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vendredi 4 février 2011 14:53

  • cinéma

Clermont : les bébés éprouvés du labo

par Marie Lechner

tags : festival , court-métrage

The External World, de David O’Reilly - DR

Festival du court métrage de Clermont-Ferrand
du 4 au 12 février
Rens. : clermont-filmfest.com

DVD Dix ans de Labo (Agnès b DVD-Potemkine).

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Alors que la capitale auvergnate se prépare à accueillir sa déferlante annuelle de spectateurs (147 000 l’an passé), le festival du court de Clermont-Ferrand, dont c’est la 33e édition, reste le rendez-vous majeur d’un genre qui n’est pas prêt de se tarir. Les sélectionneurs ont reçu plus de 6 700 films, un chiffre en constante augmentation, et 400 seront présentés en salle dont 200 dans l’une des trois compétitions — internationale, nationale et Labo, dernière née. La section défricheuse, qui célèbre ses dix ans de plasticage visuel, fait encore le grand écart entre un docu expérimental comme le Chant des particules de Benoît Bourreau, un clip 3D d’Edouard Salier pour Massive Attack, les fictions barrées de Guy Maddin et Jonathan Caouette, ou l’impressionnante fresque animée du street artist Blu.

« Avec l’arrivée du numérique, début 2000, les organisateurs du festival ont pris conscience qu’ils passaient à côté de films simplement parce qu’ils n’étaient pas argentiques », dit Calmin Borel, le fondateur du Labo.

Dédiée à la création numérique, cette section s’est vite affranchie du support pour s’ouvrir à toutes ces formes qui explosent le cadre traditionnel du cinéma, au croisement de l’abstraction graphique, de l’animation, des arts urbains, de la danse, du jeu vidéo ou du design. Aujourd’hui, un DVD best-of ainsi qu’une rétrospective retracent ces années d’expérimentations, montrant que ces « nouvelles images » n’ont pas pris le coup de vieux qu’on aurait pu craindre.

Avec la démocratisation des outils, la possibilité de tout maîtriser, de la conception à la diffusion, des artistes des horizons les plus divers se sont emparés de l’image en mouvement. « Ça a permis des films comme “Lift”, un documentaire poignant réalisé, en 2001, par un gars qui s’enferme dans un ascenseur avec une caméra et dresse le portrait des locataires d’un immeuble londonien, dit Calmin Borel, lui-même débauché de Vidéoformes, l’autre festival clermontois voué à l’art vidéo. Ces œuvres décalées passaient en dehors du radar de Clermont, on s’est employé à créer un nouveau réseau pour sortir ces artistes de leur niche et amener leur film sur grand écran, devant le large public du festival. »

L’arrivée de Labo secoue une institution qui ronronnait un peu, forte de son succès. Désormais, l’esprit Labo contamine les autres compétitions. « Les films qui auraient été relégués il y a quelques années dans le Labo, parce que jugés trop bizarres, se retrouvent désormais en sélection internationale ou nationale comme c’était le cas de “Logorama”, constate son producteur Nicolas Schmerkin, et c’est toujours mieux d’être en national parce que les films passent dans de plus grandes salles. » La fameuse course-poursuite de logos d’H5 fut récompensée deux fois en 2010 à Clermont, avant de remporter l’oscar du meilleur court métrage d’animation. « Le Labo, né au même moment que les festivals Nemo, Resfest, ou One Dot Zero, a joué un rôle essentiel dans la sensibilisation du spectateur. Ça a ouvert un espace pour des films différents, peu montrés. Ces images qui étonnaient à l’époque se sont répandues partout, de la publicité au cinéma. Ça fait désormais partie de la grammaire cinématographique », estime Schmerkin, citant Sin City, Valse avec Bachir, ou Enter the Void (de Gaspard Noë).

Nemo, l’autre grand festival français dédié à ces images, a décidé pourtant d’abandonner cette année sa programmation filmique pour se consacrer aux performances hybrides, au prétexte que ces courts sont désormais disponibles sur Internet. Le réseau est certes un formidable vecteur de diffusion qui a permis à des films comme Muto ou Pixels d’être vus par des millions de personnes. Mais, estime Calmin Borel, « le rôle d’un festival est justement d’aller trouver ces films, d’être un filtre, et un passeur auprès du public ». Les plateformes de vidéos en ligne YouTube et Vimeo ont lancé en octobre leur propre festival récompensant « les vidéos les plus créatives du Web ». La qualité de diffusion s’est beaucoup améliorée, avec l’apparition de la haute définition, concède Schmerkin, même s’il estime « que voir un film en salle avec d’autres spectateurs sera toujours plus fort que de le regarder sur son iPhone ».

Paru dans Libération du 02/02/2011


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