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mercredi 15 octobre 2008 11:33

  • cinéma

C’est l’histoire d’un micmac

Schmilblick. Antoine de Caunes retrace la campagne présidentielle de Coluche dans un film plus désenchanté que prévu.

par Didier Péron

tag : politique

DR

Coluche, l’histoire d’un mec d’Antoine de Caunes, avec François-Xavier Demaison, Olivier Gourmet, Léa Drucker... 1h43.

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« Coluche a bousculé la donne politique »

Antoine de Caunes, réalisateur de « Coluche, l’histoire d’un mec ».

Après Duras, Mitterrand, Sagan, Piaf, avant Coco Chanel (deux films en cours de tournage) et Gainsbourg, la passion biographique qui s’est emparée du cinéma français connaît une double actualité avec, à une semaine de différence, la sortie de Coluche, l’histoire d’un mec et, mercredi prochain, le premier volet du Mesrine de Jean-François Richet, l’Instinct de mort. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la résurrection à grands coups de maquillages, postiches et imitations plus ou moins probantes d’une figure de la mythologie française contemporaine ne dégage pas de l’espace pour une quelconque fierté nationale. C’est d’ailleurs l’une des surprises majeures du film de De Caunes. On s’attendait peu ou prou à une hagiographie d’un des comiques les plus aimés et sympathiques du pays et on se retrouve avec une tranche de bio morose sur un clown (interprété par François-Xavier Demaison, peu ressemblant au demeurant) dépassé par des événements qu’il a malencontreusement déclenchés un soir de surchauffe entre potes (« Coluche président ? Chiche ! »). Le biopic ambitieux sur l’irrésistible ascension d’un amuseur tourmenté qui s’enfonce dans une héroïnomanie notoire se tient en fait à un épisode très circonstancié de sa vie, la candidature iconoclaste à l’élection présidentielle de 1981. Le film se sert de Coluche pour restituer ce moment très spécifique de notre histoire proche, une époque charnière puisque, hors la glose obligatoire sur la confusion des genres entre politique et spectacle, s’y dessine l’échec d’un projet hors-establisment et le début d’un puissant désenchantement démocratique qui perdure encore.

En cette fin d’automne 1980, le « peuple de gauche » broie, de fait, du noir. L’union PC-PS a volé en éclats depuis trois ans, elle n’est plus qu’un lointain souvenir. La violence des attaques entre communistes et socialistes est à son paroxysme. Valéry Giscard d’Estaing est promis à une confortable réélection à l’Elysée en mai 1981, malgré les diamants de Bokassa. D’autant que c’est François Mitterrand, en dépit de ses échecs à la présidentielle de 1974 (de peu) et aux législatives de 1978 (de très peu), qui, tout le monde le pressent, portera les couleurs socialistes. Un temps, ce peuple de gauche a rêvé de Michel Rocard, chantre de la « deuxième gauche », celle qui se veut moderniste. Georges Marchais, tous sourcils froncés, est lui aussi sur la ligne de départ.

Dans ce champ de ruines, certains, à gauche, voient alors surgir un petit bonhomme, qu’ils connaissent plus par ses saillies que par ces fulgurances politiques. Coluche, avec son air de gros bébé rigolard, se lance le 31 octobre dans la course. Il entend surfer (déjà) sur l’image dégradée des politiques français. Depuis trente ans, explique-t-il, les Français votent « pour des gens compétents et intelligents qui les prennent pour des imbéciles ». Le fantaisiste leur offre donc le choix de « voter pour un imbécile ». C’est l’appel « tous ensemble pour leur foutre au cul » et l’invitation à tous « les fainéants, [...] les drogués, les alcooliques, les pédés, [...] les taulards, les gouines, [...] les anciens communistes » à voter pour lui.

Michel Colucci va entraîner derrière lui quelques populistes, comme le poujadiste Gérard Nicoud, des intellectuels (tels Félix Guattari ou Pierre Bourdieu), Charlie Hebdo, promu « organe officiel » de sa campagne... et Libération, qui publie chaque jour une maxime de son cru, jusqu’à l’aphorisme fatal contre Marie-France Garaud, une candidate gaulliste.

Mais les choses se gâtent rapidement. Les sphères socialistes commencent à s’alarmer. Alors que Mitterrand vient de se porter officiellement candidat, le Nouvel Observateur fait sa couverture avec le bouffon. Mitterrand redoute alors une déperdition de voix à gauche et une faible mobilisation des jeunes, notamment, sur son nom. Plus grave, le « candidat nul » s’installe dans le paysage. Fin 1980, un sondage crédite sa candidature de 16 % des voix. Jean Glavany et Jacques Attali sont dépêchés pour demander à Coluche de cesser son tir aux pigeons socialistes, genre « rose promise, chomdu ».

De Caunes filme avec une certaine acuité la tension permanente du personnage, perpétuellement grimé, attifé, pris entre un désir idéaliste de refaire le monde en mieux et un je-m’en-foutisme intégral qui traite tout à la rigolade. La conviction anarcho-punk de la « connerie » universelle s’accommode mal de l’engagement citoyen. Le candidat du vrai triche, le Robin des Bois au cœur pur est un mélancolique en perdition, son amour des gens est doublé d’une misanthropie d’amateur d’armes, de solitaire antisocial. Le film montre aussi ce moment où la frontière public-privé saute et où les médias se mettent à courir non plus le scoop, mais la nouvelle blague, taillant à un Coluche débordé le costard d’un people fanfaron qui ne représente bientôt plus que lui-même. A la fin, comme toujours, grand perdant, c’est encore et toujours le peuple qui manque.


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