mardi 6 janvier 2009 14:12
Colombani sur la piste de Slate
D’anciens journalistes du « Monde » vont lancer la version française de ce site américain à succès, en ligne depuis douze ans.
tag : presse
Version américaine de Slate - DR
La naissance d’un nouveau pure player (site d’info uniquement sur le web) se profile en ce début d’année 2009. Dans la foulée de Rue89, Bakchich et Mediapart, un Slate à la sauce française va faire ses premiers pas au premier trimestre, comme l’a révélé le quotidien les Echos vendredi. Reste à régler quelques boulons. « L’objectif est d’être en ligne entre fin janvier et début février », précise Eric Leser. L’ancien correspondant du Monde à New York est l’un des cinq fondateurs de cette déclinaison du célèbre magazine politique et culturel en ligne américain, avec deux autres anciens du quotidien du soir, son ex-président Jean-Marie Colombani et son ex-éditorialiste Eric Le Boucher, mais aussi Jacques Attali et Johan Hufnagel, ancien rédacteur en chef du site du quotidien gratuit 20 Minutes. Comme les autres, ce site est donc lancé largement par des journalistes issus de la presse écrite. « Nous réfléchissions à ce projet depuis un an, ajoute Eric Le Boucher, qui dit avoir annoncé la couleur à son arrivée à la direction de la rédaction d’Enjeux-les Echos en octobre dernier. Il vise à promouvoir l’analyse dans une période où le besoin de recul par rapport à l’information instantanée se fait sentir. » Créé en juin 1996 par Michael Kinsley, ex-journaliste vedette de la presse écrite américaine et de CNN, Slate (littéralement « l’ardoise ») visait à devenir une vitrine des débats qui traversent la société américaine. Avant-gardiste, il rêvait de développer un journalisme de qualité sur un support plein d’avenir et moins onéreux. Le pari est réussi et le webmagazine est devenu une marque dans le milieu internet. Financé pendant les huit premières années par Microsoft, Slate a rejoint le giron du groupe Washington Post en décembre 2004. Avec 5 millions de visiteurs uniques par mois, Slate est devenu l’axe de développement dans le numérique du Post avec la naissance de Slate Group en juin 2008 qui regroupe d’autres satellites (Slate V pour les vidéos, The Root à destination de la communauté noire, et The Big Money pour la finance...). A l’image de son inspirateur qui publie des éditorialistes de renom, le projet français veut être un lieu quotidien de « débat qualifié sur le net ». Pas de scoop, pas de reportages, Slate France publiera des analyses, des points de vue avec des signatures de presse écrite reconnues en France comme de très jeunes plumes talentueuses repérées sur Internet. Outre des blogs, le site favorisera largement l’interactivité. La rédaction sera restreinte, et l’essentiel des contributions viendra de l’extérieur. Des articles originaux parus sur Slate.com seront également traduits quotidiennement. Dans le cadre d’un partenariat avec le magazine en ligne, 20minutes.com et Rue89 pratiquaient jusqu’à présent une sélection traduite qui sera stoppée avec l’avènement de Slate France. Le tour de table est sur le point d’être finalisé. L’équipe a estimé son financement entre 2 et 3 millions d’euros. En plus des fondateurs qui en seront les actionnaires majoritaires, le Washington Post sera au capital, ainsi que Lagardère. Les objectifs pour 2009 sont modestes. Le modèle, gratuit, parie sur les ressources publicitaires et la vente de contenu à des tiers, un contrat commercial est en vue avec Orange. Le Slate français se donne le temps de s’installer. Après tout, son homologue américain montre encore, douze ans après, combien il a eu raison. Paru dans Libération du 06 janvier 2009
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