les professeurs de vertu : il est difficile de nier que Kratos puisse commettre ici ou là quelques incivilités regrettables. Et confortons les mêmes dans leur dégoût : God of War III est irrécupérable et c’est pour ça qu’il est inestimable. L’ouverture du jeu, totalement opératique, ne laisse aucun doute sur ses intentions : la matière première, la substance ludique avec laquelle le joueur va devoir se confronter, c’est la violence. Au moment de sa prise en mains par le joueur, Kratos se trouve quasiment là où l’avait laissé le finale du volet précédent. Une lutte dantesque l’oppose à Poséidon sur les flancs du mont Olympe et la façon vicieuse dont il faut achever la divinité nous met tout de suite au parfum sur le niveau de férocité auquel planera le reste de l’aventure. Il y a une bonne raison à cela : le moteur de Kratos est la haine, la haine des dieux. Il a de sérieux motifs et, ma foi ( !), comment lui donner totalement tort ?

Il ne faut pas imaginer que les développeurs soient de stupides inconscients : ils ne laissent aucune place au sadisme ou à la morbidité. Ils savent maintenir un équilibre insolent entre la pulsion et sa caricature grotesque. Ici, la violence n’est pas tant envisagée sous l’angle de la barbarie compulsive que sous celui de la débauche et de la lubricité. L’horreur exagérée s’y mélange à l’ironie (parfois au comique quand il s’agit d’arracher un ongle à Chronos…), dans une fusion plus proche du Grand Guignol ou du train fantôme superlatif que de la pathologie nazie. Quelque chose nous dit qu’il vaut mieux God of War qu’une violence euphémisée, qui serait prétendument « équilibrée » et raisonnable, où l’on tuerait poliment, avec une aimable sobriété, pleine de tact et de distinction.

Mais God of War III, c’est aussi autre chose : une incroyable prouesse visuelle et technique. Emanant d’un studio qui est la propriété de Sony, la licence a toujours joué un rôle de vitrine technologique. Sont ainsi rameutées dans ce jeu toutes les ressources possibles de la PS3, à un moment du cycle des consoles où les machines et les développeurs-programmateurs commencent à donner leur meilleur (on le vérifiera chez le concurrent Xbox avec Alan Wake ou Fable III).

Le résultat est proprement tuant : depuis l’animation de Kratos, terriblement graphique et charnelle à la fois, qui a fait de splendides progrès, jusqu’au gigantisme des scènes en temps réel où sont affrontés boss, dieux et titans, ahurissantes de précision et de fluidité, même quand des dizaines d’ennemis s’agitent alentour. Impossible de ne pas saluer non plus ce qu’il faut bien appeler la « mise en scène » continue par laquelle le jeu évolue, ses mouvements de caméra amples et fermes mais toujours lyriques, ses musiques et ses impeccables trucages sonores, chaque centimètre carré de la vaste aventure ayant été scripté dans un dosage à peu près irréprochable d’action, de déplacements et de cinématiques.

Chaque rose ayant ses imperfections, signalons l’absence souvent frustrante de contrôle sur la caméra et l’horrible doublage français de Kratos (rectifiable dans le menu). Pour le reste, remettons-nous en à la formule heureuse trouvée par le site Gamekult  : « Tellement beau que t’en chiales. Homère aurait adoré. » Pas mieux.

Paru dans Libération du 18 mars 2010


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