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lundi 4 mai 2009 18:25

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Chris Waitt, sa vie de largué

Chris Waitt, Britannique de 34 ans a enquêté pendant deux ans sur ses échecs sexuels, pour un documentaire qui connaît un joli succès critique.

par Bruno Icher

tags : documentaire , sexe

Chris Waitt, largé. - DR

Chaque film est une thérapie pour son auteur. A peu près tous les cinéastes sont d’accord sur ce point. De là à devenir le sujet de son documentaire traitant de sa propre misère sexuelle, il y avait une limite que peu ont osé franchir. Question de pudeur, de courage ou d’inconscience. Chris Waitt l’a fait. Ce jeune Anglais a filmé ses pérégrinations pour retrouver toutes ses anciennes petites amies. « A 33 ans, comme pas mal de garçons qui ont entendu parler de Jésus, explique-t-il, je traversais une période plutôt dépressive. Une fille venait de me larguer, bien que je lui aie fait remarquer qu’elle était peut-être en train de quitter le Messie, mais elle s’en foutait. Je voulais savoir pourquoi elle m’avait largué, comme toutes les autres. »

Son film, Toute l’histoire de mes échecs sexuels, à l’affiche mercredi prochain, est donc ce voyage dans les archives désespérantes de la vie amoureuse de ce grand sifflet ébouriffé. Son programme : retrouver Dawn, Sarah, Hannah, Abigail, Chloë, Za, Vicky, Ziggie et les autres pour trouver les clés de sa déchéance sentimentale. La plupart lui claquent la porte au nez, d’autres le traînent devant les tribunaux mais quelques-unes acceptent. A l’heure des bilans, cette exploration autobiographique s’est traduite par plus d’un an à sillonner le pays à bord d’un van cacochyme, des producteurs au bord de l’apoplexie, cinq procès en règle, plus de 400 heures de rushs et un montage aux allures de chemin de croix. « Je crois être le seul à avoir vu l’intégralité des rushs. Ce n’est pas humain d’infliger cela à quelqu’un d’autre. Ce fut une expérience extrêmement douloureuse et pas seulement parce que, dans le film, je me fais fouetter les testicules par une maîtresse SM dans un donjon. »

Le périple de Chris Waitt sur les terres inconnues de sa propre intimité n’a pas été, en effet, une partie de plaisir. Immaturité, indolence, lâcheté…, il a encaissé tous les reproches stoïquement, même s’il a été à deux doigts d’abandonner à plusieurs reprises. « Tout le monde, moi compris, était convaincu que cette affaire était un désastre. Nous avons fait un premier montage de quatre heures pour une séance test et les gens en sont sortis avec des têtes de zombies. Plus tard, nous avons opté pour un montage plus rapide en exploitant les situations burlesques. A ma grande surprise, j’ai entendu les gens rire dans la salle. » Sens aigu de la dérision, goût immodéré pour le dérisoire, faculté à faire rire de ses propres malheurs, il y a évidemment quelque chose de Woody Allen ou de Charlie Kaufman dans ce Chris Waitt, deux noms qu’il ose à peine murmurer quand on lui demande qui sont ses cinéastes préférés. En revanche, pour évoquer les moments les plus importants de sa vie, Chris Waitt démarre sec   : « A 14 ans, j’ai perdu ma virginité avec Dawn, qui figure dans le film et qui prétendait qu’elle était également vierge mais elle avait menti. A 17 ans, j’ai quitté les Queen Scouts pour devenir musicien. A 26 ans, je me suis fracturé la cheville pendant un concert avec mon groupe et ce fut la fin officielle de ma carrière de rock star. Il y a trois ans, j’ai tourné dans Hot Fuzz, le film d’Edgar Wright mais on ne me voit que 3,3 secondes à l’écran. » Ce personnage de serial loser, aussi drôle que charmant, lui va si bien qu’il en oublie de mentionner un succès populaire : Fur TV, une série télévisée dans laquelle il imagine les aventures de trois marionnettes stupides, alcooliques et érotomanes. Diffusée en France sur MTV, la série connaît aussi de belles audiences sur le Net.

