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samedi 7 juin 2008 09:30

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Ça console de la télé

Jeux vidéo. « Libé » a testé pour vous les éternelles émissions ludiques de l’été. Sans bouger du bureau.

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : DS , wii

« Vous étiez sur la voie, mais c’est la voie du retour. » - DR

C’est une promesse : jamais plus on ne moquera Gérard Holtz se noyant dans un bocal à Fort Boyard et Libération ne ricanera plus des Saint-Quentinois suant dans des costumes de sumo, coursés par les vachettes d’Intervilles. Parole, on ne se gaussera plus des candidats de Koh-Lanta incapables d’allumer un feu. Fini les lazzis parce que désormais, on sait ce que c’est : avant même que les jeux ne reprennent cet été sur TF1, France 2 et France 3, Libération a participé à Koh-Lanta, Fort Boyard et Intervilles. Récit d’aventures qu’à côté, Herman Melville et Joseph Conrad, c’est du Marc Lévy. Ah oui, précisons tout de même qu’il s’agit d’adaptations en jeux vidéo, éditées par Mindscape, des trois émissions. Vous ne pensiez tout de même pas qu’on allait bouger nos fesses de nos chaises, non mais ho.

Intervilles « Touche le boudin »
C’est un net regain de popularité que recueillent les auteurs de cet article sitôt enfoncé le bouton ON de la DS : « Shananananana, Shanananana ». Le générique d’Intervilles retentit sur tout le plateau. Oui, là, c’est sûr, on y est : sur les deux écrans de la console, une vachette fait du toboggan tandis que se fait entendre la douce voix de Corti, le Monsieur Loyal de l’émission. « Peuple de France et de Provence, s’écrie-t-il pendant que, prudemment, nous chaussons nos oreilles d’écouteurs, les magnifiques arènes de Nîmes nous accueillent ce soir pour jouer à Intervilles. » Qui a eu cette idée débilos de faire un article là-dessus ? « Alors là, pas moi [note de l’auteur féminine, ndlaf] », « C’est çui qui dit qui y est [note de l’auteur masculin, ndlam]. »

Allez, la plume dans la plaie et le stylet de la DS en main, on (on est Paris) affronte Montrouge. Ah misère, l’arbitre alsacien Robert Wurtz est aussi dans le bouzin : « Mesdâââmes et messieurs, chers amis d’Intervilles, bonsouâââââr. » A la première épreuve, « Les sumos basketteurs », on met un peu de temps à comprendre qu’il faut toucher un sumo avec le stylet, tapoter l’écran pour le faire sauter, le caresser pour le faire avancer sur le tapis roulant. « Vas-y, touche le boudin », nous encourage la Nathalie Simon de pixels. Mais l’apprentissage est lent, et « pouet » dit le chronomètre, c’est la fin du jeu. En même temps, c’est pas dommage, parce que le graphisme primitif et le banjo western de la musique, agrémenté de sifflets brésiliens, ça va trois secondes. Et la vachette ? Corti l’annonce : « Elle s’appelle Lulu, elle a 5 ans et elle pèse un peu moins que ma tante, 259 kilos. » Vraiment, cette adaptation d’Intervilles frise le génie : aussi con, aussi laid, aussi bruyant et incompréhensible qu’à la télé.

Fort Boyard « Tu vises comme une patate »
Le ridicule ne tue pas. Mais il blesse sacrément, ainsi qu’en témoignent silences gênés et rires étouffés des collègues de bureau face aux agitations de vos serviteurs devant Fort Boyard. Car l’affaire se déroule sur Wii, cet engin de malheur qui ne devrait jamais être utilisé à jeun. Ni en public. Imaginez une dizaine de personnes autour de la télé tandis que le cobaye fait des gestes phallo-masturbatoires avec la Wiimote à l’invite de Passe-Partout. Oui, le fameux nain de Fort-Boyard est bien là dans la version jeu vidéo de l’émission, et il fait son gimmick en gros plan avec les doigts pour montrer le nombre de clés déjà remportées. Le père Fouras est là également, ainsi que les épreuves de la télé : le bonneteau, l’homme fort (la piquette qu’on lui a mis, à ce minable) ou le funambule (bilan : un mort). Mais point d’Olivier Minne ni ses biscoteaux : scandale.

