mardi 29 mai 2012 13:02
Censure : la Chine invente le permis de tweeter
Sur Weibo, l’équivalent chinois de Twitter le plus populaire
Twitter n’est pas accessible en Chine. Mais son équivalent local le plus populaire, Sina Weibo, compte aujourd’hui 300 millions d’utilisateurs... soit autant d’internautes à surveiller. Pour plus d’efficacité, Weibo a mis en place cette semaine de nouvelles contraintes qui prévoient notamment des sanctions pour « fausse information », dans un contexte de nervosité croissante du régime. Les nouvelles règles fonctionnent selon le principe d’un « permis de tweeter » à points : chaque titulaire d’un compte se voit allouer 80 points à son inscription, et peut les perdre graduellement à chaque fois qu’il publie un message jugé en infraction à la loi chinoise. Feront perdre des points les messages « propageant des rumeurs », « divulguant des informations privées » ou « porteurs d’attaques personnelles ». Si l’internaute n’a plus que 60 points, il devra s’abstenir de toute infraction durant deux mois afin de pouvoir retrouver son capital de 80 points. Et s’il perd tous ses points, son compte sera alors fermé. Par ailleurs, quiconque postera cinq fois une information jugée « sensible » verra son compte bloqué durant 48 heures. Les journaux et sites Internet d’information sont également soumis à un système de permis à points, expliquait récemment le correspondant de Libération en Chine. Chaque titre dispose d’un capital de 12 points et peut le voir diminuer d’il publie un article offensant pour le régime, évoque une affaire gênante, ou omet de mettre en avant le discours d’un officiel... Cette nouvelle réforme des conditions d’utilisation des microblogs intervient après un récent raidissement contre la liberté d’expression en Chine, peut-être un signe de la nervosité du régime avant le Congrès du Parti communiste, qui verra cet automne une transition politique se dérouler pour la première fois à l’ère des médias sociaux. L’agence Chine nouvelle avait notamment annoncé le mois dernier que les autorités ont fermé 42 sites internet et effacé plus de 210 000 messages d’internautes pour faire taire les « rumeurs » sur le Parti communiste chinois. Les autorités s’inquiètent également du flot de critiques véhiculées par les microblogs comme Weibo. Ces courts messages, qui comptent au maximum 140 idéogrammes, sont très populaires chez les Chinois pour se plaindre d’abus ou dénoncer des scandales. Selon les observateurs, ils jouent un rôle crucial pour façonner l’opinion publique. Une première vague de restrictions avait ainsi été imposée au mois de mars, avec l’interdiction d’utiliser un pseudonyme. Des réactions majoritairement négatives ont accueilli l’annonce du nouveau cadre restrictif de Weibo, les internautes redoutant des sanctions arbitraires. « Bloquer le libre flot des pensées des gens sera plus redoutable qu’interrompre le flot des cours d’eau », a écrit l’un d’entre eux. « Pourriez-vous SVP publier d’abord la liste des mots sensibles, afin de nous permettre de nous modérer ? », a demandé un autre, sous le pseudonyme d’Euglena. (avec AFP) A lire également :
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