mardi 9 septembre 2008 08:58
« Café de los Maestros », à la santé du tango
Sortie demain d’un touchant docu sur les origines du genre argentin à travers le portrait de musiciens hors pairs.
tags : documentaire , musique , danse , Argentine
DR
Café de los Maestros, documentaire de Miguel Kohan. Durée 1 h 40. En salles demain. Double CD chez Universal. Somme toute, le schéma est classique : une bande de vieux briscards rangés des voitures se réunit pour un dernier coup, le plus beau de leur carrière. Et même si leur langage sonne sicilien (rubato, legato, sostenuto), ce ne sont pas des flingues qui sortent des étuis, mais des violons, des guitares, des bandonéons. Après l’enregistrement d’un disque, le grand coup, pour ces vétérans argentins, est un concert évènement au Teatro Colón, l’opéra de Buenos Aires, qui ne s’ouvre au tango qu’en de rares occasions. Filmés en répétition ou en studio, les musiciens forment une épatante galerie de personnages. Tour à tour émouvants, truculents, modestes ou cabots, ils occupent l’image le temps d’une vignette avant de céder la place. Avec Virginia Luque, très grande dame, l’émotion perce sous une couche épaisse de maquillage. L’Uruguayenne Lágrima Rios, décédée peu après la fin du tournage, représentait le dernier lien du tango avec ses lointaines origines noires. Oscar Ferrari, fragile et discret avec sa voix d’enfant, vient de disparaître, à 84 ans. Le culot de ces papys nous fait gober n’importe quoi : Juan Carlos Godoy, qui a longtemps vécu en Colombie, jure que dans ce pays, pour faire danser les chevaux, on les shoote à la cocaïne. Mais cette truculence resterait sur le terrain de l’anecdote si elle ne révélait pas de grands musiciens. Tous dotés d’une solide culture classique, ils jouent une musique née dans les bordels. Le film restitue avec passion cette identité propre au tango, une musique savante jouée dans le caniveau, par des aristocrates des bas-fonds. Avant de devenir un long-métrage, Café de los Maestros a été imaginé par le boulimique producteur Gustavo Santaolalla. Pionnier du rock argentin dans les années 70 avec le groupe Arco Iris, il s’installe il y a un quinze ans à Los Angeles où il devient le mentor du rock latino, découvrant notamment le Colombien Juanes, dont il a produit les quatre albums. Il explore aussi le tango electro, avec Bajofondo Tango Club, la réponse argentine au Gotan Project, et s’illustre dans la musique de film : deux de ses bandes originales, Brokeback Mountain en 2006 et Babel en 2007, ont reçu l’oscar à Hollywood. « Quand j’ai démarré le travail sur Bajofondo, explique le producteur, je me suis plongé dans le tango primitif. Et j’ai retrouvé cette musique liée à mon enfance : mon père en chantait en se rasant chaque matin. » L’étiquette de « Buena Vista social Club du tango » qui collera inévitablement au film ne dérange pas outre mesure Santaolalla. « J’aime le disque de Ry Cooder et le film de Wim Wenders. Et si la comparaison peut aider à la carrière du film, tant mieux. Mais Café de los Maestros a été fait par une équipe argentine, pas par des étrangers. Autre différence, le traitement du son : Wenders utilise beaucoup de micros d’ambiance, le son est capté à distance. Dans notre film, ça claque au visage. Le défi consistait à enregistrer trois types d’ambiance : les répétitions et les scènes du quotidien, l’enregistrement en studio, et enfin le concert final. Lors de la première, un des musiciens m’a dit : "Tu nous as rendu notre son." Aucun compliment ne pouvait faire plus plaisir. »
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