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jeudi 5 avril 2007 11:31

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Ces tribus qui se défilent à l’heure du mobile

Déphasés, antiprogrès ou hypertendance : 7,5% des 18-39 ans ont choisi la vie sans portable.

par Emmanuèle Peyret

CC - procsilas

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C’est parti, comme souvent, d’un dîner entre bobos du XIe, tariquet et rillettes de sardines pimentées, conversation portant sur une hypothétique mise en relation d’un tel avec un autre en vue d’un hypothétique rendez-vous professionnel. « T’auras qu’à me filer ton numéro de portable, demanda-t-on, je t’appelle demain. » Incroyable réponse du gars : « J’ai pas de portable... » Hein ? Quoi ? On invoqua l’alcoolémie, une provocation chez ce CSP+ quadragénaire, rien n’y fit : la personne ne possédait vraiment pas de téléphone portable. Et force fut de constater que presque chacun d’entre nous connaît un être humain qui, à l’heure où nous écrivons ces lignes, ne possède pas l’outil totalement indispensable et absolument superfétatoire, « une bien belle création du capitalisme triomphant », ricanait un militant (professeur de philo tendance marxiste). Aussi s’interroge-t-on : qui, de nos jours ultracommunicants, n’a pas de téléphone portable ? Y aurait-il une tendance rebelle ? « Parmi la population âgée de 18 ans et plus, le taux d’équipement est de 74% », explique Franck Delpal, chargé d’études au Crédoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) et coauteur du baromètre annuel sur la diffusion des technologies de l’information en France. Par classe d’âge, ça donne 97 % d’utilisateurs d’un mobile chez les 18-24 ans, contre 91 % des 25-39 ans et 77 % pour les 40-59 ans. Il n’y aurait donc que quelques centaines de milliers d’individus « portable free », « dont à peine 1 % de rebelles », estime à la louche ­ le chercheur.

Pour résumer, plus on vieillit moins on en a, et « comme aux débuts du téléphone mobile, les disparités persistent selon le niveau de formation : alors que 51% des gens sans diplôme ont un téléphone mobile, le chiffre monte à 86 % chez les diplômés du supérieur », poursuit le chercheur. On a beau rigoler sur la tendance chic et choc du rebelle sans mobile chez les CSP+, c’est encore très confidentiel, n’en déplaise à l’instigateur de la journée sans portable, l’écrivain Phil Marso. « Les poches de résistance, vous les trouvez surtout en milieu rural, dans les classes les plus modestes, rétives aux nouvelles technologies : là, on est face à des freins psychologiques, techniques, financiers, analyse Franck Delpal. La majorité des non-équipés est retraitée, n’a aucun diplôme, habite en milieu rural, et, pour un tiers, vit seule », ce qui, en clair, signifie personne à qui téléphoner.

Et puis, il y a cette proportion ­ infime donc ­ de la population qui vit sans portable par chox : tout (classe d’âge, milieu socioprofessionnel) les désigne comme parfaits gibiers des opérateurs téléphoniques, et, bernique !, les rétifs n’ont pas cédé aux sirènes : « 7,5 % des 18-39 ans n’ont pas de portable, on est libre d’interpréter pourquoi », sourit Franck Delpal. A en croire l’étude, ils sont moins équipés aussi en Internet et sont moins attirés par la technologie en général. « Pour ces gens qui refusent d’être en reliance permanente, on pourrait même parler de mode de vie », explique Franck Delpal. Ces êtres bizarres (lire les témoignages sur Ecrans.fr) souhaitent communiquer vraiment avec autrui et ne pas recevoir quinze messages par jour pour ne rien dire : « Ils sont sans doute dans une recherche de communication plus authentique. Ne pas remplir le vide mais parler vraiment, sans s’appeler pour se dire : "Je peux pas te parler, je suis dans un tunnel." » Bref, refuser la fonction phatique du portable mais aussi l’utilitaire : « Ils se placent aussi dans une position discordante vis-à-vis des autres, qui ne se privent pas de déplacer les rendez-vous, d’arriver en retard... puisqu’ils peuvent prévenir », analyse le chercheur. Ceux-là maintiennent les rendez-vous à l’heure prévue. Une manière de se démarquer, de se la jouer « vieux monde ».

