« C’est un peu du militantisme à la carte »
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© Marco Cadioli
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Marco Cadioli est notre envoyé spécial sur Second Life.
«Second Life», à savoir
Chargé de recherches au Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences-Po), Thierry Vedel est spécialiste en communication politique et démocratie électronique (1). Que vous inspire l’installation de bureaux de partis dans Second Life ?
La virtualité a-t-elle des avantages ?
_ Second Life paraît plus propice à des idées non politiquement correctes, sans les risques que cela suppose dans la vie réelle. Cela peut être amusant de voir comment vont vivre ces événements politiques sur le long terme, comme le déroulement de ces manifestations anti-FN. Comment va se réguler cet univers ? Ce peut être un lieu d’apparition de groupes plus radicaux, plus marginaux. Car on peut y énoncer des choses plus radicales que dans la réalité sans enfreindre la législation. De plus, la virtualité comporte des avantages pratiques. On peut se rendre à une manifestation même s’il pleut sans avoir à prendre le métro. C’est moins coûteux en temps et en énergie. Est-ce une nouvelle forme de participation politique ?
Internet jouera-t-il un rôle dans la présidentielle ?
(1) A paraître le 19 février, « Comment devient-on président(e) de la République ? » Robert Laffont. SUR LE MÊME SUJET :
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On peut imaginer différents objectifs. D’abord, un petit coup de pub. Dans une campagne, les candidats jouent sur une multitude d’informations. Etre sur Second Life peut les faire passer pour modernes, avec l’espoir de retombées médiatiques. Sans doute plus qu’auprès de la population des internautes, dont un petit milieu seulement s’intéresse à la politique. J’ai entendu dire qu’il y a à peine 20 000 Français qui vont dans Second Life... Pour les électeurs, ça ne va pas changer grand-chose. L’autre objectif est peut-être l’expérimentation. Etre présent dans Second Life peut permettre de tester la manière dont les gens réagissent à certaines idées, à l’instar des marques qui se sont installées dans cet univers. Je doute que les partis puissent apprendre plus de choses que dans les enquêtes publiques. Mais cela peut se comparer aux focus groups, organisés régulièrement par les partis, qui réunissent des citoyens qui parlent librement sur un candidat ou sur des thèmes. Second Life pourrait alors représenter un petit laboratoire qui permet d’observer les réactions et les opinions. Mais la fréquentation est quantitativement peu importante, et ce n’est pas sûr que les gens qui se rendent sur Second Life se sentent concernés.
Internet accompagne la mutation des formes de l’action politique. Les enquêtes démontrent que les nouvelles générations veulent faire de la politique autrement, en s’investissant de façon plus ponctuelle, plus flexible, différemment d’il y a trente ans, quand s’engager signifiait prendre une carte et assister à des réunions. Aujourd’hui, les citoyens s’impliquent moins, ou quand ils le décident. C’est un peu du militantisme à la carte. On l’a bien vu avec les adhésions que proposent les partis, en recrutant des « militants light ». Au moment des primaires, le PS proposait d’adhérer pour seulement 20 euros. Internet arrive à ce moment-là, et Second Life fait partie de cette tendance.
Internet est largement utilisé par les appareils et joue un rôle dans la campagne, même si celle-ci se déroulera surtout à la télévision. Le Web aura une influence faible sur le vote. De nombreux signes le montrent, notamment une récente enquête de l’Ifop qui permet de relativiser l’impact de la Toile. Ainsi 15 % des internautes consultent des sites politiques (légèrement plus que lors des régionales de 2004), et seulement 10 % lisent des blogs politiques. Ces internautes ont un profil atypique, peu représentatif de la population électorale : très nettement masculin, surreprésenté par des diplômés de l’enseignement supérieur et très politisé. Les électeurs concernés par la campagne en ligne ont déjà des convictions politiques affirmées. Le vote au référendum ne s’est d’ailleurs pas seulement joué en ligne, mais aussi dans les discussions familiales, dans les débats informels... L’Internet jouera peut-être un rôle plus important dans les scrutins locaux, législatifs et municipaux.
- La présidentielle s’offre une deuxième vie (20/01/2007)
- Des partis qui traînent la souris (20/01/2007)
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- Dossier sur Second Life
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