lundi 21 mai 2012 14:00
Censure : Twitter n’est pas prophète au Pakistan
par Sophian Fanen
tags : censure , Twitter , Facebook
Extrait de l’épisode de « South Park » montrant Mahomet, censuré en 2010.
Il y a deux ans, un tribunal pakistanais avait exigé le blocage de Facebook pendant deux semaines, jugeant « blasphématoire » un concours de dessins lancé sur le réseau social : le Everybody Draw Mohammed Day. Non pas une réaction à l’affaire des caricatures du prophète de l’islam parues dans un journal norvégien en 2005, mais un acte militant après la censure d’un épisode de la série américaine South Park qui le représentait — ce que certains musulmans considèrent comme un blasphème. Ce dimanche 20 mai se tenait la troisième édition de ce concours qui veut, selon sa page Facebook combattre non seulement les radicaux, mais aussi « les modérés qui sont restés relativement silencieux » face aux menaces et violences subies par ceux qui ont publié des dessins les années précédentes. Cette année, plus que sur Facebook, qui avait « accepté de bloquer le contenu » blasphématoire interdit par la loi au Pakistan, selon le porte-parole de l’Autorité pakistanaise des télécommunications (PTA), c’est sur Twitter que des dessins ont circulé, sans déclencher d’émotion particulière selon les médias pakistanais. Le concours de dessin semblait davantage accepté comme un temps de libre expression sur le sujet. D’où la grande surprise de beaucoup des commentateurs et des internautes lorsque Twitter est devenu inaccessible dans tout le Pakistan dimanche. « Twitter ne nous a pas répondu », a justifié le représentant du PTA pour expliquer la décision prise par le ministère de l’Information. Le site n’a été rétabli que dans la soirée. Ceux qui sont responsables du concours de caricatures « s’efforcent de blesser les sentiments des musulmans », a encore estimé le PTA. Twitter n’a pas fait de commentaire. Il y a quelque temps, le réseau américain avait expliqué avoir mis en place un système lui permettant de rendre localement invisibles des tweets contrevenant aux diverses lois nationales des pays dans lesquels il est présent. Mais rien n’avait été précisé pour la diffusion d’images, et sur le dossier Pakistanais le réseau semble avoir décidé de ne pas prendre position. Dans la société civile pakistanaise, Twitter a pris une place sans cesse plus importante depuis deux ans, servant de relais médiatique aux stars de la télévision ou du sport autant que d’espace de débat plus ouvert que le reste de la société. « Le blocage brutal [...] de Twitter est un reflet parfait de la façon dont le gouvernement gère de nombreuses autres questions importantes : c’est un réflexe maladroit, suivi d’une suite de cafouillages ridicules. Les réactions à ce blocage ont révélé l’émergence d’un activisme en ligne, mené par une société civile de plus en plus audible, » a ainsi commenté le quotidien anglophone pakistanais The News. De son côté, Ali Dayan Hasan, directeur du bureau pakistanais de Human Rights Watch, a estimé que « ce blocage est une décision mal avisée et contreproductive, qui apparaîtra à terme aussi futile que d’autres tentatives de censure auparavant. [...] Si le Pakistan est la démocratie respectueuse des droits de chacun qu’il prétend être, cette interdiction ne doit pas durer. La liberté de parole ne doit être contrée que par la liberté de parole. » Le gouvernement n’a pas fait de commentaire après le rétablissement du service.
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