Pour autant, cette microtendance (totalement individuelle) va-t-elle se généraliser ? « Raisonnons en termes de dynamique de générations, conseille Franck Delpal. Les jeunes de 20 ans sont tellement imbibés de technologies qu’on ne les imagine pas sans équipement dans dix ans. Cela dit, l’usage qu’ils feront de l’ensemble des nouveaux outils de communication sera vraisemblablement différent de celui de leurs aînés. » Qu’on ne s’attende donc pas à les voir jeter leur Nokia aux orties comme jadis leurs grands-mères y balancèrent leurs soutiens-gorge.


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  • Ces tribus qui se défilent à l’heure du mobile

    15 mai 2007 15:44, par eric

    Ah , addict a l’ordinateur :)

    Internet, portable, etc etc, on peut se passé de tout n’importe quand, ce ne sont que des choix, les contraintes sont inéxistante si on ne les choisi pas !

  • Ces tribus qui se défilent à l’heure du mobile

    14 mai 2007 15:02, par Simon

    Oui, j’ai un portable.

    Et je n’ai pas de honte à avoir, ni de faux semblant d’inutilité lorsque je passe un coup de fil.

    Effectivement, j’utilise mon portable pour retrouver les gens, et je sais aussi qu’appeler à l’heure du rendez-vous en "prévenant" d’un retard est aussi grossier que d’arriver les mains dans les poches.

    J’utilise aussi mon portable pour avoir mon carnet d’adresse sur moi, et, la convergence aidant, pour la centralisation du lecteur audio, de l’appareil photo d’appoint, du GPS, du pda.

    Les personnes qui refusent le portable "parce qu’on en a pas besoin", très bien, pourquoi pas, mais de la à dire "parce que l’usage qu’on en fait est mauvais, et inutile", je voudrais rappeler que l’usage est fortement lié à l’usager.

    Libre à chacun de ne pas répondre dans le métro, ou de ne pas appeler pour dire : "t’es ou ?", si vous ne vous sentez pas capable de résister à la pression énorme qui pèse sur nous-autres, usager de portables, de faire n’importe quoi et de se comporter comme des moutons, et bien, rejeter le portable, c’est beaucoup mieux.

  • Ces tribus qui se défilent à l’heure du mobile

    11 avril 2007 13:34, par bobyback

    et ben moi j’ai un mac, l’adsl, un ipod et un tel portable

    et vous savez quoi ?

    quand il sonne et que je suis occupé à faire autre chose ben je repond pas et le plus fort dans l’histoire, c’est que je ne culpabilise aucunement !!

    "tu peux, toi aussi devenir libre"

     ;-)

  • Ces tribus qui se défilent à l’heure du mobile

    6 avril 2007 10:20

    Je voulais juste rappeler qu’il existe sur les téléphones portables un petit bouton rouge permettant de l’éteindre, pour ceux qui croient que posséder un portable rend esclave (c’est un peu comme la télévision en fait, c’est nous qui décidons si l’on veut bien s’en donner la peine) ; qu’il existe un bouton pour le passer en mode silence, afin de respecter la tranquilité de ses voisins de train par exemple... ce n’est pas le téléphone qui crée le comportement, il se contente de le permettre...

    je ne suis pas spécialement un grand fan de la technologie (je ne sais pas surfer sur le web à partir de mon portable, comprends à peine comment utiliser la fonction photo...), je suis obligé d’avoir un portable car je n’ai pas de domicile fixe (travailleur pauvre si l’on veut, squattage des parents, grand-mère, amis... je ne me vois pas mobiliser leur ligne fixe, je mobilise déjà leur salle de bain)... je constate simplement que mon téléphone portable a déjà aidé à sauver deux vies, dont la mienne : n’importe quel service d’urgence vous dira que la rapidité avec laquelle est passé l’appel aux secours est un critère primordial de l’efficacité de leur mission...

