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mercredi 15 octobre 2008 11:32

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« Coluche a bousculé la donne politique »

Antoine de Caunes, réalisateur de « Coluche, l’histoire d’un mec ».

par Gilles Renault

François-Xavier Demaison dans « Coluche ». DR

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C’est l’histoire d’un micmac

Schmilblick. Antoine de Caunes retrace la campagne présidentielle de Coluche dans un film plus désenchanté que prévu.

Fils de son père, Georges, pilier de l’ORTF, Antoine de Caunes s’est d’abord fait un prénom à la télévision, où, avec quelques autres, il a notamment caractérisé les grandes heures de Canal +. Acteur depuis la fin des années 80 (Pentimento), il est aussi passé à la réalisation en 2000, signant les Morsures de l’aube, puis Monsieur N (2002), Désaccord parfait (2006) et aujourd’hui Coluche, l’histoire d’un mec.

Pourquoi croyez-vous avoir été sollicité pour réaliser ce film initié par un duo de producteurs ?
J’imagine que c’est en raison de correspondances qui peuvent exister entre Coluche et moi, une conception assez proche de l’humour, un goût commun pour le mauvais esprit. De plus, j’ai connu la période et une grande majorité de ses témoins. J’avais moi-même approché Coluche à quelques reprises, sans être un intime.

Doit-on envisager Coluche comme un personnage historique ?
Moins que Napoléon, mais il a joué un rôle dans l’histoire en bousculant la donne politique. Disons qu’il y est entré par une porte dérobée, à travers une fonction de bouffon –au sens étymologique– remise au goût du jour et que, un quart de siècle plus tard, sa popularité demeure immense.

Le film dresse le portrait d’un homme finalement très difficile à cerner...
Toutes proportions gardées, j’ai souhaité, comme pour Lenny de Bob Fosse ou Man on the Moon de Milos Forman, aller voir ce qui anime le personnage, au-delà de l’image d’Epinal, mi-humaniste sans soutane, mi-clown qui raconte des grosses conneries. Sa vraie nature était bien sûr plus complexe, à la fois pathologiquement généreux, cyclothymique… et l’épisode de candidature à l’élection présidentielle, cette popularité qui devient force électorale traduite par des intentions de vote, l’a confronté à ses paradoxes et contradictions, et révélé en lui une grande fragilité. Mais le film n’a rien d’un verbatim. Il compile sept mois en une heure quarante et repose sur un scénario aux dimensions d’une fable : ce qu’il advient du bouffon qui paye le prix pour avoir franchi la ligne.

Plus il est entouré, plus on a une impression de grande solitude...
L’éternel cliché lonely at the top. Coluche était surentouré, amis sincères, de circonstance, parasites purs et durs. Il avait besoin de fonctionner en bande, mais était au fond seul, comme tant d’artistes. J’ai éprouvé une impression comparable au contact de Johnny Hallyday.

La vision de l’époque paraît terriblement désenchantée...
J’ai tourné ce film avec l’intention d’établir une correspondance entre 1981 et aujourd’hui, deux périodes qui se ressemblent. Durant l’hiver 80, on s’ennuie, les poussières de Mai 68 sont retombées depuis longtemps, la France a le même régime politique depuis vingt-trois ans, le fond de l’air est à la résignation, à la vulnérabilité. Coluche va semer la panique, réveiller tout le monde, avec 300 comités de soutien qui fleurissent en France. Il y a beaucoup de points communs avec ce qu’on vit et le film, dénué de passéisme, n’a à mon sens d’intérêt que si on saisit ces résonances.

Le fait que beaucoup aient connu cette époque induit-il une pression supplémentaire ?
Oui, car tout le monde a un avis sur la question et j’éprouvais une forme de responsabilité morale : même retranché derrière un scénario, avec un point de vue, des ellipses, il fallait faire attention. On marchait sur des œufs, avec la famille confrontée à un moment douloureux où tout explose, plus les gardiens et marchands du temple, et la bordure juridique. Je ne voulais pas noircir le tableau ni éluder certains aspects. Ça n’est ni Oui-Oui fait de la politique ni un portrait à charge. Ce qui est sûr, c’est que suite à cet épisode de la candidature, Coluche a plongé dans une dépression grand format, il est parti à la Guadeloupe, a été confronté aux drogues dures, au suicide de son pote Dewaere. Ça a été un vrai moment de rupture. Quand on revoit des photos de lui en 1984-85, il s’est minéralisé, a pris de l’épaisseur, c’est un Gabin bis. La légèreté et l’insouciance ont disparu.

Que pensez-vous de l’action intentée en justice par Paul Lederman, son ancien manager, contre le film ?
Il avait envoyé une lettre disant qu’il ne voulait pas être cité, ni apparaître dans le film. Il nous a attaqués sur le sous-titre, l’histoire d’un mec. Lederman est en procès depuis vingt ans avec la famille, considérant qu’à part lui, tout le monde ment. ­Lederman est un cas pathologique, un procédurier quasi névrotique. Les producteurs ont acheté les droits du livre de Philippe Boggio, que personne n’a jamais contesté et que nous avons adapté. Ça n’est pas un biopic et il n’y a jamais eu tromperie sur la marchandise.

Avez-vous recueilli beaucoup de témoignages de l’époque ?
Pas trop, sinon on y serait encore. J’ai déjà vu ça avec Napoléon  : à Saint-Hélène, il dicte ses mémoires, puis tous les « évangélistes » qui l’ont suivi apportent un témoignage qui contredit le précédent. C’est une guerre d’héritage, où chacun réécrit l’histoire à son avantage. Ici, la méthode était simple  : une biographie sérieuse qui sert de socle, plus, sur un registre plus affectif, le récit de Jean-Michel Vaguelsy, qui était son « lieutenant de campagne ». J’ai aussi parlé un peu à Romain Goupil et à Véronique, sa femme, car je ne voulais par la trahir, ni basculer dans le voyeurisme.

Qui prolongerait le mieux la parole de Coluche en 2008 ?
Place pour place, personne. Coluche et Desproges n’ont pas été remplacés. On a bien 150 humoristes au kilomètre carré, mais pour dire quoi  ? A la limite, on peut distinguer les Guignols des bons soirs, Groland, Jamel et sa troupe, Alévêque, la bande de Charlie.

Auriez-vous voté pour lui ?
Oui, au moins au premier tour. J’ai surtout l’immense regret qu’il n’y ait pas eu un débat Giscard-Coluche.


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