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mercredi 7 mars 2007 14:59

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Cinéma du réel, des bouts du monde

La 29e édition du festival consacré au documentaire s’attaque aux questions épineuses de la planète et s’aventure hors des formats télévisuels.

par Samuel Douhaire

tags : documentaire , cinéma d’auteur , festival

Un fleuve humain de Sylvain L’Espérance - DR

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A Tanger, un sursaut cinéphile

Créée par une bande d’idéalistes, une cinémathèque vient d’être inaugurée dans la vieille ville.

Comme ouverture sur le monde, difficile de faire plus large. Au Cinéma du réel, panorama de la production documentaire mondiale dont la 29e édition s’ouvre vendredi à Paris, on croise aussi bien des fabricants de pirogues du Niger devisant écologie avec un réalisateur québécois (Un fleuve humain, de Sylvain L’Espérance), un jeune Indien qui rêve de devenir star à Bollywood (An Actor Prepares, de Kanu Behl) ou des Roumains qui survivent dans un bidonville de La Plaine-Saint-Denis (Stella, de Vanina Vignal). Outre une carte blanche à la Cinémathèque de Tanger (voir article) et une copieuse rétrospective « Histoire (s) allemande (s) », 24 films de 19 pays et 12 films français, tous inédits, seront présentés. Des oeuvres de tous formats qui, sur le fond, dressent un état des lieux plutôt sombre de la planète et, sur la forme, se posent en actes de « résistance au formatage télévisuel », analyse la directrice du festival, Marie-Pierre Duhamel-Muller : « J’ai refusé de nombreux films où rien ne dépassait, visiblement conçus pour intégrer une case précise dans une grille de chaîne. » Le festival Cinéma du réel constitue donc une occasion précieuse de découvrir des documentaires dont la plupart n’ont toujours pas trouvé de diffuseur, ni de distributeur en salles.

La sélection 2007 confronte deux formes de documentaire, explique Marie-Pierre Duhamel-Muller : « Les dispositifs théâtraux complexes avec effets de distanciation ; et les films fiévreux, à l’arraché, dont les images ressemblent à un combat permanent avec ce qui est filmé. » Dans la première catégorie, se distinguent deux films autrichiens. Dans Aus der Zeit (Hors du temps), Harald Friedl filme des petits commerçants désuets de Vienne qui vont fermer boutique ou, au contraire, s’obstiner. Le droguiste ou le vieux bourrelier semblent rejouer les souvenirs qu’ils ont confiés au réalisateur hors champ. Et derrière les récits pittoresques se dévoile vite le passé trouble de l’Autriche, avec l’aryanisation des biens juifs, la violence de classe et les rancoeurs ­ « D’abord les nazis tuent ton père, puis tu épouses le roi du bouton », déplore la très chic mercière qui n’en peut plus d’attendre des clients qui se raréfient. L’audace narrative est d’une tout autre ampleur dans Kurz davor ist es passiert (Cela s’est passé il y a peu). Anja Salomonowitz donne un visage et une voix aux victimes du trafic de femmes en Europe en faisant raconter leur calvaire par des privilégiés (une consule, un chauffeur de taxi...) qui auraient pu les rencontrer ou subir leur sort. Dispositif aussi perturbant qu’efficace, surtout quand un douanier reprend les mots d’une immigrée que son petit ami a vendue.

Autre effet de distanciation, l’intervention du « je » du réalisateur au coeur de son film. Dans Santiago, le Brésilien João Salles (frère de Walter) part des rushs d’un film avorté pour s’interroger sur les malentendus et les limites d’un tournage documentaire. Plus poétique, plus émouvant aussi, Juan Alejandro Ramírez associe, dans Alguna tristeza (Une certaine tristesse), la victoire volée aux footballeurs péruviens lors des JO de Berlin en 1936, les souvenirs de son père et ses impressions personnelles pour une réflexion mélancolique sur l’identité des pays pauvres.

Après les documentaires brechtiens, les films sauvages. Tourné en Algérie, Li Fet Met-Le passé est mort décrit la cohabitation entre les familles des anciens combattants de l’indépendance et les proches de leurs ennemis harkis dans une ancienne « Section administrative spéciale » de l’armée française aux allures de bidonville. Cruelle ironie de l’histoire, ce camp dans lequel des Algériens furent parqués par l’occupant sert aujourd’hui de refuge aux civils qui ont fui le terrorisme islamiste et les représailles gouvernementales. Le film de Nadia Bouferkas et Arikan Mehmet est un témoignage précieux sur les difficultés au quotidien des Algériens, leur rancoeur contre les autorités corrompues qui ont brisé les idéaux de l’indépendance. Cette démarche au plus près du réel, fût-il insupportable, se retrouve dans le poignant Moi aussi, je suis à bout de souffle. La caméra de Catherine Catella et Christian Docin-Julien suit les tournées d’une infirmière sur le départ dans un quartier populaire de Marseille, où elle donne des soins aux personnes âgées. Maryam pourrait être l’héroïne d’un film de Robert Guédiguian par son dévouement sans borne et sa résistance énergique au malheur. Les séquences où la jeune femme tente de raccrocher à la vie la vieille Guylaine qui se laisse aller vers la mort sont bouleversantes.

Dans un registre nettement plus gai, on ne saurait trop recommander l’humour féroce de Senkyo (Campagne), de Kazuhiro Soda. C’est le récit d’une campagne électorale mené à la manière du cinéma direct d’un Leacock ou d’un Depardon : sans fioriture mais imparable. Kazuhiko Yamauchi, jeune loup du parti libéral-démocrate au pouvoir, a été parachuté dans la ville de Kawasaki pour un scrutin municipal. Ignoré par les électeurs qu’il harangue entre deux métros, surveillé de près par les gérontes locaux, malmené par sa femme qui doute de lui, c’est peu dire qu’il rame pour le plus grand plaisir du spectateur ­ LE gag du film : devenu un automate à serrer les mains, Yamauchi salue machinalement la statue du colonel Parker dans le Kentucky Fried Chicken local. Même si cette description sans tabou des coulisses électorales n’est pas vraiment rassurante quant à l’état de la démocratie.


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A savoir


Cinéma du réel
Du vendredi 9 au dimanche 18 mars
Au Centre Pompidou
Place Georges-Pompidou, 75004
Rens. : 01 44 78 45 16
www.cinereel.org
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