  • Ces tribus qui se défilent à l’heure du mobile

    5 avril 2007 14:25, par Un Estran Avec Vue Sur Mer
    Meme son de cloche pour moi. Pas de telephone parce que je me suis rendu compte que ca posait un probleme phenomenal a toute le monde que je n’en ai pas. J’habite encore chez mes parents : les gens ont peur d’appeller et de deranger, de ne pas tomber directement sur moi. Comme si ils ne connaissaient pas les codes bateaux de salutation, de presentation. L’histoire des rendez vous est tres juste. L’absence de telephone force a se rabattre a une heure et un endroit fixe, ce qui est sortit des habitudes de pleins de gens. Combien de fois ai je entendu : ’ah je me suis rappelle que tu avais pas de portable waaaaa qu’est ce que je me suis depeche pour etre a l’heure.’
    • Ces tribus qui se défilent à l’heure du mobile 5 avril 2007 16:32, par Roy
      Eh ben si c’est un progres de se depecher pour etre a l’heure... L’interet du portable c’est qu’il y a moins de chose a prevoir, donc un stress moins important, avec une securite en cas de problemes. En gros une amelioration et pas une malediction insupportable.
  • Ces tribus qui se défilent à l’heure du mobile

    5 avril 2007 13:33, par Matt

    Moi aussi je suis un résistant du portable, après avoir été l’un des premiers parmi mon cercle de connaissances à en posséder un, j’ai décidé de m’en passer il y a 5 ans maintenant. Je suis développeur de sites web, je suis connecté à l’ADSL, j’ai 28 ans et j’ai choisi de me passer de cet objet inutile, cher, stressant, nuisible à l’environnement et (selon certaines études) à la santé des hommes.

    Plus de stress, plus de speed, on profite pleinement des moments présents, sans être dérangé, je suis joignable chez moi, souvent connecté à MSN et quand je ne suis pas chez moi, je ne souhaite pas être joignable, c’est que je suis occupé et voilà.

    Pensons aussi à ses familles en difficultés financières qui ont 2 ou 3 enfants, et versent plusieurs dizaines d’euros par mois aux grands groupes qui controlent ce marché, je trouve ça navrant... mais c’est certainement symptomatique de l’évolution de notre société, au lieu d’essayer de discuter avec ceux qu’on croise dans la rue ou dans les transports, on appelle un ami c’est plus rassurant et moins dangereux, de nos jours on voit tellement de choses ma pauv’ dame.....

  • Ces tribus qui se défilent à l’heure du mobile

    5 avril 2007 12:06
    Moi c’est pareil, j’habite en ville, j’ai internet mais de portable ; oui c’est un acte de résistance face à l’inutilité technologique(je pense que 95% des appels ou SMS sont du style"j’arrive, ah oui je te vois"). Le portable ne sert strictement à rien pour la plupart des gens(exceptés quelques métiers qui bossent sur l’urgence) mais c’est devenu tellement normal que plus personne ne se pose de question sur l’utilité réelle de la chose. Y aurait aussi toute une thèse à faire sur l’utilisation du portable en public, ce phénomène si étonnant de voir les gens étaler leur vie devant tout un compartiment de train, comme si le monde autour n’existait plus ou le respect de la tranquilité des autres n’avait pas d’importance.
  • Ces tribus qui se défilent à l’heure du mobile

    5 avril 2007 11:41
    j’ai 35 ans, habite dans une grande ville, possède 3 ordinateurs (un mac, un pc et un portable) connectés en ADSL... et je n’ai pas de téléphone portable, et je n’en veux pas.
    • Ces tribus qui se défilent à l’heure du mobile 5 avril 2007 14:33

      En prolongement de ce commentaire et en "réponse" à cet extrait : « La majorité des non-équipés est retraitée, n’a aucun diplôme, habite en milieu rural, et, pour un tiers, vit seule »

      Je suis actif (pas tout à fait 40 ans), un bac+5, habitat péri-urbain, marié, 2 enfants. Et aussi 2 PC, un iPod etc. Et pas de portable. Pourquoi ? Mais tout simplement parce que je n’en ai pas besoin !


 

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