lundi 26 décembre 2011 18:28
C’étaient les premières séances
par Catherine Calvet
tags : documentaire , Arte
DR
Vivement le cinéma
Ce soir sur Arte, à 22 h 25.
Dans son dernier film, Jérôme Prieur nous conduit aux sources du cinéma. Avec Vivement le cinéma, le documentariste poursuit une quête déjà engagée dans son livre Rendez-vous dans une autre vie. D’ailleurs, le film commence et se termine au cimetière du Père-Lachaise. C’est le physicien Etienne-Gaspard Robert, né à Liège à la fin du XVIIIe siècle, plus connu sous le patronyme de Robertson (comme dans les romans gothiques), qui nous guide dans cette boutique des fantasmagories : il est l’inventeur de la projection publique, bien avant les frères Lumières. Depuis deux siècles, les lanternes magiques, voyageant de ville en ville, émerveillaient. Mais Robertson rêve de grand spectacle collectif. Dans le sous-sol du couvent des Capucines, il convoque les premières audiences fascinées, ressuscitant le royaume des morts à travers les décapités de la Terreur et d’autres figures hallucinantes. Plus tard, il met au point le « fantascope », qui permet de zoomer et d’accélérer les images. Mais l’image va véritablement s’animer grâce à Joseph Plateau, belge lui aussi. C’est la première fois que le mouvement est rendu possible, grâce à des illusions d’optique et non plus de façon mécanique : c’est l’invention du phénakistiscope que Baudelaire qualifiera politiquement de « joujou philosophique ». Les images découvrent successivement tous leurs aspects. Elles effraient, amusent, instruisent, jusqu’à l’arrivée d’un artiste : le photographe américain Eadweard Muybridge. Les images les plus touchantes de Vivement le cinéma sont les siennes. Non pas les plus connues — la décomposition du galop d’un cheval — mais celles de ses compagnes et de lui-même, athlète vieillissant, comme un poignant autoportrait. À la Belle Epoque, les acteurs seront aussi enregistrés, sur des disques, séparément du film : ils articulent à l’écran des mots aujourd’hui perdus, les yeux fermés, car aveuglés par les rétroprojecteurs. Le récit est comme chuchoté, mais la bande-son reconstitue les ambiances attachées à ces images fossilisées. On retrouve, à la fin, le personnage tremblant et rayé qu’on avait aperçu au tout début du docu, un homme déguisé en bête étrange, au premier étage de la tour Eiffel. Ces images originelles rappellent le rêve d’Icare. D’ailleurs, Robertson n’était-il pas surtout célèbre pour ses voyages en ballon ? On vous laisse découvrir ce qu’il advient de ce personnage perché. A regarder dans le noir. Paru dans Libération du 26 décembre 2011
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