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mercredi 5 janvier 2011 12:26

  • cinéma

Chantiers à tue-tête pour 2011

par Didier Péron

Restless, de Gus Van Sant.

L’année 2010, c’est fini. Que nous réserve l’an 2011, encore frétillant et rose dans son berceau et ses langes, poussant à intervalle régulier d’adorables hurlements de mécontentement existentiel remonté d’on ne sait quelle frustration fondatrice. Le cinéma, depuis 2001, l’Odyssée de l’espace, est le bain amniotique de l’homme moderne. Le spectateur descend dans les ténèbres (avec son sac à pop-corn sous le bras) et se noie (la bouche pleine) dans les images, comme le gros bébé énigmatique terminal du chef-d’œuvre SF visionnaire de Kubrick. Et ce n’est pas pour des prunes que la mobilité de l’homme à travers le sommeil, la mémoire et la mort ont été les thèmes structurants des deux plus gros films et succès planétaires de ces douze derniers mois, Avatar, de James Cameron, et Inception, de Christopher Nolan.

L’immersion involutive comme alpha et omega de l’avenir visuel ? A voir. En tout cas, la boule de cristal 2011 scintille déjà de nombreux projets (plus ou moins aboutis, en pré ou post-production) qui donnent confiance dans notre bon vieux 7e art. On a déjà évoqué le Secret de la licorne, de Steven Spielberg (daté pour le 26 octobre, on a le temps de voir venir !), version 3D de l’immarcescible Tintin (et du toujours frisé Milou), mais d’autres motifs de satisfaction se dissimulent derrière ce massif.

 

Tree of Life de Terrence Malick

Malick, enfin… peut-être

Promis, juré, cette fois, il ne devrait pas faire faux-bond comme en mai dernier. Tree of Life, le film-événement de Terrence Malick (les Moissons du ciel, la Ligne rouge...) sera projeté en avant-première sur la Croisette. Une courte bande-annonce du film le plus attendu et mystérieux de l’année (ayant mobilisé tout au long d’un processus d’inachèvement au long court et torturé pas moins de cinq monteurs différents) a été montrée aux États-Unis, et Fox Searchlight annonce une date de sortie américaine pour le 27 mai. Ample récit élégiaque de la vie de Jack O’Brien entre son enfance au Texas dans les années 50 et sa vie adulte aujourd’hui, le film joue semble-t-il de constants allers-retours, les deux périodes temporelles glissant l’une sur l’autre et alternant avec des séquences de natures vierges et de la Terre avant l’arrivée de l’homme. Les dirigeants de la Fox sont sortis médusés de la projection et semblent tabler sur une sortie élargie, estimant que le casting musclé (Brad Pitt et Sean Penn) et l’émotion constante du récit étaient à même de toucher une vaste audience. Malick est, lui, déjà en tournage de son nouveau projet, The Burial, avec Ben Affleck.

Salles repart en voyage

Parmi les grands cinéastes américains qui semblent dans les choux, citons James Gray qui avait annoncé The Lost City of Z, d’après le récit d’une équipée désastreuse en Amazonie de l’explorateur Percy Harrison Fawcett en 1925. Brad Pitt, embarqué dans l’aventure, a subitement quitté le navire, et le tournage a été, hélas, ajourné. En revanche, Walter Salles a mené à bien l’adaptation du livre-culte de Jack Kerouac Sur la route. Gus Van Sant avait prévu de s’attaquer à ce monument de la beat generation, puis Russell Banks avait écrit une version pour Francis Ford Coppola, qui, en définitive, a décidé de coproduire le film de Salles après avoir vu son Carnets de voyage sur le jeune Ernesto Guevara. Sam Riley (l’acteur découvert dans le rôle de Ian Curtis dans Control) et Garrett Hedlund (celui qui tient le rôle principal dans Tron Legacy) forment le duo de tête, Sal Paradise et Dean Moriarty.

 

A Dangerous Method de David Cronenberg

Cronenberg sur le divan

Pas de nouvelle de David Lynch toujours en tournée de méditation transcendantale et pour l’édification de la Tour de la paix perpétuelle, mais David Cronenberg répondra présent avec A Dangerous Method, adapté d’une pièce de Christopher Hampton, racontant les relations complexes de Sigmund Freud (Viggo Mortensen) et de Carl Jung (Michael Fassbender) troublés par l’arrivée d’une patiente (Keira Knightley) qui exerce sur l’un et l’autre son emprise sexuelle. Ambition intellectuelle, rivalité virile, descente dans les égouts de l’inconscient très conscient, on voit d’ici ce que le cinéaste canadien, auteur de Crash et de History of Violence, doit pouvoir tirer de ces éléments chargés. On attend que Michel Onfray y mette éventuellement son grain de sel critique. Un biopic de Nietzsche par Cronenberg serait d’ailleurs une excellente idée, si on nous demande notre avis. Signalons que le nouveau Van Sant, Restless, sera sur les écrans français le 30 mars : la rencontre entre une jeune fille atteint d’une maladie incurable et d’un garçon orphelin adorant assister à des cérémonies funéraires !

