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lundi 12 septembre 2011 16:15

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« Clodogame » : Pas d’effet de manche

par Bruno Icher

/ DR

L’industrie du jeu vidéo se nourrit régulièrement de polémiques au cours desquelles partisans et opposants prennent un soin tout particulier à ignorer les arguments du camp d’en face. L’affaire Clodogame n’a pas échappé à la règle. Bref rappel des faits. Lorsque ce jeu en ligne s’était lancé en 2009, Benoist Apparu, secrétaire d’Etat chargé du Logement et de l’Urbanisme, s’était publiquement étouffé d’indignation en évoquant le principe de ce jeu.

Clodogame offrait la possibilité à ses abonnés de se mettre dans la peau d’un clochard parisien. Une fois le personnage créé, il s’agissait de s’alcooliser abondamment, de faire la manche, de ramasser des tickets de métro (pourquoi ?), de se bagarrer avec ses congénères tout en essayant de gravir patiemment les échelons de la réussite sociale, histoire de devenir riche. A l’époque, le parallèle avait été fait avec les célèbres vidéos Bumfights dont les producteurs américains offraient un peu d’argent à des clochards avinés pour se mettre des peignées filmées sur le parking d’un supermarché.

Deux ans plus tard, le jeu a survécu à la rage gouvernementale, sans rencontrer le succès promis par cette campagne de notoriété. Nouveau rebondissement à la fin du mois d’août, lorsque l’adaptation brésilienne de Clodogame, intitulée Faveladogame, se voit purement et simplement interdite par les autorités de l’Etat de Rio qui ont jugé le jeu immoral et méprisant à l’égard des habitants des favelas.

Farbflut Entertainment, le studio de Hambourg qui a créé ce jeu, d’abord en Allemagne puis dans d’autres pays, a immédiatement enclenché la machine à jérémiades. Dans un communiqué, la firme sonne le tocsin de la révolte : « Cette histoire porteuse d’espoir, dans laquelle un favelado virtuel devient riche après avoir été sans abri, choque les autorités brésiliennes. La raison de leur levée de boucliers est évidente ; ils ne croient pas que cette histoire peut être vraie. »

Plus loin, le communiqué souligne que « la pauvreté extrême et la criminalité sont des problèmes qui sont ignorés, comme on peut le voir avec le peu de présence policière dans les banlieues de Rio. Clodogame Rio considère qu’il en va de sa responsabilité de provoquer une prise de conscience concernant ces zones de conflit ».

A l’appui de cette profession de foi, le studio souligne qu’il souhaite soutenir la Homeless World Cup, coupe du monde des sans-abri dont la dernière édition a eu lieu à Paris fin août. En guise d’implication, Farbflut incite sa communauté de joueurs (dont ils estiment le nombre à un million d’individus) à… faire un don. Ce qui est une manière comme un autre de faire des économies.

Le problème de cette histoire n’est pas, justement, le caractère subversif de Clodogame. Au contraire. Il y aurait eu une certaine vertu documentaire à faire vivre la violence et la cruauté de la rue, même virtuellement, à une population à l’abri de ce genre de difficultés. Or, ce n’est pas vraiment le cas. Un peu de violence, un peu de filouterie à l’humour potache (piquer l’argent de la dame pipi) et une assommante liste de tâches à accomplir, achèvent de déconnecter le jeu de la réalité qu’il souhaitait dénoncer. Encore raté.

Paru dans Libération le samedi 10 septembre 2011.


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