vendredi 22 juin 2007 15:03
Censure : Yahoo fait du zèle
Le géant américain est aujourd’hui mis en cause dans une affaire impliquant son site de partage de photos Flickr.
tags : photo , web 2.0 , liberté d’expression , censure , flickr , Yahoo !
Le logo Flickr détourné par un de ses membres - CC Tomas Caspers
Le géant américain Yahoo poursuit son pas de deux avec la censure. Déjà montré du doigt, entre autres pour son attitude complaisante, voire collaboratrice, envers le régime chinois (lire article), il est aujourd’hui à nouveau mis en cause dans une affaire impliquant Flickr, le site de partage de photos qu’il a racheté en 2005. Au cœur de la controverse, une fonctionnalité nommée safe search (« recherche sûre »). Il s’agit d’un filtre, activé par défaut, qui empêche les visiteurs surfant sur le site d’accéder aux images dont le contenu pourrait s’avérer offensant, le plus souvent des clichés violents ou érotiques. Flickr étant un site grand public visité par des millions d’internautes, le safe search est avant tout pensé pour les plus jeunes ; tout utilisateur enregistré peut d’ailleurs, s’il le désire, le désactiver en quelques clics et accéder ainsi à l’intégralité des photos partagées. Mais le 12 juin, sans annonce préalable, il est devenu impossible de désactiver safe search pour les utilisateurs dont le compte se trouve en Allemagne, à Singapour, à Hong-Kong et en Corée. Les protestations ne se font pas attendre, notamment en Allemagne, poussant les responsables du site à s’expliquer. Niant toute volonté de censure, ceux-ci mettent en cause les lois sur l’accès des mineurs à des clichés sensibles. « Le problème principal est que l’Allemagne a des lois sur la vérification de l’âge beaucoup plus rigoureuses que celles de ses voisins, et prévoit des peines pouvant aller jusqu’à la prison pour les responsables directs », justifie ainsi une membre de l’équipe Flickr sur un forum. « Nous avons fait ça pour être sûrs que Yahoo soit en accord avec les restrictions légales locales ». Une action préventive dans la droite ligne de la politique habituelle de Yahoo : se conformer aux lois des pays dans lesquels l’entreprise opère, en fermant les yeux sur l’éthique si besoin est. Mais il apparaît rapidement que l’initiative relève d’un excès de zèle. Diverses sources, dont l’hebdomadaire Der Spiegel et l’office gouvernemental de protection des mineurs, estiment ainsi que Yahoo « est allé au-delà de son obligation légale », qu’aucune pression n’a été faite pour instaurer un filtre obligatoire et qu’en tant qu’hébergeur, Flickr peut se contenter d’agir après le signalement éventuel de contenus illégaux. Pendant ce temps, une petite partie de la communauté Flickr s’est mobilisé pour dénoncer cette censure déplacée. Plusieurs groupes de protestation se sont ainsi créé au sein-même du site, dont le plus important, Against Censorship, rassemble plus de 11,000 membres en provenance du monde entier et quelques milliers de photos interrogatives, humoristiques et/ou provocantes. Mercredi dernier, après une semaine de tensions, l’équipe de Flickr a mis de l’eau dans son vin en annonçant que le filtrage des photos en Allemagne sera moins radical, mais pas désactivé. Une demi-censure qui fait toujours grincer des dents chez beaucoup d’utilisateurs, dont certains commencent à migrer vers d’autres cieux numériques. Sans préjuger du dénouement de cette affaire, son impact réel sur la santé de Flickr devrait néanmoins rester faible, en raison de la proportion réduite d’utilisateurs directement concernés ou mobilisés. Quant à Yahoo, pas de modification de sa politique en vue. Début juin, l’entreprise avait pu faire croire à un semblant de changement de cap, émettant des protestations officielles inhabituelles face à un cas de censure en Chine (lire article). Mais le business a la peau dure. Quelques jours plus tard, lors de l’assemblée générale annuelle, deux motions visant à créer une commission indépendante sur le respect des droits de l’homme et à mettre fin au stockage de données individuelles dans les pays sensibles ont été soumises au vote des actionnaires du groupe. La première a recueilli 4% d’opinions favorables, la seconde 15%.
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