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jeudi 24 avril 2008 11:54

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Cannes : sélection au scalpel

Cinéma. Le Festival a opté pour un nombre de films plus restreint que lors des éditions précédentes.

par Didier Péron

tags : cinéma d’auteur , festival

Waltz with Bashir, d’Ari Folman. DR

La sélection du 61e festival de Cannes était annoncée pour le 17 avril. Et puis finalement, Thierry Frémaux, délégué général de la manifestation, s’est accordé une semaine de rabe. Mais hier restait encore trois inconnues, les films d’ouverture et de clôture et surtout un film français encore à désigner pour rejoindre les deux déjà sélectionnés  : Un conte de Noël, d’Arnaud Desplechin et la Frontière de l’aube, de Philippe Garrel.

Cet atermoiement prolonge d’autant le supplice de cinéastes espérant encore être du voyage cannois. La rumeur dit qu’il y aurait ballottage sévère entre De la guerre, de Bertrand Bonello, Entre les murs, de Laurent Cantet (avec l’écrivain François Bégaudeau dans son propre rôle de prof), Un barrage contre le Pacifique, de Rithy Panh (avec Isabelle Huppert), le Voyage aux Pyrénées, d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu...

Autant Gilles Jacob, président du Festival, que Frémaux ont tenu à placer cette édition 2008, « post-anniversaire des 60 ans », sous le signe d’un cycle nouveau, correspondant aux enjeux d’un cinéma transformé par l’irruption du numérique. 1 792 longs métrages venant de 96 pays auraient ainsi été visionnés (soit 50 % de films en plus depuis cinq ans), explosion inflationniste due à la généralisation de productions légères et autoproduites un peu partout dans le monde, qui parviennent par la poste aux sélectionneurs sous forme de DVD.

Cannes, au lieu de coller à cette abondance conjoncturelle, a choisi d’adopter une stratégie de raréfaction (relative). L’image du festivalier suant à grosses gouttes avec son accrédite en sautoir autour du cou, courant les projos avec des bouts de sandwichs dans les cheveux, a fini par émouvoir les sélectionneurs, qui ne veulent plus imposer « un parcours du combattant » aux journalistes, spécialement de quotidiens. C’est gentil de penser à nous !

Il y a donc moins de films, aussi bien en compétition officielle (20 longs métrages) que dans la section Un certain regard (19). Frémaux, dans son discours de présentation, a tenu à afficher sa volonté de mettre du sang neuf dans ce festival, accueillant notamment huit premiers films et huit cinéastes qui n’avaient encore jamais eu la chance de monter les marches, rituel sacré s’il en est.

Pourtant, après avoir dit à quel point la raout Côte-d’Azur devait éviter le repli, l’autarcie autosatisfaite et les ronds de serviette octroyés ad vitam aeternampour un cercle d’« abonnés » sûrs d’être présents à chaque fois qu’ils dégainent le moindre film, on peut quand même dire que le cinéphile moyen ne devrait pas être trop dépaysé à la lecture des auteurs retenus.

On verra les nouveaux films des Américains Clint Eastwood (Changeling, thriller avec Angelina Jolie dans le rôle d’une mère dont le fils a été kidnappé) et Steven Soderbergh (son biopic de quatre heures sur Che Guevara, avec Benicio Del Toro dans le rôle titre), de l’Allemand Wim Wenders (The Palermo Shooting), des frères belges Luc et Jean-Pierre Dardenne (le Silence de Lorna, pour une troisième palme d’or  ?), du cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan (les Trois Singes), du Canadien Atom Egoyan (Adoration), du Chinois Jia Zhangke (24 City), du Brésilien Walter Salles (Linha de Passe, coréalisé avec Daniela Thomas).

On notera aussi le retour de deux jeunes Argentins déjà remarqués à Cannes  : Lucrecia Martel (la Femme sans tête) et Pablo Trapero (Leonera). Les Italiens, absents des listes l’an passé, reviennent avec entre autres Gomorra, de Matteo Garrone, d’après le best-seller de Roberto Saviano sur la mafia ­napolitaine. Parmi les inconnus au bataillon, l’attention se porte tout particulièrement sur un « documentaire d’animation » de l’Israélien Ari Folman, Waltz with Bashir, évoquant à Beyrouth-ouest les massacres de Sabra et Chatila de 1982.

Hors compétition, Steven Spielberg débarquera sur la Croisette pour dévoiler, le premier week-end, son Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal. De même pour Woody Allen avec un Vicky Cristina Barcelona réunissant Penélope Cruz, Scarlett Johansson et Javier Bardem.

Sean Penn, président d’un jury composé, notamment, de Natalie Portman et de Rachid Bouchareb, a demandé qu’on lui accorde une séance spéciale pour montrer un film inédit en France, The Third Wave, d’Alison Thompson, sur l’après-Tsunami au Sri Lanka.


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