samedi 17 novembre 2007 09:01
« Ces films montrent la réalité de notre travail »
par Fabrice Tassel
Un procès d’assises diffusé en prime-time (1), c’est assez rare pour être souligné. Pour Michel Huyette, le président de la cour d’assises de Haute-Corse, la justice devrait davantage montrer ses coulisses, pour être mieux comprise. Pourquoi avoir accepté ?
Quelles conditions avez-vous fixées ?
Deviez-vous demander le feu vert de la chancellerie ?
Cette ouverture est-elle une des conséquences de l’affaire d’Outreau ?
Le film ne souffre-t-il pas de l’effet de montage, inévitable compte tenu de la durée d’un procès d’assises ?
D’accord, mais le comportement des acteurs n’a-t-il pas été modifié ?
Une généralisation est-elle possible ?
Que pensez-vous d’une diffusion en temps réel, comme cela se fait déjà parfois aux Etats-Unis ?
Et la diffusion d’un procès comme celui d’Yvan Colonna ?
Les magistrats ont souvent le moral en berne, et vous ?
(1) Crime passionnel : au coeur d’un procès d’assises dans Zone interdite, dimanche à 20h50, sur M6.
Nous sommes de plus en plus de magistrats à penser que la période de méfiance totale par rapport aux médias est terminée. Il y a une nécessité de montrer de l’intérieur ce que fait l’institution. Les critiques sur la justice ne me dérangent pas, mais trop souvent elles sont faites à partir d’une méconnaissance de notre métier. Ces films sont l’occasion de montrer la réalité de notre travail.
J’ai donné une autorisation très large de filmer, même pendant les suspensions. Mais, bien sûr, toute personne filmée était d’accord, et tous les professionnels (avocats, magistrats) ont pu visionner ce reportage.
Elle était informée, sans qu’elle intervienne pour dire oui ou non. Mais je crois qu’elle évolue sur ce sujet.
Non, ce n’est pas un événement particulier qui déclenche cette réflexion. C’est vraiment cette envie de montrer aux personnes qui critiquent la justice qu’elles ne savent pas toujours comment cela se passe.
C’était ma préoccupation. Je ne voulais pas que le spectateur ait une fausse idée des faits. Mais je crois qu’on comprend bien l’histoire.
Non, vraiment. A ma grande surprise, tous les acteurs (témoins, accusés) ont accepté d’être filmés, alors qu’il s’agissait d’évoquer des choses graves ou intimes. Je craignais un peu qu’ils regardent la caméra, que des témoins ayant peur de s’exprimer ne soient bloqués. Mais non. Mais j’ai aussi sélectionné cette affaire car les accusés présentaient un certain niveau intellectuel, ils s’exprimaient de façon posée.
Non, ce serait excessif et dangereux, cela peut vite déraper. Je redouterais par exemple que des avocats en manque de clientèle tentent de profiter d’un film pour se faire remarquer.
Cela me semble impossible. Certains acteurs profiteraient des caméras pour faire pression. Il faut que toutes les voies de recours soient épuisées pour envisager de diffuser un procès.
Dans l’idéal ce serait très bien. En tant que citoyen, et non en tant que magistrat, j’entends la défense d’Yvan Colonna qui parle de procès politique, de possible erreur judiciaire. Quelle opinion va se faire le citoyen ordinaire qui entend cela ? L’intérêt de filmer et de diffuser un tel procès, ce serait pour que personne ne dise : « Cet homme a été jugé dans des conditions inacceptables. »
Je suis un magistrat enthousiaste, passionné, mais qui regrette de ne pas pouvoir faire plus. Ce qui nous manque le plus, c’est le temps.
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