 

Habemus Papam de Nanni Moretti

Moretti urbi et orbi

Nanni Moretti, après avoir ridiculisé Silvio Berlusconi dans le Caïman, s’attaque carrément au pape dans Habemus Papam. Faute d’autorisation de tourner au Vatican, il a investi le palais Farnèse, siège de l’ambassade de France à Rome, pour diriger Michel Piccoli, qui interprète un cardinal sur le point d’être élu à la plus haute distinction catholique et qui, en proie au doute, se tourne vers un psychanalyste.

 

La conquête de Xavier Durringer

Durringer en campagne

De ce côté-ci des Alpes, un autre personnage éminent en phase de lancement dans le cosmos sera évoqué dans le détail puisque la Conquête, de Xavier Durringer, racontera rien moins que la campagne présidentielle de notre président à tous, Nicolas Sarkozy (interprété par Denis Podalydès). Qui fait Claude Guéant ? Hippolyte Girardot, ce qui est plutôt flatteur pour le machiavélien secrétaire général de l’Elysée.

Huppert, du vieux et du neuf

Après avoir hésité à tourner un film sur les effets d’Internet sur notre quotidien, Michael Haneke, récompensé en 2009 d’une palme d’or pour le Ruban blanc, se penche sur le sort peu enviable des vieux dans These Two, un film sur « l’humiliation et la dégradation de l’âge », avec Jean-Louis Trintignant, Emmanuelle Riva et Isabelle Huppert.

Cette dernière est sur tous les fronts puisqu’elle est actuellement en tournage au fin fond des Philippines avec Brillante Mendoza (Serbis, Kinatay…) pour Captured, où elle fait l’Européenne humanitaire capturée par un groupuscule politico-mafieux dans le style Abu Sayyaf. Connaissant l’attirance du cinéaste et de l’actrice pour les situations extrêmes, on devrait assister à quelque chose de modérément comique.

 

Kassovitz sous le soleil

L’ordre et la Morale de Mathieu Kassovitz

Prêt pour Cannes aussi probablement, Mathieu Kassovitz avec l’Ordre et la Morale, qui reconstitue les événements de la prise d’otages de la grotte d’Ouvéa en Nouvelle-Calédonie en avril-mai 1988 se terminant par un bain de sang (19 morts). Le film n’a pu être tourné en Nouvelle-Calédonie, des pressions diverses ayant obligé la production à se replier sur la Polynésie. Il s’agira du premier film de Kassovitz sur un sujet grave (ce qui fit sa notoriété avec le coup de force la Haine, en 1995) après des années dévolues à des productions gothico-esthétisantes pas toujours palpitantes (les Rivières pourpres, Babylon A.D.).

 

La nuit des enfants rois d’Antoine Charreyron

L’animation française prend cher

Autre projet coûteux très attendu et longtemps retardé à l’allumage, la Nuit des enfants rois, d’Antoine Charreyron (qui fit ses armes précisément auprès de Kassovitz dans le staff de Babylon A.D.). Probablement le dessin animé français le plus cher de l’histoire du genre, cette adaptation du fameux best-seller de Bernard Lenteric, paru au début des années 80, a connu quelques difficultés avec, notamment, la fermeture brutale d’Attitude Studio (qui avait été révélé avec le long métrage d’animation noir et blanc Renaissance) chargé de la réalisation. Histoire d’une bande de gamins doués de pouvoirs télépathiques, The Prodigies (le titre anglais) est désormais prévu pour fin mai.

 

The Grandmasters de Wong Kar-waï

Arts martiaux et essai

On terminera ce panorama avec deux maîtres du cinéma asiatiques lancés l’un et l’autre dans des productions kung-fu coûteuses inattendues. Le projet le plus abouti est pour l’heure The Grandmasters (Yut Doi Jung Si), du Taïwanais Wong Kar-waï, sur la relation entre le jeune Bruce Lee et son professeur d’art martiaux Yip Man (Tony Leung).

Mais on attend avec impatience d’en savoir plus sur The Assassin, de Hou Hsiao-hsien, dont on parle depuis 2007. Soit les aventures d’un Robin des bois féminin et chinois interprété par la sublime Shu Qi (Millenium Mambo), enlevée par des nonnes bouddhistes et formée à l’art de dérouiller l’adversaire. Il s’agirait du plus gros budget de l’histoire du cinéma taïwanais et, pour le cinéaste, de son film le plus ambitieux et coûteux depuis les Fleurs de Shanghai.

 

Le Secret de la licorne de Steven Spielberg

Paru dans Libération du 5 janvier 2011


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