Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Je rejette le terme “piratage”. Ce sont des gens qui écoutent de la musique et la partagent avec d’autres personnes.

Steve Albini, pilier du rock indépendant américain depuis 1982

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

mercredi 12 novembre 2008 17:17

  • cinéma

« Camino » : l’Opus Déi crucifié

Tumeur. L’Espagnol Javier Fesser fait scandale en s’en prenant à l’organisation catholique.

par François Musseau

tag : religion

De notre correspondant à Madrid

« Jamais le thème de l’Opus Dei n’avait été traité au cinéma de façon aussi nette et aussi réelle. » Cet éloge de la critique Maria Martinez Diaz explique pourquoi les responsables de la Obra (nom donné à cette puissante organisation catholique née en Espagne en 1928) s’arrachent les cheveux. « Ce film est une frivolité », « il déforme la réalité », enragent-ils. Le film en question, Camino, sorti en salles à la mi-octobre en Espagne, emporte pourtant les faveurs de la critique –même s’il n’a rien gagné au festival de Saint-Sébastien– et du public, caracolant en tête du box-office parmi les productions nationales.

Le sujet même du long métrage garantissait la polémique : Camino est une adorable fillette qui, tout en découvrant l’amour pour un garçon, apprend qu’elle est atteinte d’une tumeur cancéreuse logée sur une vertèbre. Sa famille, dévouée à l’Opus Dei, l’accompagne dans son calvaire, animée, jusqu’à sa mort, d’une sinistre euphorie : la fillette aurait été appelée par Dieu et ses parents (surtout sa mère, dépeinte comme une fanatique) y voient un « sublime cadeau divin ».

Après avoir adapté à l’écran un hit de la BD espagnol (Mortadelo y Filemón), le cinéaste Javier Fesser, 44 ans, s’est très largement inspiré de l’histoire réelle d’Alexia González-Barros, connue de la plupart des Espagnols. En 1985, au bout d’une agonie de dix mois, cette Madrilène de 14 ans succombe à un cancer. Fille de membres de l’Opus Dei, cadette de sept frères, élevée dans un collège religieux, elle est finalement transférée dans un hôpital de Pampelune géré par la Obra. Face à la douleur et les épreuves au bloc opératoire, l’adolescente aurait montré un courage hors du commun. On veut alors en faire une sainte. Sa béatification est aujourd’hui en cours.

Javier Fesser s’empare de cette figure mythique pour galvaniser la force vitale de Camino et la richesse de son imagination –les scènes à l’hôpital alternent avec des visions fantastiques où un ange la terrorise. Ce faisant, le cinéaste fustige son entourage : une sœur « numéraire » (célibataire de l’Opus) qui l’ignore, une mère se réjouissant qu’elle soit happée par les desseins divins, et des prêtres de l’Opus voulant hâter sa mort pour s’assurer de la « sainteté » de la petite. Le réalisateur assure que le film n’est pas une biographie, et intègre des « éléments d’autres histoires semblables ». Mais le film se terminant par une dédicace à Alexia González-Barros, la famille de la défunte estime que Javier Fesser l’a trompée. Et s’indigne d’une des scènes finales où, face au lit d’hôpital, peu après la mort de Camino, prêtres et parents applaudissent en chœur.

« Ce qui gêne le plus dans mon travail, c’est qu’il n’y ait pas un seul détail du film qui ne reflète pas la réalité de l’Opus Dei », se défend Fesser. Rien n’y manque en effet : le goût pour la mortification (il faut marcher avec des pierres dans les souliers), le rejet de l’amusement (la pièce de théâtre dans laquelle s’épanouit Camino), le mépris pour l’amour humain (la mère éloigne le garçon dont sa fille est amoureuse), un penchant pour le morbide (les curés de l’Opus autour de la malade), etc.

C’est, au fond, l’objectif du cinéaste : tout en célébrant le monde imaginaire de la jeune condamnée, Javier Fesser dépeint avec minutie le fanatisme d’une secte religieuse. Alors que Camino est sur le point de rendre l’âme, sa sœur lui lance : « Comme je t’envie ! Tu vas rejoindre Dieu ! » Et Camino, respirant à peine, du tac au tac : « Tu veux que je prie pour que tu meures aussi ? »

Paru dans Libération du 12 novembre 2008


Il y a 2 réactions à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

Sur les mêmes thèmes:

religion - Allah se fait représenter au procès de Nessma TV

article précédent
Le spam, ça eût payé
article suivant
Au fil des jeux : Supreme Commander 2, Virtual Skipper Online, et les autres...


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • réactions (2)
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • Wikipédia au secours de la recherche ?
  • Nosdeputes.fr libère l’Assemblée sortante
  • En attendant Rossel, Hersant empire
  • Dans le secret des lieux
  • Parti pirate : « Nous avons beaucoup de propositions concrètes et qui ne coûtent rien »

Lib.fr

  • Facebook, le réseau d’une dégringolade à Wall Street
  • Le vote a commencé en Egypte
  • Ayrault invite les syndicats le 29 mai
  • A Montréal, «la loi spéciale, on s'en câlisse»
  • A la mairie de Saint-Max, 24 heures de lutte contre les inondations
publicité

Hum, bizarre...

img75
Dans le secret des lieux

L’un des gouvernements les plus zélés sur Google Earth est celui des Pays-Bas, qui a recouvert d’esthétiques polygones des centaines de sites stratégiques (palais royaux, dépôts de fuel, bases militaires...)


Chronophage

Spewer

Attention, jeu dégueu.


Vidéo box

img75
Meilleurs souvenirs du net

Marco Cadioli se livre à des dérives existentielles autour du globe avec Google Earth.


Vendredi, à poils !

img75
« Ce glandeur de phoque du Groenland n’a pas de boulot »


No comment

img75
Tu sais, Brad...

« J’aime venir de temps en temps ici et regarder les avions passer. »


Inutile donc inutile

img75
Carte mémoire

Mille cinq années de mouvements de frontières en Europe résumées en onze minutes. Abstrait et hypnotique.




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008