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jeudi 24 juin 2010 10:12

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Choses vues, l’édition des perles

par Eric Loret

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Réédition en double DVD de la version restaurée et complétée au mieux de « la Rue sans joie ».

La Rue sans joie est une des multiples résurrections dues à Filmmuseum, une maison munichoise qui regroupe onze cinémathèques germanophones, de la Suisse à l’Autriche en passant par le Luxembourg. Parmi la cinquantaine de DVD déjà sortis se distinguent trois incunables de Dziga Vertov (Enthousiasme,la Sixième Partie du monde et la Onzième Année), le fameux Berlin, symphonie d’une grande ville de Walther Ruttmann, expérience annonciatrice de l’Homme à la caméra du même Vertov, ou encore Extase avec Hedy Lamarr, le premier scandale à poil du ciné commercial. Mais Filmmuseum déterre aussi des oubliés complets, consacrant un coffret à Ludwig II, le roi de Bavière, où il n’est question ni de Luchino Visconti ni de Hans Jürgen Syberberg mais du Das Schweigen am Starnbergersee de Rolf Raffé (1920) et surtout du Ludwig der Zweite (1930) de Wilhelm Dieterle, avant qu’il ne devienne William, portrait hardcore d’un homme qui se sait devenir fou.

En France, c’est Choses vues qui distribue ces trésors. Mais cette société a également son propre fonds et ne se limite ni à la distribution des DVD de Filmmuseum ni à la production des siens. Choses vues est né fin 2006, quand le fils de Pierre Clémenti, désireux de rééditer l’œuvre de son père, s’est adressé au producteur Francis Lecomte. Ensuite, explique celui-ci, «avec Bertrand Casse, qui s’occupe de l’authoring, on a surtout fonctionné par rencontres. On ne voulait pas se spécialiser dans une veine ou une autre, ce qui aurait pu arriver après le DVD Clémenti, car beaucoup d’auteurs sont venus nous contacter». Leur domaine est la singularité, leur occupation essentielle est d’accompagner les films, les faire tourner au maximum, sur pellicule si possible, dans les festivals et les rétrospectives. Le DVD n’est que le résultat de ce travail.

Lecomte trace son chemin en dehors des histoires du cinéma, recueillant les tuyaux de cinéphiles pointus, et aussi en lisant d’anciennes revues, où il repère des plumes dont il tente de suivre, quelques décennies plus tard, les conseils. Parmi ses projets en cours, une collection consacrée aux rapports entre les surréalistes et le cinéma, dont la première livraison mettra en lumière le travail de Michel Zimbacca et Jean-Louis Bédouin.

Par ailleurs, la collaboration avec Filmmuseum se développe dans un sens avantageux pour le spectateur français. Certes, la Rue sans joie et autres perlettes ne sont proposées qu’en allemand avec sous-titres anglais, et on peut regretter que le riche livret ne comporte qu’un cours abstract anglophone). Mais la coédition de la Route parallèle (1962) du presque inconnu Ferdinand Khittl (signataire du Manifeste d’Oberhausen qui initia le nouveau cinéma allemand), un documentaire en kit qui aurait peut-être percé en France s’il n’y était sorti en avril 68, ou encore celle de Eika Katappa (1969) et la Mort de Maria Malibran (1972) de Werner Schroeter, comprendront, financé par Choses vues, un sous-titrage dans la langue d’Astérix. Voire, dans le cas de la Route parallèle, une VF supervisée par Ferdinand Khittl.

Paru dans Libération du 23 juin 2010


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