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vendredi 20 octobre 2006 14:36

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Clips et claps au Resfest

Première halte à Paris pour le festival phare de l’avant-garde numérique.

par Marie Lechner

tags : musique , vidéo , animation , vj

«Rabbit», de Run Wrake, conte noir étrange sur la perte de l’innocence réalisé avec des illustrations enfantines des années 50 - DR

Resfest Du 20 au 22 octobre au centre Pompidou, Paris IVe, Resfest Audiovisual Party, le 20 octobre à 22 h 30 au Bus Palladium, 6, rue Pierre Fontaine, Paris IXe, 13 €. Rens. : http://www.myspace.com/resfestparis

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Resfest, le festival itinérant dédié au cinéma numérique, propose un tour d’horizon du vidéo-clip à travers dix années de création visuelle et musicale.

Il y a dix ans, persuadé que se jouait là l’avenir du cinéma, le festival Resfest fut le premier à diffuser ces images mutantes réalisées avec les nouvelles technologies : courts métrages innovants, clips vidéo à la créativité débridée, animations pour adultes qui n’avaient droit de cité nulle part. Une intuition qui semble se confirmer aujourd’hui. «C’est intéressant de constater que les longs métrages les plus stimulants en ce moment sont ceux des "clippeurs" Spike Jonze, Michel Gondry, Mike Mills, présentés à Resfest dès les premières éditions , constate Jeremy Boxer, responsable de la programmation. Pareil pour Bob Sabiston, qui a présenté, en 1999, Snack and Drink, dont la technique d’animation a été reprise récemment dans A Scanner Darkly. On peut citer aussi Neill Blomkamp, réalisateur d’ Alive in Joburg, documentaire SF mêlant prises de vue réelles et images de synthèse, qui vient d’être recruté par Peter Jackson pour réaliser l’adaptation de Halo.»

Alive in Joburg, allégorie de l’Apartheid, met en images la discrimination envers de repoussants aliens en Afrique du Sud. Cet ovni aux allures de reportage d’actualité figure dans le programme spécial Everything Under the Sun, un panel d’oeuvres qui mettent les inventions formelles au service d’un propos et dépoussièrent le genre du cinéma militant : le documentaire infographique du Britannique Richard Fenwick dévoile les enjeux politiques autour des cellules souches, le glaçant Hungry Planet rend sensible à la «bigbrotherisation» de la société, et B Is for Bomb, abécédaire récité par un enfant, plaide pour un désarmement nucléaire.

Le festival Resfest, lancé en 1996 à San Francisco, sillonne aujourd’hui plus de quarante villes sur les cinq continents avec une programmation exigeante qui ne cède pas aux esbroufes visuelles et autre «bonbon pour l’oeil» que l’on reproche parfois à son pendant londonien Onedotzero. «Nous ne nous focalisons pas sur la technique mais sur les idées, sur les films qui poussent les frontières de la narration dans de nouvelles directions», précise Jeremy Boxer. Les programmes de courts métrages recèlent de pépites comme Rabbit, de Run Wrake, conte noir étrange sur la perte de l’innocence réalisé avec des illustrations enfantines des années 50. Food Fight de Stefan Nadelman met en scène la cuisine des conflits internationaux, véritable boucherie où des colonnes de hamburgers cèdent sous les boulettes de pois chiches et où le pain azyme se fait transpercer par des brochettes d’agneau. A signaler aussi l’excellent Game Over, de Pes, remake des jeux vidéo rétro à l’aide d’objets fantaisistes ou encore le touchant documentaire animé de Jonas Odell, quatre témoignages d’une première expérience sexuelle, au traitement graphique chaque fois différent.

Révélateur de talents, Resfest donne l’occasion à ces réalisateurs, qui bricolent souvent tout seuls dans leur chambre, de se retrouver. «Les réalisateurs viennent d’horizons très divers, il y a des designers, des architectes qui aiment la 3D, des musiciens qui font des films, bref, des créateurs qui explorent de nouveaux langages visuels.» Resfest a des antennes dans le monde entier qui lui permettent d’exhumer chaque année le meilleur de la création numérique (plus de 2 200 films soumis). «Nous sommes fascinés de voir le même genre de communauté émerger partout», se réjouit le programmateur. De fait, il est parfois difficile de faire la différence entre un film lituanien, japonais ou argentin, tout le monde travaillant avec les mêmes outils, avec le risque d’uniformisation afférent. Mais d’après Jeremy Boxer, «l’identité locale réussit à transparaître» . C’est le cas du chatoyant Tyger, du Brésilien Guilherme Marcondes, inspiré du poème éponyme de William Blake, qui combine magnifiquement marionnette, animation 3D, illustration et photographie, aux antipodes d’un Leviathan , adaptation monstrueuse et pétrifiante du livre de Hobbes du Croate Simon Bogojevic-Narath.

Performance extrême. Pour la première fois, Resfest pose ses valises à Paris (pas vraiment vierge en la matière grâce au festival des images expérimentales Némo) avec plus de 150 films à découvrir, dont une sélection locale comme c’est l’usage : «French touch», concoctée par Nicolas Schmerkin, responsable de la branche parisienne. L’occasion de découvrir le Garcimore du numérique, le roi des effets spéciaux trash, Luis Nieto (voir la carte blanche ecrans.fr) qui tentera une performance extrême lors de la soirée d’ouverture où il avalera une bombe. Autre première française, Apnée, de Claude Chabot, une «animation» où rien ne bouge sauf le regard du spectateur, ou encore Once Upon a Time, qui mêle western noir et blanc et animation 3D.

«Ce qui m’a séduit, c’est le côté festif et ancré dans l’univers musical, explique Nicolas Schmerkin. Resfest s’est attaché à montrer des clips au même titre que des films d’auteurs, à une époque où le mot clip était péjoratif dans le milieu du cinéma.» La musique reste au coeur des festivités, avec Cinema Electronica et Videos that Rocks, best-of des dernières vidéos électroniques et rock (Basement Jaxx, Vitalic, Nada Surf...) , une rétrospective des clips de Radiohead et une soirée de live audiovisuel au Bus Palladium, avec les VJ Hexstatic, Doctor L et Edouard Salier.


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