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jeudi 25 mars 2010 10:06

  • cinéma

Ce mortel ennui

par Michel Henry

tag : polar

DR

L’immortel de et avec Richard Berry avec Jean Reno, Kad Merad, Marina Foïs… 1 h 55.

Marseille, de notre correspondant.

Le milieu a salué à sa manière l’avant-première de l’Immortel à Marseille, le 17 mars : en vingt-quatre heures, il y a eu deux règlements de comptes dans les environs. Coup de pouce méritoire, mais qui ne sauvera pas le film de sa médiocrité. S’il suffisait d’aligner des scènes de violence pour faire un bon polar, l’Immortel serait un chef-d’œuvre. L’ennui, c’est qu’on s’y ennuie, entre la minceur de l’histoire et la superficialité des personnages. Pis : après deux heures à subir des assauts de brutalité en série, on a presque envie de lui régler son compte. Richard Berry, pour son quatrième long métrage en tant que réalisateur, s’est inspiré du livre éponyme de Franz-Olivier Giesbert, qui a lui-même puisé son imagination dans la vie de Jacky Imbert, dit « Le Mat ». L’Immortel ne raconte pas l’histoire de cet ancien voyou. Il démarre avec la tentative d’assassinat à Cassis, en 1977, dont Le Mat est ressorti vivant, mais cabossé. Et prétend nous montrer la rédemption d’un caïd, rebaptisé Charly Matteï, qui en fait sauve son âme et sa peau (déjà bien trouée) en dézinguant ses concurrents pour éviter d’y passer : un peu court, comme dilemme moral.

DR

Entre deux jets d’hémoglobine, Marseille sert de décor, avec ses clichés ressassés : cigales, poubelles, ciel et mer bleus. Ni portrait de la ville ni évocation des voyous, le film espère prospérer sur le mythe du Chicago français. Dans cette production, Luc Besson semble chercher une suite à la série des Taxi : de l’action bien filmée, des poursuites en bagnoles, des fusillades sans fin et de grands noms à l’affiche. Mais seul JoeyStarr s’en sort impeccablement, dans le (trop petit) rôle du Pistachier en taule. Kad Merad, grimé en méchant, est rasoir. Seul rôle féminin dans ce monde d’hommes et de brutes, Marina Foïs, en policière veuve, perd son temps (et le nôtre, ce qui est plus grave). Reste Jean Reno. Pour ses aficionados, bouleversant. Pour les autres, quelconque. Reno, déjà à l’affiche de la Rafle, atteint le sommet du ridicule dans une scène interminable où il traverse un tunnel de barbelés pour sauver son enfant. Inventant au passage le tragique qui fait rire.

La vie du milieu est beaucoup plus complexe que ce que l’Immortel en donne à voir. A défaut, on s’y délecte de quelques phrases cultes du Mat, encore en vie, à 80 piges : « Les flics sont toujours venus me chercher pour des coups que je n’avais pas faits. Pour les coups que j’ai faits, je n’ai jamais vu personne. »

Paru dans Libération du 24/03/2010

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