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lundi 22 septembre 2008 10:26

  • cinéma

Cantet, aux frontières de la fiction

La filmographie de ce cinéaste discret questionne le réel.

par Didier Péron

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« J’ai fait un film, pas un documentaire »

Laurent Cantet et deux professeurs de français confrontent leurs expériences et leur vision de l’école.

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Laurent Cantet, avant de devenir le premier détenteur français d’une Palme d’Or depuis Maurice Pialat (Sous le soleil de Satan, 1987), a déjà connu d’autres récoltes de lauriers et d’honneurs. Avec en particulier, Ressources Humaines en 2000 :outre le prix Louis Delluc et le César de la meilleure première œuvre, ce film déjà tourné avec des acteurs non-professionnels (révélant le jeune Djalil Lespert) avait fait la tournée des grands ducs festivaliers et ramassé à peu près tous les prix possibles et imaginables. Bien qu’il ne refuse presque jamais un débat avec le public et accorde volontiers des entretiens à la presse, Cantet apparaît néammoins comme une personnalité plutôt effacée et secrète. Il est né à Melle (Deux-Sèvres) en 1962 de parents enseignants (père professeur de travaux manuels, mère institutrice). Après le collège et le lycée à Niort, il entre à la fac photo de Marseille où il découvre la vidéo. En 1983, il réussit le concours de l’Idhec (l’actuelle Femis). Il y croise Arnaud Desplechin, qui termine son film de fin d’étude, et face à qui il s’est retrouvé, vingt-cinq ans plus tard, en compétition officielle à Cannes. L’Idhec est le lieu où se nouent des liens d’amitiés et de collaborations qui vont s’avérer durables. La rencontre avec Vincent Dietschy (Didine), Thomas Bardinet (Les âmes câlines), Dominik Moll (Harry, un ami qui vous veut du bien), Gilles Marchand (Qui a tué Bambi ?), Robin Campillo (Les revenants, coscénariste et monteur d’Entre les murs) conduit à la création (par Dietchy et Bénédicte Mellac) de la boîte de production Sérénade qui produit les deux courts-métrages de Cantet, Tous à la manif (1994) puis Jeux de plage (1995) qui reçoivent des prix dans plusieurs festivals. Son chef opérateur à l’époque est déjà Pierre Milon qui a depuis éclairé tous ses films. C’est par ces courts qu’il se fait repérer par le duo de productrices de la boîte Haut et court, Carole Scotta et Caroline Benjo. Elles font appel à lui pour participer à une série de dix fictions initiée avec Arte « 2000 vu par » (avec des participations de Tsai Ming Liang ou Walter Salles). Ce sera les Sanguinaires tourné en Corse mais, surtout, le début d’une complicité avec cette équipe de production indépendante (qui distribue aussi ses films) que Cantet qui, bien que régulièrement courtisé par des concurrents, ne consentira jamais à trahir. Avec cette palme d’or et la mise en chantier d’un biopic Coco avant Chanel d’Anne Fontaine, Haut et court négocie aussi un tournant décisif.

Le questionnement sur la place que l’on occupe dans le groupe social est au cœur d’une filmographie qui a repensé les questions du réalisme et la frontière fiction-documentaire avec une manière singulière d’effacer jusqu’aux traces même de la mise en scène.


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