Depuis quelques mois, Toute l’histoire… a fait un joli bout de chemin, sélectionné dans plusieurs festivals, dont le prestigieux Sundance aux Etats-Unis d’où il est revenu avec le grand prix du jury. Les droits ont même été achetés par Universal pour un remake. Un remake de documentaire ? « Tout le monde sait qu’ils sont dingues à Hollywood. Ils vont tourner une comédie sentimentale et c’est Jay Roach qui la produira [on lui doit entre autres Borat, ndlr]. J’en serai le producteur exécutif. » Cette curiosité générale a conduit Chris Waitt devant beaucoup de journalistes. Tous avaient une même question  : est-ce que tout cela est bien vrai  ? « Ça me contrarie beaucoup qu’on puisse penser le contraire. Ce film a été un processus long et vraiment pénible. Le soir où j’ai compris qu’il était terminé, j’ai pleuré pendant deux heures. Cela dit, j’aurais sans doute été bien plus malheureux si je n’avais pas fait le film. » Car, pour revenir aux vertus thérapeutiques de l’exercice, la bonne nouvelle, c’est que Chris Waitt va beaucoup mieux.

D’abord, il a quitté son appartement d’Hoxton Square, dans l’est de Londres, où il a tourné une partie du film et qui ressemblait à la caverne secrète d’un adolescent attardé. « Je crois que ça doit faire plaisir à mes parents. J’ai grandi à Worthing-by-Sea, une petite ville aux allures d’immense résidence pour le troisième âge. Avant leur retraite, mes parents étaient tous les deux des professionnels de la propreté. Mon père comme inspecteur de la santé et ma mère comme aide ménagère chez des personnes âgées. Après avoir vu le film et le bordel insensé de mon appartement, on peut penser que je suis leur pire cauchemar. » Surtout, Chris a peut-être rencontré la femme de sa vie. Elle s’appelle Alex, elle est russe et ravissante. Ils se sont croisés pendant le tournage quand Chris, lesté de six comprimés de Viagra et de quelques bières, errait comme un possédé dans les rues de Londres pour demander à toutes les filles de coucher avec lui, là, maintenant, tout de suite. « Je voulais demander mon chemin , raconte la jeune femme, et, soudain, je vois ce type sous une pluie battante qui me demande de coucher avec lui. Ça m’a fait rire alors j’ai pris son numéro. » Non seulement elle l’a rappelé mais ils vivent désormais ensemble. « Tout cela est dans le film , dit-elle en riant. Quand on me demande comment nous nous sommes rencontrés, je montre la scène sur mon portable. »

Au début de leur relation, les choses n’ont pas été simples. « J’avais du mal à sortir du film , dit Chris. Je continuais à filmer notre vie. Comme dans un jeu de télé-réalité que j’aurais moi-même créé. » Alex confirme. « Il a changé peu à peu. Par exemple, quand j’ai débarqué de Moscou avec mes valises, je l’ai attendu quatre heures à l’aéroport. Quand j’ai réussi finalement à le joindre au téléphone, il m’a dit : “Je suis en retard  ?” » A présent, Chris fait très attention. Alex lui a confisqué peu à peu tous ses vêtements déchirés qu’il porte dans le film. « Elle les a rangés dans des valises en plastique sous vide. Peut-être pour les vendre sur eBay si le film a du succès. » Il travaille beaucoup, en particulier à ses nouveaux projets, comme cette comédie sentimentale « autour d’un trentenaire britannique un peu névrosé qui rencontre une ravissante jeune Russe. Je me demande où je vais chercher tout ça ».

Pour finir en beauté, les deux tourtereaux aimeraient bien se marier, en juin si possible. Alex se moque : « Je crois qu’il veut se marier parce qu’il veut copier les hommes d’affaires britanniques très riches qui épousent des filles russes. Il pense que c’est classe et, en plus, il n’a pas payé les frais de l’agence. » Lui ricane dans son coin. « Il est possible qu’elle m’épouse pour avoir son visa. Si elle fait ça, je m’en fous, j’en ferai un film. »

Paru dans Libération du 04/05/2009


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