vendredi 14 mars 2008 10:06
« Californication » : orgie critique
La série qui débarque sur M6 déchaîne les passions… jusque dans la rédaction de « Libération ».
par Alexandre Hervaud, Astrid Girardeau, Bruno Icher, Erwan Cario, Esther Batelaan, Frédérique Roussel, Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos, Sébastien Delahaye
Hank Moody (David Duchovny), activité principale : le plumard. Photo CBS Studio Inc
L’écrivain new-yorkais d’un seul livre, Hank Moody (David Duchovny), erre à Los Angeles, Californie. Il cherche en vain la muse dans le sexe des femmes qu’il lutine à longueur d’épisodes. Bienvenue dans Californication, une série créée par Tom Kapinos pour la chaîne Showtime, que M6 diffuse à partir de ce soir, 23h20. Une série attendue au point qu’elle a déclenché un drame à Libération. En réunion, sitôt le mot Californication prononcé, les « c’est génial ! » fusent, auxquels répondent des « c’est réac », tandis que, des deux bords, les yeux s’exorbitent d’horreur. Résultat : pas moins de neuf personnes candidates à un article. Qu’à cela ne tienne : 700 signes chacun pour un mélange des encres, des avis et des humeurs en forme de bacchanale qui, finalement, ne déparerait pas dans Californication. La meilleure poignée
Queue de comète
« X Files »
On est tous Hank Moody
Rebattu
Comme son nom l’indique
Charles Ingalls
Bukowski et « Sex and the City »
Los Angeles. Un revenant et une armée de seconds couteaux. Du sexe. Des dialogues qui font pan et tac. De la drogue. Du soleil. Des blogs. Les Eagles of Death Metal. De la baston. Une famille décomposée… Californication avait vraiment tout pour être la dernière série arty branchouille. Sans le buzz positif qui la précédait, on serait passé à côté et on serait bien marri : elle ne dure qu’une poignée d’heures, mais c’est l’une des meilleures poignées de l’année. Duchovny, qui traîne son air faussement abruti durant toute la série, en a profité pour chiper un Golden Globe…
S. De.
Que les Américains aient un problème avec le cul n’est pas bouillonnant d’actualité. Qu’ils aiment se lâcher sur le sujet dans le grand défouloir des séries sur chaînes câblées est même désormais un grand classique. Voir, pour les plus récentes, Tell Me You Love Me ou encore Big Love, qui se plaisent à glisser l’objectif de la caméra dans l’intimité sexuelle de héros insignifiant. La grande ancienne Sex and the City, avec ses qualités et ses tics agaçants, est passée par là, montrant pour la première fois à l’écran des femmes distinguées et friquées argumentant sur la longueur d’une bite, évoquant les mystères de la fellation chez l’occidental mâle ou discutant des vertus et inconvénients de la sodomie. Californication est, si l’on ose dire, dans la queue de cette comète. Pas désagréable, bien rythmée, parfois drôle, mais déjà désuète.
B.I.
Chaud comme un piment rouge, Duchovny passe du côté obscur dans cette série ovni. L’ex-agent du FBI de X Files est maintenant devenu l’Homme à la cigarette, enfilant les clopes comme les plans cul. Le voir bénéficier des faveurs buccales d’une nonne dès le pilote a de quoi décontenancer, un peu comme si Roger Hanin enquêtait en bas résille. Mais on s’y fait vite. Les péripéties tragicomiques de cette faune névrosée deviennent facilement addictives. La série bande un peu mou sur la fin, comme si une playlist passait des Stones à Coldplay, mais I want to believe que c’est une panne passagère. Message aux fossoyeurs qui voyaient en Duchovny une affaire classée : la vérité est ailleurs.
A.H.
Le truc bien, dans Californication, c’est que Hank Moody, c’est toi. Enfin, c’est le fantasme du (ou de la) dandy quadra moderne sans risque. Toujours jeune, toujours beau, qui boit plus de trois verres et ça va, qui fume mais ça ne nuit pas à sa santé, qui baise tout ce qui bouge avec une ex toujours amoureuse. Même sa dépression est glamour. Le pied. En plus, il vit dans le même monde que toi : il tient un blog, se googlelize, sa fille se la joue Courtney Love prépubère et son agent se tape une suicide girl (hypissime). Avec ça, il est complètement passif et spectateur de sa vie. Comme toi dans ton canapé, finalement.
E.C.
Les parties de jambes en l’air fatiguent vite. So what ? Hank, écrivain en panne d’inspiration (personnage rebattu dans la fiction), peut faire rire par ses outrances et son cynisme. La clope dans le bénitier, la dégueulade sur une toile de prix et l’empoignade des tétons de son rival insupportent et amusent en même temps. Reste « tu pues la baise ! », son seul programme, lancé par son ex-femme, qu’il veut reconquérir, autre gimmick. Un happy end bien US en perspective, mais supportera-t-on d’attendre la fin ?
F. Rl.
Ames puritaines, détournez le regard : Californication, c’est un peu de Californie, beaucoup du reste. Toutes les jolies femmes de L.A. passent dans le lit de Hank, peut-être pour se prouver que malgré ses problèmes, il le vaut bien. Et même s’il fait le malin avec ses plaisanteries et sa propension à choquer, on a bien compris qu’il va mal. Et vous savez quoi ? Moody signifie morose, lunatique, ayant un humour noir. Ça tombe bien, non ?
E.B
Le cul ne suffit pas. Que Hank Moody ait décidé de se suicider en se noyant dans « un océan de poils pubiens », qu’il trombine la moitié de L.A. jusqu’à la fille (16 ans) du futur mari de son ex ne fait pas de lui un héros de la transgression télévisuelle. Hank Moody, en fait, c’est Charles Ingalls : Dans la Petite Maison dans la prairie, Charles débite des bûches pour le bonheur de sa famille, tandis que dans Californication, Hank bûche la bite pour renouer avec femme et enfant. Kif kif, deux pères la morale. Et pourtant, Californication vaut mieux qu’un coup d’un soir. Car fugitivement, Hank menace de faire un truc de fou : accrochez-vous, il hésite quelques heures avant d’accepter de tenir un blog. D’accord, notre résistant finit par baisser les bras, mais on se consolera vite. Car, ultime insoumission, seule chose qui puisse encore choquer les familles et la télé, Moody, noir comme son humeur, fume.
R.l G. et I. R.
Ah les vaches ! 700 signes sur Californication, LA série sur laquelle tout le monde à son mot à écrire. On pense à la scène d’ouverture nonno-fellatoire. On hésite à citer Bukowski, pour le rôle d’écrivain porté sur le sexe et l’alcool, au talent triste et aux réveils difficiles. Ou Sex and the City pour le cadre, bocal aisé et lisse des beaux quartiers. On tourne autour de cet épicurien dépressif, mais surtout papa-poule amoureux transi de son ex-femme. On sort des trucs comme « déchéance sexy consensuelle » ou « portrait glamour-trash attachant d’un jeune quadra ». Puis on se dit que 700 signes c’est beaucoup trop pour dire : « Regardez ! »
A. Gi.
Il y a 4 réactions à cet article.
Lire les réactions.Réagir à cet article.
Partager cet article
Partager TweetSur les mêmes thèmes:
série - Ecrans 2011 : les meilleurs jeux, séries et mèmes sont...
Outils
Actualit
Lib.fr
De saison
L’hommage de Google à François Truffaut
François Truffaut aurait eu 80 ans ce 6 février 2012. Google en fait donc son Doodle du jour.
Chronophage
ChatChat
Il n’y a pas d’autre règle du jeu que cette consigne un poil déroutante : « soyez un chat ».

