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mercredi 27 août 2008 08:36

  • cinéma

« Caligula », le retour d’un film cul(te)

L’Angleterre vient d’autoriser la sortie en DVD de la version non-coupée du film de 1978. Soit une heure supplémentaire de porno dans un décor de péplum.

par Bruno Icher

tags : sexe , cinéphilie , histoire

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Le très rigoureux et un poil conservateur Office britannique de classification des films (BBFC) vient d’accorder un bon de sortie à l’édition uncut de Caligula en DVD, trente ans après le bide retentissant récolté par le film. Il faut dire que la version en salles, faiblarde et désordonnée, était loin du torrent érotique promis par les affiches racoleuses. Par la suite, les autorités se sont toujours refusées à laisser sortir le film accompagné des scènes les plus torrides.

Avec ce DVD, les Britanniques auront droit à pas moins d’une heure supplémentaire de film, heure exclusivement nourrie des fameuses scènes porno qui avaient disparu lors de l’exploitation en salles. Ils pourront ainsi satisfaire une curiosité bien compréhensible puisqu’un porno, un vrai, se déroulant dans les décors fantasmagoriques d’un péplum à gros budget, et dont la distribution est constellée de stars, la chose n’est pas courante. Mais ce n’est pas le seul mystère du film (dont une version « hard » a déjà été distribuée en France en DVD en 2003 chez Metropolitan) dont l’histoire du tournage a suscité l’émoi de deux générations d’amateurs du genre et les délices des cinéphiles.

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Le premier malentendu tient à son producteur lui-même, Bob Guccione. Né à Brooklyn en 1930, glandeur émérite, copain de beuverie de Burroughs époque Tanger, ce fils d’immigré italien se lance dans les affaires en 1965 en publiant le magazine coquin Penthouse, pour concurrencer Playboy. Il lance ce fleuron de la presse érotique en Angleterre avant d’étendre son empire de l’autre côté de l’Atlantique. Dix ans plus tard, il est devenu l’un des hommes les plus riches d’Amérique et, comme son modèle Hugh Hefner, parade dans les magazines au volant de bolides hors de prix, flanqué de créatures outrageusement maquillées, et arbore force bagouses aux doigts et épaisses chaînes en or sur son torse velu. Vers la fin des années 1970, en même temps que la fortune, c’est la mégalomanie qui atteint Guccione de plein fouet. Il se transforme en collectionneur d’art boulimique, entassant des Modigliani, Picasso, Renoir ou Van Gogh et, surtout, décide de se lancer dans le cinéma. Premier (et dernier) projet : un péplum olé olé consacré à l’empereur Caligula. Comme il n’est pas du genre à mégoter, il engage le romancier Gore Vidal pour écrire le scénario, Tinto Brass, le maître de l’érotisme italien, à la réalisation, Danilo Donati, le complice de Fellini, pour les décors et réunit un casting british de haute volée avec Malcolm McDowell, qui attend toujours un grand rôle depuis Orange mécanique, le mythe imbibé Peter O’Toole, la jeune et talentueuse Helen Mirren ainsi que la référence shakespearienne John Gielgud. « Quand Gore Vidal m’a parlé de Guccione, se souvenait Malcolm McDowell dans une interview accordée après la sortie du film, je lui ai demandé s’il s’agissait bien du pornographe. Il m’a répondu que oui mais qu’il ne fallait pas m’inquiéter, Guccione ne ferait que signer les chèques. » C’était mal le connaître.

Mécontent de la manière dont Tinto Brass met en scène les séquences d’orgies romaines, privilégiant une collection de figurantes naines et obèses au détriment des hardeuses engagées par l’expert Guccione, ce dernier utilise en secret le plateau toute la nuit pour tourner des scènes pornos gratinées avec la complicité du chef opérateur. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne fait pas dans la dentelle.

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L’inévitable clash a lieu au moment du montage. « C’est à ce moment que j’ai été viré, déclarait Tinto Brass à Libération en 2006. Je voulais réaliser un film sur l’origine du pouvoir et il l’a transformé en film sur le pouvoir de l’origine [allusion au tableau de Courbet, l’Origine du monde, ndlr]. Un film de cul, luxueux, certes, mais vulgaire. » Le réalisateur, ainsi que Gore Vidal, exigent alors que leurs noms soient retirés du générique, ce que Guccione refuse catégoriquement. Et quand le film récolte une classification X au moment de sa sortie, le nabab lâche : « Comparer Caligula à un film X revient à comparer la Seconde Guerre mondiale à une bagarre de rue. » Restent les mémorables bidouillages du producteur. Malcolm McDowell se souvenait par exemple d’un plan où il était censé admirer un cheval, scène qui s’est finalement retrouvée en contrechamp d’une acrobatie lesbienne. Avant de goûter à tous les charmes de cette épopée rocambolesque, la Grande-Bretagne peut savourer une ultime pirouette. Pour justifier sa décision de laisser sortir le film en DVD, le sévère BBFC a expliqué, un peu penaud, que c’était « pour des raisons historiques ».


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