« Cérémonie secrète » pour grands acteurs
par Edouard Waintrop
tags : cinéma d’auteur , cinéphilie , le coin du cinéphile
Elizabeth Taylor et Mia Farrow dans Cérémonie secrète. DR
Cérémonie secrète (1969), film de Joseph Losey avec Elizabeth Taylor, Mia Farrow et Robert Mitchum, 1h49. Bac video
Au commencement, Joseph Losey était un fils du Midwest (né à La Crosse, Wisconsin, en 1909, il est mort à Londres en 1984), mais versant très haute bourgeoisie cultivée. A l’université, il étudia la philosophie et se passionna vite pour Bertolt Brecht et le théâtre. Il entra dans la carrière à 30 ans en mettant en scène des courts-métrages pour la MGM. Puis il réalisa pour la RKO ses premiers grands films qui marquèrent à la fois Hollywood et sa carrière. Du Garçon au cheveux verts (fable antiraciste datant de 1948, qui ne fut distribué en France que vingt années plus tard grâce à Pierre Rissient) à sa version de M (1951) très injustement méconnue (avec David Wayne et Howard Da Silva) en passant par le Rôdeur (The Prowler, 1951), un film superbe, et Haines (Lawless, 1950), il mérita les espoirs immenses mis en lui. Hélas pour lui, ce cinéaste doué, brechtien et communiste stalinien, allait subir les foudres des commissions réunies par le sénateur Joseph MacCarthy pour bouter les rouges hors du paradis californien. Il se retrouva obligé de partir au-delà des mers, en Angleterre. Là, il dirigea d’abord des films sous pseudo avant de réaliser Temps sans pitié. C’est ce film qui d’ailleurs le fit tant aimer d’un groupe de cinéphiles français, les « mac-mahoniens », qui le mirent dans leur carré d’as avec Walsh, Preminger et Lang. L’avenir prouva que ce débutant merveilleux n’était pas de la trempe des trois autres. Replié dans le cinéma psychologique, allié avec le dramaturge et écrivain Harold Pinter, il n’allait jamais retrouver l’inventivité, la sensibilité visuelle, la force qu’il avait
développé dans le Rôdeur ou dans Haines, et retrouvé dans Temps sans pitié. Evidemment tout le monde n’est pas d’accord avec ce point de vue. Dans le bonus du DVD, Michel Ciment en développe intelligemment un autre. Plaçant notamment les films des années 60 de Losey à un très haut niveau. Alors que l’auteur de ces lignes les trouve souvent un tantinet ennuyeux. Cérémonie Secrète n’échappe pas à ce défaut. Dans la direction d’acteurs, Losey a la main lourde. Et Mia Farrow, qui joue le rôle d’une jeune fille folle et riche qui croit reconnaître sa mère, morte il y a des années, dans la personne d’une prostituée rencontrée au cimetière, en fait les frais. En revanche, pas Elizabeth Taylor qui joue cette prostituée, femme qui a elle-même perdu un enfant et accepte de jouer à la mère de la jeune fille. En 1969, Taylor qui a joué Cléopâtre quelques années auparavant, est au sommet de son art. Elle a une présence exceptionnelle et sait jouer avec les décrochages mentaux de son personnage. Robert Mitchum, qui joue une ombre maléfique, le beau père et l’amant de Mia Farrow, retrouve sa dégaine de La nuit du chasseur. A sa première apparition, on le voit d’un peu loin, sifflant un air lancinant : l’allusion est évidente. Pour ces acteurs, Cérémonie secrète, vaut la peine d’être vu.
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