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mardi 19 octobre 2010 11:50

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Chéries des séries

par Laureen Ortiz

tags : série , États-Unis

Desperate Housewives - DR

De notre correspondante à Los Angeles

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«Il y a environ trois garçons pour une fille à l’écran»

Madeline Di Nonno est présidente de l’Institut Geena Davis à Los Angeles.

Les nouvelles séries hollywoodiennes qui cartonnent font la part belle aux héroïnes. Il y a celle dont le succès a surpassé les records d’audience de la chaîne Showtime, Weeds, qui vient de rempiler pour une septième saison. Ce feuilleton, signé par une femme, Jenji Kohan, narre les aventures d’une mère dealeuse de marijuana en Californie, et a été décrit comme « un tournant » par le New York Times, tandis que le site Slate.com a décrété que Nancy Botwin, l’héroïne, était l’un des meilleurs personnages de télé actuels. Petite dernière de la chaîne américaine : The Big C, l’histoire (écrite par la scénariste Darlene Hunt) d’une femme qui apprend qu’elle a un cancer du sein au stade 4 et décide de pimenter sa vie, pour le laps de temps qui lui reste. L’épisode de lancement a atteint la meilleure audience pour une première de série originale en huit ans, si bien que la chaîne a immédiatement signé pour une saison 2. Citons une autre tragicomédie saluée par la critique, United States of Tara, sur une femme souffrant de schizophrénie aggravée.

La série, diffusée sur Canal+, qui a valu plusieurs récompenses à Toni Collette (Little Miss Sunshine), rassemble d’autres noms du cinéma : Diablo Cody (Juno) en est la scénariste, tandis que Steven Spielberg la coproduit. Toutes ces séries ont pour protagoniste une femme et toutes sont écrites par une femme. Est-ce le signe d’une nouvelle ère ou seulement l’arbre qui cache la forêt d’Hollywood ?

Geena Davis dans Commander in Chief - DR

C’est justement en regardant la télé avec sa fille que l’actrice Geena Davis, 54 ans, a pris conscience du problème de l’égalité des sexes à Hollywood et en est devenue la nouvelle prêtresse. « Quand j’étais gamine et qu’on rejouait des scènes de film, avec mes amies, on prenait les rôles des garçons, car ils avaient les trucs les plus intéressants à faire », raconte l’actrice de Thelma et Louise. « Des décennies plus tard, je ne peux pas croire que mes fils et ma fille voient les mêmes choix limités dans les films », poursuit-elle. Geena Davis a ainsi créé l’Institut de recherches sur les genres dans les médias, basé à Los Angeles (lire page suivante). Celui-ci finance des études réalisées à l’Université de Californie du Sud (USC) et a créé une base de données à destination du monde de la télé et du cinéma.

Chiffres à l’appui, Davis s’est ainsi rendue, le mois dernier, dans les studios Pixar et a exhorté les créatifs à sortir des stéréotypes et à créer plus de rôles féminins. Son problème : seuls 29,2 % des rôles, sur un ensemble de 122 films étudiés, vont à des filles, explique Stacy Smith, chercheuse à l’USC. Ce n’est pas tout : quand elles ont une place à l’écran, de cinéma ou de télé, elles sont représentées de manière « biaisée » : minces, hypersexualisées, etc.

Il n’y a pas que Geena Davis que ce genre de représentation met hors d’elle. Ainsi Joe Kelly, père de famille du Minnesota, fait partie de l’association Dads & Daughters (Pères et Filles) et a participé au financement de l’étude. Son credo : la publicité. « En tant que pères, nous protestions contre la façon dont sont dépeintes les filles dans les médias. On a écrit à des publicitaires pour qu’ils arrêtent des campagnes dont on jugeait le message dangereux, et parfois cela a marché, se souvient cet ex-journaliste reconverti en éducateur. Il faut arrêter de dire aux filles qu’elles se soucient de leur apparence aux dépens de leur créativité, c’est malsain. » Pour lui, le problème vient des annonceurs : « Les médias ont une responsabilité dans cette inégalité, mais elle est surtout provoquée par les publicitaires. »

Weeds - DR

Cette réalité est aussi le reflet de ce qui se passe en coulisses. De la même façon que les nouvelles héroïnes complexes et non stéréotypées sont la création de femmes, leur absence ou leur superficialité est en partie due au manque de femmes derrière la caméra : 4,88 hommes pour une femme dans la catégorie réalisateurs, scénaristes et producteurs ont été dénombrés par la chercheuse Stacy Smith. Son étude révèle que plus il y a de femmes derrière la caméra, plus elles sont nombreuses parmi les personnages. Une vérification auprès de deux grands syndicats hollywoodiens confirme les faits. Chez les scénaristes, les femmes ne représentent qu’un quart de l’emploi total (cinéma et télé) des auteurs, et ce depuis plusieurs années.

De plus, un écart se creuse au niveau des revenus : de plus de 5 000 dollars (3 575 euros) annuels en télé, contre 40 000 dollars (28 600 euros) dans le cinéma. Au syndicat des réalisateurs, 13 % des cinéastes sont des femmes. Elles représentent en revanche 25 % du total des membres (assistants réalisateurs et équipes de tournage). La télévision, à travers les séries (sans compter celles qui mettent en scène des femmes flics comme Law & Order ou Cold Case), semble plus progressiste que le cinéma. « Plus progressiste, et surtout très désireuse d’attirer les annonceurs - sa poule aux œufs d’or - qui visent en priorité les femmes », nuance Melissa Silverstein, auteur du blog Women and Hollywood. Certes, mais du coup l’écart chez les scénaristes est moins prononcé côté petit écran. Les femmes représentent ainsi 28% des auteurs, contre 18% dans le cinéma.

C’est peut-être pour cette raison, conclut Melissa Silverstein, que nombre d’actrices, passées les années sexy-impeccables, se recyclent à la télé, où les rôles sont plus vastes. C’est le cas de Glenn Close, qui a ainsi reçu un Golden Globe pour son interprétation dans la série Damages. Mais aussi de Geena Davis, qui a incarné la première femme présidente des Etats-Unis dans la série Commander in Chief, diffusée sur M6 en 2006. L’actrice déclarait, lors de sa visite aux studios Pixar, lorsqu’on lui demandait comment elle pouvait changer les choses grâce à ses rôles : « Qu’y a-t-il de plus symbolique que d’interpréter le Président ? »

Paru dans Libération du 18 octobre 2010


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