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mercredi 28 janvier 2009 16:15

  • cinéma

« Che » débarras

Deuxième volet de l’hagiographie du guérillero mythique .

par René Solis

DR

Guerilla, la deuxième partie du diptyque que Soderbergh consacre à la figure de Che Guevara a au moins un mérite  : elle ne ressemble pas à la première. Dans l’Argentin, le cinéaste retraçait les deux années de combat dans la sierra Maestra, de décembre 1956 à décembre 1958. Rien ne venait entacher la légende d’un héros exemplaire, aussi lisse qu’une statue plantée au milieu de la révolution cubaine, filmée comme un téléfilm à gros budget. En contrepoint, Soderbergh reconstituait, en noir et blanc, le voyage effectué par le Che à New York en 1964, sans parvenir à donner plus de consistance historique à son personnage.

Guerilla, qui reconstitue le désastre de l’expédition bolivienne (novembre 1966-octobre 1967), est la chronique d’une mort annoncée. On connaît déjà la fin – le corps dénudé du Che criblé de balles, allongé sur une table  : une vraie descente de croix. Plus resserré (un tout petit groupe de combattants), moins spectaculaire mais plus intense (une longue chasse à l’homme), le film se leste d’une intensité dramatique totalement absente du premier volet.

La façon de filmer n’a pas radicalement changé. Tournées en Bolivie, sur le lieu des événements, les images semblent éclairées et cadrées comme des cartes postales  : couleurs pimpantes et paysages grandioses. Mais le fil conducteur du récit est moins artificiel. Soderbergh n’a pas eu à se poser trop de questions  : le Che a écrit lui même le synopsis.

Son Journal de Bolivie est la chronique minutieuse d’un voyage en enfer. Dont Soderbergh reprend fidèlement les étapes : le lâchage du parti communiste bolivien, et de Mario Monje, son secrétaire général, censé soutenir l’expédition  ; les morts accidentelles (noyade)  ; l’indifférence des paysans dont certains finiront par les trahir  ; l’imprudence de Tania, leur contact sur place, l’épisode de la visite de Régis Debray (un personnage que le cinéaste a particulièrement raté), l’étau qui se resserre, le dernier combat. Tout ou presque figure dans le Journal.

Hirsute, blessé, en haillons, proscrit au regard égaré, Benicio del Toro, au moment de l’arrestation par l’armée bolivienne, ressemble bizarrement, plus qu’au Christ, à Saddam Hussein déterré de son trou. A l’heure du dénouement, Soderbergh opte pour une certaine sobriété  : pas de photos du corps supplicié.

Reste au final une sensation de laborieuse illustration. Tant pis. Le film – le chef d’œuvre – sur la mort du Che existe déjà. Il a été tourné en 1994 par le documentariste suisse Richard Dindo et s’intitule Ernesto Che Guevara, le Journal de Bolivie. L’expédition était reconstruite à travers les témoignages de témoins et de survivants. Tout avait été filmé sur place. Au fur à mesure, le récit se lestait d’une terrible tristesse, un voyage au bout de l’absurde qui serrait le cœur sans rien démontrer. Soderbergh filme platement une icône quand Dindo donnait à voir l’anéantissement d’une illusion.

Paru dans Libération du 28 janvier 2009


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