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mercredi 24 novembre 2010 17:23

  • cinéma

Ces jeunes élevés à la baguette

par Camille Gévaudan, Eric Loret

tags : livre , Harry Potter

Photo Warner

Harry Potter et les Reliques de la Mort - Partie 1
de David Yates
avec Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson… 2 h 25.

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Je vous salue Harry

Dans les Reliques de la mort, première partie du dénouement de la série, Potter découvre la puberté dans un monde sans pitié.

Warner bros, à reluire

Accueillie à bras ouverts par le gouvernement britannique, la major américaine vient d’acheter le studio où a été tournée la saga Potter.

Les médias adorent les appeler « génération Harry Potter », comme une branche de la génération Y (née dans les années 80 et 90) dont on célèbre le goût pour la lecture et les univers imaginaires à l’ancienne. Ils ont ravi leurs parents en avalant des pavés dès leur plus jeune âge, sorti les guitares pour former des groupes de « rock sorcier », adapté les règles du quidditch — basket sur balais volants — pour en organiser des tournois interuniversitaires, et épaté leurs profs d’anglais en s’attaquant aux romans en langue originale, trop impatients pour attendre la version française. C’est peut-être là, le véritable lien magique qui unit le héros de la saga à ses lecteurs et spectateurs : ils ont appris et grandi ensemble. Et quand sonne la fin de la saga, les fans de la première heure referment le chapitre de leur adolescence tandis que les plus jeunes prennent l’aventure en cours, initiés par leurs aînés. Pour faire un état des lieux, nous avons interrogé différentes générations de jeunes lecteurs (ceux qui ont grandi avec, et ceux qui l’ont découvert récemment), en différenciant filles et garçons, car s’identifier aux superhéros ou être amoureux d’eux, ce n’est pas tout à fait idem.

Camille : « Le ton s’est assombri en même temps que je devenais plus mature »

Camille a 23 ans et fini l’an dernier ses études en multimédia. En 2000, elle chipe les trois premiers tomes d’Harry Potter à sa petite sœur qui les avait reçus pour Noël et les engloutit d’une traite, sans fermer l’œil avant d’être arrivée à la toute dernière ligne, à une heure avancée de la nuit. « Exactement, comme Harry lit ses livres de cours de sorcellerie, en fait : caché sous la couette, lui parce que sa famille lui interdit de pratiquer la magie, et moi un peu honteuse d’être si absorbée par un livre pour enfants. » Elle avait 13 ans quand Harry en avait 14, et son adolescence a été rythmée par l’attente et la sortie des nouveaux épisodes, en librairie et au cinéma. « L’histoire s’est épaissie, le ton s’est assombri et les personnages se sont affinés en même temps que je devenais plus mature et plus exigeante, de sorte que le style m’a toujours convenu. » De la magie neuneu de Chris Colombus à l’esthétique plus sobre des derniers films, jonchés de cadavres mais avec plus d’étincelles colorées. Camille a fini par grandir plus vite qu’Harry. « Et mon esprit critique nouvellement affûté m’a offert assez de recul pour atténuer ma passion vis-à-vis de la série. » De lectrice assidue des sites de fans, elle est devenue rédactrice de brèves pour l’un d’entre eux, relayant l’actu littéraire et cinématographique du sorcier pour des internautes souvent plus jeunes. Aujourd’hui, elle voit les dernières images de la saga avec « une drôle de nostalgie » et continue d’entretenir les articles Harry Potter sur Wikipédia, une manière « plutôt classe » de continuer à fréquenter la saga.

Jérémy : « Qui a envie de s’identifier à un nerd à lunettes ? »

Jérémy, 19 ans, étudiant en cinéma, a commencé la saga des Potter à l’âge de Harry : « Je suis entré en 6e au moment où il arrivait à Poudlard. » Ce contemporain exact a été fan des épisodes 1 à 4, puis a lâché l’affaire. « J’ai vu les quatre premiers films au cinéma, le suivant à la télé, mais le sixième en DivX [piraté, ndlr], je me suis endormi devant. » Jérémy entrevoit deux raisons à son désamour. D’abord, les films n’allaient pas assez vite par rapport aux livres. Du coup, il avait fini de lire la série bien avant la fin de la saga filmée. Le désir a eu le temps de se refroidir. Mais la raison la plus importante pour lui est que Harry a vieilli à la fois plus vite et moins vite que lui, transformant l’expérience Potter en monstruosité chronologique : « Il était supposé avoir 13 ans et il en avait 16 tout en étant beaucoup plus niais que ce qu’on était à son âge. » Physiquement trop vieux, mentalement trop immature, c’est le hic. Comme la plupart des garçons, Jérémy a fini, à l’âge de la puberté, par trouver le héros complètement « niais. En plus, qui a envie de s’identifier à un nerd à lunettes qui peut même pas pécho une meuf ? » Est-ce que Twilight a pour autant remplacé le sorcier bigleux dans son cœur ? Non, la série qu’on voudrait faire passer pour la nouvelle coqueluche ado, Jérémy en a lu et vu le premier épisode. Il dit d’abord « c’est comique », avant de résumer mieux la drôlerie qu’il y trouve : « en fait, c’est juste pathétique. »

Louise et Grégoire : « Pas tout à fait comme j’imaginais »

Frère et sœur de 9 et 11 ans, Grégoire et Louise sont « tombés » dans Harry Potter alors que le dernier tome était déjà sorti. Titillée par la réputation de la série et encouragée par ses proches à lire les livres, Louise s’y est mise en CE2. Elle les a empruntés et les a dévorés un par un, avant de s’autoriser le visionnage des films. Grégoire était trop jeune pour aborder ces pavés en même temps que sa sœur, alors il a rattrapé son retard devant la télé : « On a emprunté les deux premiers films à la médiathèque et les autres à nos voisines, parce qu’elles ont les DVD. Puis on les a gravés. » Louise dit apprécier les films, mais ne peut s’empêcher d’être déçue car elle s’était inventé ses propres images de l’histoire avec les livres : « Les films ne sont pas tout à fait comme j’imaginais. » Et elle reste attachée à « tous les détails » de la version papier. Quand Grégoire lui demande des précisions sur les passages sucrés au cinéma, elle l’envoie balader : « T’as qu’à les lire ! » Mais ce n’est pas faute d’avoir essayé : « J’ai lu un quart du quart du quart du premier livre, et j’ai arrêté parce que j’en avais marre. » Le livre est trop « mou » par rapport au film, où il y a « plus d’action ». Même si quelques scènes violentes des derniers épisodes lui ont fait peur (« quand Lucius Malefoy et les Mangemorts attaquent Harry et que ses amis se retrouvent attachés, avec des baguettes pointées sur eux »), Grégoire préfère « quand il y a des images ».

Paru dans Libération du 24 novembre 2010


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