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samedi 19 décembre 2009 15:14

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Canal + griffe les coûts ciné

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : catch-up tv , Canal+

Au Cinéma des cinéastes, à Paris, dans le XVIIe arrondissement. Photo Olivier Culmann

« Cinéma, cinémaaa, di da di da dou dou, cinéma, cinémaaa, Tchi Tchaaah. » Un petit coup de l’antédiluvien jingle du cinoche sur Canal + signé Michel Jonasz, ça ne peut pas faire de mal. Surtout au moment où la chaîne cryptée est dans la dernière ligne droite de la renégociation de ses accords pour cinq ans avec le cinéma français. Ah ! Canal + et le cinéma français… Ces deux-là se tiennent par la barbichette : l’une — Canal + — a besoin de l’autre pour remplir son petit écran de films en exclusivité ; l’autre — le cinéma français — a besoin de la chaîne cryptée qui est son principal bailleur de fonds.

Seulement voilà, aujourd’hui, Canal + - et c’est ce qu’elle défend auprès des organisations du cinéma avec qui elle discute depuis fin novembre - n’entend plus être le bailleur de fonds de toute la filière cinéma. Explication : actuellement, l’investissement cinéma de Canal + se répartit en trois pôles. D’abord, une obligation d’investissement de 12% de son chiffre d’affaires dans le financement de la production européenne, dont 9% pour les films français (soit 174 millions d’euros en 2008). Ce qui représente 142 films par an sur les 196 produits en 2008. Ensuite, une aide à l’exploitation, c’est-à-dire aux salles de cinéma, soit 13,5 millions d’euros par an. Enfin, une aide à la distribution qui atteint 6,5 millions d’euros.

Ce que Canal + a annoncé aux diverses organisations du cinéma avec lesquelles elle discute, c’est que, si elle ne comptait pas toucher à son obligation de 12%, elle entendait réduire la facture globale. En ne s’acquittant plus des aides à l’exploitation et à la distribution. Le motif avancé par Canal + : « Nous voulons financer l’exception culturelle, les films, la création, pas toute la filière cinéma. » Selon la chaîne cryptée, l’aide à l’exploitation ne se justifie plus puisqu’en 1993, à l’époque où elle a été créée, les salles étaient en difficultés avec seulement 132 millions d’entrées, alors qu’aujourd’hui, elles frisent les 200 millions. De plus, la chaîne estime que cette aide est mal répartie, 80% de la somme revenant aux grosses salles tandis que celles dans le besoin ne touchent rien. Même argument pour l’aide à la distribution qui, selon Canal +, ne profiterait qu’aux riches. Ambiance.

Mais ce n’est pas tout : Canal +, décidément rapiate, ne veut plus non plus payer la prime au succès pour les films dépassant les 500 000 entrées en salles, et demande qu’elle soit incluse dans les fameux 12%. Même tabac pour les droits de la télé de rattrapage ou « catch-up TV » en bon français, qui permet de revoir des programmes à la demande. La chaîne voudrait qu’elle fasse partie du paquet cadeau des 12%, et non plus négociée à part et en plus. Un point qui titille particulièrement Canal +, d’autant que le cinéma a accepté de telles conditions dans son accord avec Orange, ou plutôt « Casimir » ainsi que, sur la chaîne cryptée, on aime à moquer son rival de couleur.

Et bizarrement, alors qu’on a souvent entendu les uns et les autres pousser de hauts cris, genre Canal + veut tuer le cinéma ou, c’est selon, le cinéma veut tuer Canal +, là, les discussions ne semblent pas si mal engagées. Chaque semaine, dans les locaux de la chaîne, à Issy-les-Moulineaux, le directeur général Rodolphe Belmer et Manuel Alduy, le directeur du cinéma, reçoivent les organisations (Blic, Bloc, ARP…) qui s’en repartent ensuite faire leurs calculs et consulter leurs juristes avant de revenir à la table des négos. Et, pour l’instant, sans claquement ni de porte ni de beignet. Même si toutes les organisations ne sont pas sur la même ligne : les représentants des exploitants et de la distribution ne voient bien sûr pas les propositions de Canal + du même œil que celles de la production.

Ainsi, Florence Gastaud, déléguée générale de l’ARP, qui représente les auteurs, réalisateurs et producteurs, explique : « On veut laisser Canal + libre d’avoir une nouvelle dynamique quant aux obligations, de réinventer les choses, nous ne voulons pas les contraindre, nous voulons qu’ils développent leur base d’abonnés. » Car plus il y a d’abonnés, plus, mécaniquement, les 12% d’obligation rapportent de l’argent au cinéma. Les organisations seraient même prêtes à satisfaire les demandes de Canal +. « Mais il faudra alors qu’ils augmentent leur 12% », indique Florence Gastaud. Et la vie est bien faite : Canal +, qui a fait mine au début des négos de vouloir baisser sa contribution financière, serait prête à augmenter le pactole global si l’argent va aux films qui seront diffusés sur son antenne. Quel cinéma.

Paru dans Libération du 18 décembre 2009


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