Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Le piratage est un danger pour l’avenir de notre civilisation.

Muriel Marland-Militello, députée UMP

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

mardi 19 mai 2009 17:22

  • cinéma

C’est du Lars ou du cochon  ?

Nouveau Von Trier, cru, violent et déroutant.

par Olivier Séguret

tags : gore , cinéma d’auteur , Cannes 2009

DR

Sélection officielle Antichrist de Lars von Trier avec Charlotte Gainsbourg, Willem Dafoe… 1 h 44. Sortie française le 3 juin.

Euh, comment dire  ? Il est vraiment bizarre, l’ Antichrist de Lars von Trier. Pas tellement du côté du scénario, très simple à raconter, mais du côté du sens, indéchiffrable. L’histoire, donc, est celle d’un couple qui perd son enfant, tombé de la fenêtre pendant que ses parents faisaient l’amour. Cette tragédie cardinale forme un prologue lyrique (Haendel aux platines), derrière lequel trois chapitres s’enchaînent comme autant de stations sur le chemin de croix du deuil.

Plus on gravit le Golgotha, plus les choses tournent mal. Surtout du côté de la mère (Charlotte Gainsbourg), en proie à ce que nous pourrions identifier comme une psychose gravissime, mais que le film nous décrit sous la forme d’une possession. Est-ce l’effet d’une « nature » féminine implacable, d’un envoûtement sorcier, voire diabolique, ou est-ce pure folie criminelle  ? Toujours est-il que la mère retourne sa ­douleur contre le père (Willem Dafoe), lui faisant payer dans sa chair la mort d’un fils dont il n’est pas plus responsable qu’elle.

La violence de son personnage, c’est-à-dire celle de Lars von Trier, va très loin. Elle crucifie son mari en lui fixant une pierre de meule sur le tibia, lui brise littéralement les couilles à coups de bûche, tente de l’achever aux ciseaux. Elle ne s’épargne pas non plus, se sectionnant le clitoris, avec cris plutôt que chuchotements, comme s’il s’agissait d’en finir avec cette libido déchaînée qui la fait se masturber nue sous les arbres, affamée de sexe comme sous l’emprise d’une chaleur ­animale.

Ce qui est en revanche délicat à capter, c’est le propos, la thèse sourde, le lit conceptuel où Antichrist voudrait nous envelopper. C’est quoi l’idée, au fond, une fois encaissés les chocs scopiques et digérées les références sulfatées à tout va (de Bergman à Tarkovski, auquel le film est dédié)  ? La femme est une matrice nymphomane et l’homme un thérapeute impuissant  ? C’est ça  ?

Le meilleur du film, c’est le regard porté par le cinéaste danois sur la créature Gainsbourg, chez laquelle Von Trier a perçu une force féroce et destructrice, opposée à la convention d’une Charlotte douce et fragile. Celle-ci donne ici dans tout ce qu’il est moralement possible de réclamer d’une actrice, et peut-être même un peu au-delà.

On peut ainsi juger que le film est fumeux et néanmoins féliciter Charlotte Gainsbourg de s’y être livrée corps et âme. C’est exactement le genre d’expérience dont elle a besoin  : sortir de ses gonds, échapper à toute la mythologie personnelle et familiale qui lui colle à la peau. Elle se trouve désormais à l’âge (38 ans cet été) des grandes questions pour les ac­trices, celui du recul sur leur jeunesse  : quels films ai-je faits  ? Qu’ai-je donné à ce public si bienveillant  ? Quels grands cinéastes ai-je fréquentés  ? On aime tous Charlotte, pratiquement depuis sa naissance, mais le fait est que sa filmographie reste maigre en grands moments. Il était temps pour elle de prendre des risques, des vrais. Y compris celui de se faire abuser.

Paru dans Libération du 19 mai 2009


Il y a 1 réaction à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

Sur les mêmes thèmes:

gore - Trailer est-il ? Bellflower, Captain America XXX, Villa Captive...

cinéma d’auteur - MegaUpload : la casse aux trésors

Cannes 2009 - L’enfance du mal

article précédent
Dallas dans les ordinateurs
article suivant
Hadopi, inconstitutionnelle ?


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • écrire à Olivier Séguret
  • réactions (1)
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • Silence, on joue ! Soul Calibur V, Final Fantasy XIII-2
  • Le sac de nœuds du financement numérique
  • L’Elysée à l’abordage du Net
  • La télé tunisienne, sans transition
  • Ecrans.fr : le podcast anonyme

Lib.fr

  • Le sac de nœuds du financement numérique
  • Syrie : sixième jour de bombardements sur Homs
  • Devine qui vient dîner au Crif?
  • Après Contador, Jan Ullrich suspendu deux ans pour dopage
  • Mode et contrefaçon : une lutte inégale
publicité

De saison

img75
L’Elysée à l’abordage du Net

Dans un merveilleux dessin interactif, OWNI liste les principales figures de la conquête de l’Internet par l’Elysée, et schématise leur relations en filant la métaphore de l’île déserte.


Chronophage

Q - Compressing the Heart

« Vous vous réveillez dans un monde différent, après qu’une créature étrange a volé votre cœur. »


Hum, bizarre...

img75
Les sosies sont six

Vous ne vous êtes jamais dit que votre voisin de train ou de fil d’attente ressemblait à un personnage de fiction ?


Dixit

« C’est un peu comme si vous rajoutiez des dizaines de bières sur le plateau d’un serveur : au bout d’un moment, il tombe. »


De saison

img75
L’hommage de Google à François Truffaut

François Truffaut aurait eu 80 ans ce 6 février 2012. Google en fait donc son Doodle du jour.


Vendredi, à poils !

img75
Avoir un bon copain...




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008