En revanche, vos coéquipiers sont aussi pénibles que dans la version télé : « Continue, tu as tout ton temps », « C’est formidable ce que tu es en train de faire »… Tout y passe, y compris le superfétatoire « Respire ! » Heureusement, il est possible de désactiver les encouragements, contrairement aux véritables commentaires des véritables coéquipiers de la vraie vie (« Ooooh, y a Passe-Partout ! », « Sors, maintenant ! », « T’as losé complètement », « Tu vises comme une patate »). Autant le dire, on ne sait pas si Félindra tourne aussi bien la tête de tigre qu’à la télé avant que jaillissent les boyards car soit cette Wii ne marche pas, soit - solution totalement inenvisageable - on est mauvais comme des cochons. Toujours est-il qu’on s’est fait salement vanner par ce vieux débris de Père Fouras : « Vous étiez sur la voie, mais c’est la voie du retour. » Et là, c’est trop.

Koh-Lanta « Nous dérange pas pendant qu’on fait du feu »
D’emblée, un bon point à Koh-Lanta sur DS : le graphisme en 3D sied particulièrement bien à Denis Brogniart et ses postures de Playmobil. Et il nous sied particulièrement aussi : l’aventure commence par la confection de son avatar. Visage, écartement des yeux, longueur du pif, bouche, musculature (« Hé ben, faut pas se gêner… [ndlaf] » ; « Si, je suis musclé comme ça [ndlam] », habits, profession. Un assureur, une gérante de station-service, un éducateur spécialisé et une coiffeuse (Cindy, mouarf) sont nos équipiers. Comme à la télé, on fait partie soit des jaunes (les Orios) soit des rouges (les Athanas), lâchés sur un îlot désolé. Comme le rappelle ce bon Denis, « seize candidats ont quitté leur région, leur famille, leurs amis pour foncer droit vers l’inconnu ».

Ouais, ben nous, l’inconnu, c’est pas notre came. Alors, tout juste débarqués sur la plage, on part dans la direction opposée aux camarades qui commencent déjà à se bouffer le nez. « Survivre aux autres », qu’il a dit, Denis. Surtout à cette Sonia, dont le portrait s’affiche : « 30 ans, employée de bureau, trop autoritaire mais c’est toujours pour le bien des autres. » C’est ça, avise-toi de nous donner des ordres qu’on rigole. Mais c’est qu’elle s’avise, la bougresse ! Un point d’exclamation s’affiche en bas de l’écran : Sonia veut qu’on aille chercher du bois pour faire une cabane. On l’ignore, préférant découvrir l’île : tiens, des crabes, oh, des noix de coco, chouette du manioc et là, un régime de bananes. Comme on n’est pas chiens, on rapporte tout ça au camp pour le cuisiner. Oui mais. Le feu. Là, il faut se représenter deux adultes penchés sur un parallélépipède de plastique, l’un grattant l’écran avec un stylet, l’autre soufflant sur la console, le tout sous l’œil goguenard de leurs collègues. Laurent Joffrin veut nous parler ? « Nous dérange pas pendant qu’on fait du feu, bordel, tu vois bien que c’est compliqué ! » L’est fou, lui.

Enfin, alors que la syncope nous guette, le feu s’allume et on peut faire cuire la marmite : on met les ingrédients - banane, riz, coquillage, ben quoi, on voit bien que vous n’avez jamais eu faim - et on mélange avec le stylet. C’est qu’il faut prendre des forces sinon (ça nous est arrivé), c’est l’évacuation sanitaire. Car il faut gagner les épreuves - au passage, c’est toujours pour nos pommes, la nage, les trucs super lourds à porter. Sinon (ça nous est arrivé aussi), c’est le Conseil. Et là, alors qu’on a allumé du feu en crachant sur une console, ramassé moult bananes et force coquillages, pêché des tas de poissons avec notre stylet, hé bien, ces bâtards d’équipiers nous ont éliminés. Un complot mené par cette mégère de Sonia. « Leur sentence est irrévocable », dit Denis, mouchant notre flambeau. T’as qu’à croire, OFF, ON, on recommence.

Intervilles (sur DS), disponible le 13 juin, 40 € ;
Fort Boyard (sur Wii), disponible le 19 juin, 50 € ;
Koh-Lanta (sur DS) , disponible le 19 juin, 40 €.


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