vendredi 2 septembre 2011 12:46
« Çame-saoulecetaf », c’est mon mot de passe
par Marie Piquemal
tag : sécurité
Montage Ecrans, via wordle.net
« Meeeeeerde, j’ai oublié mon mot de passe ! » Le retour de vacances est toujours un peu coton. L’oubli de ses identifiants et autres codes d’accès fait partie des petits tracas de rentrée. Le pompon, c’est au bureau. Certains cumulent les embûches, jonglant avec une dizaine de mots de passe. Et des contraintes tarabiscotées : dix caractères minimum, au moins deux majuscules, quatre chiffres et un signe de ponctuation en guise d’épouvantail à pirates. Et pour couronner le tout : merci de changer votre mot de passe tous les quatre matins. Inévitablement, y a des loupés. Minute de solitude devant le clavier, trou noir et appel en catastrophe au service informatique. « Quand t’as dérangé trois fois de suite les informaticiens, tu te colles un Post-it dans un coin du bureau et tu te fais oublier », confie un contrôleur de gestion repenti. Le pirate n’y voit que du feu. Pas le collègue, c’est le problème. « Mais le plus dur, poursuit-il visiblement traumatisé, c’est d’en changer, de trouver de nouvelles idées tous les mois.Quand t’as fait le tour des départements de plus de huit lettres et leur numéro, les prénoms des proches et leur date de naissance, tu cales. » Virginie, juriste et joueuse de Trivial Pursuit, a longtemps donné dans les dates historiques : « Charlemagne800 » ou « revolution1789 ». Il y a un mois, elle a attaqué les JO. Dans le bureau d’à côté, son collègue déroule tous les grands vins, « seulement les millésimes », avec nom de château et année. Ça marche aussi avec les recettes (« crumble60gdesucre ») ou les transferts de footballeurs (« Pastore42millions »). Mélanie, elle, se farcit les saints du calendrier, « en fonction du jour où je dois changer mon mot de passe comme ça je m’y retrouve ». Ce qui donne « SaintGilles01/09/2011 », par exemple. « Parfait, sauf quand je tombe sur un nom à coucher dehors du genre saint François d’Assise. » Il y a aussi les obsessionnels légers, comme Samuel qui en pince pour Napoléon. Pour tromper l’ennemi, il insère les dates dans les noms de bataille. Soit, pour Trafalgar, « tra1805falgar ». A l’opposé, on trouve les adeptes du « complètement au pif ». Mathieu, informaticien - donc geek - vit dangereusement. Il ne connaît aucun de ses mots de passe. Tape des lettres et des chiffres, sans aucune logique, puis demande au navigateur web de les retenir. Dans le même genre, Stéphanie, graphiste, aime le changement, avec un faible pour les « très longs ». Des quasi-phrases en fait, toujours dans la finesse : « tropreloucedemotdepassedem**% », « çame-saoulecetaf ». Pas née de la dernière pluie, elle explique : « Les pirates utilisent des programmes qui enregistrent tout ce que tu tapes, donc si tu fais des phrases, c’est plus difficile à capter. » Il lui arrive aussi de s’inspirer « des trucs qui traînent sur le bureau ». En vrac : le code-barres d’un tube de colle, un paquet de chewing-gum ou de tabac à rouler. « Pour m’en souvenir, je tiens à jour un fichier avec tous mes identifiants. » Crypté bien sûr, le fichier… avec un mot de passe. Paru dans Libération le jeudi 1er septembre 2011. A lire aussi : Guide pratique : comment choisir ses mots de passe sur le net
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