mercredi 25 novembre 2009 14:55
Canal + : TF1 prend l’oseille et se tire
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tags : économie , TF1 , Canal+
Ah, la crise, et ce moment douloureux où on est obligé, la mort dans l’âme, d’aller porter chez Ma Tante les bijoux de mémé, pour pouvoir s’offrir son petit Noël… C’est ce qui vient d’arriver au patron de TF1, Nonce Paolini. Il a annoncé hier qu’il vendait ses quelque 10% de Canal + pour la coquette somme de 744 millions d’euros. C’est-à-dire l’héritage de son prédécesseur Patrick Le Lay, les restes de TPS, soit les 9,9% que TF1 détenait dans le groupe Canal +, après que ce dernier eut gobé tout cru le bouquet satellite TPS fin 2005.
Pourquoi maintenant, alors que TF1 disposait d’une clause de sortie de Canal + en février 2010 ? C’est officiellement une demande de Vivendi, le proprio de Canal + qui entend désormais être seul chez lui, et l’a fait savoir au marché en septembre. Au terme de l’opération, Vivendi détiendra 74% et des poussières de Canal + et Lagardère - qui peut également retirer ses billes et a manifesté sa volonté de le faire - 20%. Les 5,1% restants appartiennent à M6 à qui Vivendi a d’ailleurs fait la même offre. C’est aussi au titre d’ancienne actionnaire de TPS que la Six possède un bout de Canal +, avec la même clause de sortie en février pour un montant de 370 millions d’euros. Interrogé par Libération, le patron de la Six, Nicolas de Tavernost, fait mariner : « On étudie, mais on est pressé de rien. » C’est qu’à M6, on n’est pas dans la même panade qu’à TF1, qui a un besoin urgent de pépettes au point d’avoir lancé un plan d’économies de 70 millions d’euros. En novembre, le groupe a annoncé que, sur les neuf premiers mois de 2009, son bénéfice net avait reculé de 54% à 51 millions d’euros, et que son chiffre d’affaires avait baissé de 13%. Voilà donc 744 millions d’euros (2 millions de moins que prévu, en raison de l’avancement de la vente de quatre mois) qui vont permettre à Nonce Paolini de présenter des comptes d’un vert rassurant pour son propriétaire Bouygues et la Bourse. Le chèque permettra aussi à TF1 de couvrir le rachat - pas encore effectif - des chaînes de la TNT, TMC et NT1, pour un montant de 192 millions d’euros. Et pour ça, la Une avait besoin d’un peu d’argent liquide que, sans la vente de sa part de Canal +, elle aurait été contrainte d’emprunter. Plus globalement, cette sortie de Canal + marque, pour TF1, la fin d’une aventure, celle de la télé payante. En 1996, furieux de voir la floraison de Canal + qui, outre la télé hertzienne cryptée, a créé en 1992 CanalSatellite, Patrick Le Lay lance tout à trac le bouquet TPS, d’abord avec France Télévisions période Jean-Pierre Elkabbach, puis avec M6. Entre Canal + et TPS, la guerre au couteau durera dix ans, où le second réussira à rafler au premier des matchs de foot et des contrats avec des studios américains. En 2005, Le Lay finit par céder. Mais après celui de la télé payante, il a, entre-temps, laissé passer un autre train, celui de la TNT, que TF1 se prend aujourd’hui en pleine face. En fait, depuis son arrivée à la tête de la Une en 2007, Nonce Paolini tente de rafistoler la baraque. Raccroche les wagons de la TNT en rachetant TMC et NT1 pour se concentrer sur la télé gratuite et son fleuron TF1. Avec le succès qu’on voit : des audiences flageolantes (26,8% la semaine dernière), un 20 heures qui n’a jamais été aussi proche de celui de France 2, une rédaction à feu et à sang, une crise de la pub (19% de moins par rapport à 2008) et un sauveur annoncé, Axel Duroux, qui se carapate au bout d’un mois et demi… Dire si Nonce Paolini n’a qu’un seul ami en ce moment : Thierry Henry, qui a gentiment qualifié TF1 pour la Coupe du monde. Paru dans Libération du 24 novembre 2009
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