Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Le piratage est un danger pour l’avenir de notre civilisation.

Muriel Marland-Militello, députée UMP

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

mercredi 26 novembre 2008 19:15

  • cinéma

Comble de Félicité

Consécration. L’actrice trouve un rôle à sa mesure dans  le film de Dupeyron.

par Gilles Renault

Félicité Wouassi, jeudi, à Paris. Photo Jérôme Bonnet

Aide-toi le ciel t’aidera, de François Dupeyron, avec Félicité Wouassi, Claude Rich, Mata Gabin... 1h32.

Pendant l’heure et demie que durera la rencontre, Félicité Wouassi va parler, sourire, murmurer, s’esclaffer, commencer à sangloter (deux fois), se lever, se rassoir, fumer, éteindre son portable, questionner, s’indigner, s’enthousiasmer... Dans le nouveau film de François Dupeyron (Drôle d’endroit pour une rencontre, Un cœur qui bat, la Chambre des officiers...), Félicité Wouassi est Sonia, mais rien n’interdit de penser que l’inverse est à peu près aussi exact. Car la personnalité de Sonia se compose de multiples facettes qu’elle semble découvrir elle-même au gré des aléas rencontrés dans une cité qu’elle n’a pas dû souvent quitter. A commencer par celui-ci, qui occasionne la plus belle scène du film : une cérémonie de mariage à la mairie. Parmi les quatre enfants, c’est la fille aînée qui convole. Au comble de l’émotion, la maman est logiquement en larmes ; on l’entoure, on la chambre, alors qu’elle seule connaît la raison exacte de ses pleurs : juste avant de quitter le domicile, son mari (un traîne-savates dilapidant l’argent du ménage au jeu) vient de succomber d’une crise cardiaque et elle n’a pas eu la force d’en informer qui que ce soit. Alors, Sonia compose et il en sera ainsi tout du long.

A la fois mère courage et femme de compagnie, odalisque sensuelle et copine probe, Félicité Wouassi se révèle de bout en bout remarquable. Transcendant le film de Dupeyron, elle obtient là, à 47 ans –elle en paraît dix de moins–, le rôle le plus intensément complet de sa carrière. Le festival de Tokyo ne s’y est d’ailleurs pas trompé, qui lui a récemment décerné un prix d’interprétation féminine. « Une grande fierté, renforcée par le fait qu’on m’a présentée en tant qu’actrice française », dit la native du Cameroun, qui n’en aurait pourtant pas encore fini avec « les humiliations et les claques », depuis le jour où, à 8 ans, elle est sortie du centre culturel français foudroyée par la Belle et la Bête de Cocteau, avec la conviction qu’elle deviendrait une autre Josette Day.

A peine couronnée au Japon –avant les césars ?– Félicité Wouassi avait rendez-vous avec un réalisateur français. Il n’avait pas souhaité qu’elle lise le scénario. Le jour de la rencontre, elle apprend que le tournage a déjà commencé... et que la sollicitation confine à l’affront : « Un jour de travail, trois mots à dire, il voulait juste me faire passer des essais. Vous vous rendez compte, avec trente ans de métier derrière moi ? » Et Félicité Wouassi d’égrener le souvenir de ses rencontres, avec Claude Régy, Cheikh Omar Sissoko, Alain Tanner, Roman Polanski, Philippe Adrien, Tsilla Shelton... Jusqu’à François Dupeyron et Yves Angelo (chef op d’Aide toi...), en qui elle a trouvé ce qu’elle cherchait : « Des interlocuteurs capables de m’utiliser comme un outil, tout en m’intéressant, me respectant, me faisant confiance, moi qui ai si souvent joué avec la pression, veillant avant tout à faire les choses proprement, sans prendre de risques, pour ne pas encore entendre dire qu’il n’existe pas de bons acteurs noirs en France. »

Née au lendemain de l’indépendance du Cameroun, Félicité Wouassi découvre la France dans le sillage d’un père diplomate et d’une mère coiffeuse. De Paris, elle connaît d’abord le XVIe arrondissement, s’y sent « socialement mal à l’aise », mais les parents ont fait le choix d’offrir aux enfants une éducation soignée –les garçons à Janson, la fille à Molière. Le papa appartient à cette « génération d’Africains pleins de rêves qui ont subi la désillusion et se sont détruits ». Ses parents séparés, elle suit sa mère dans le Paris « cosmopolite du XVIIIe », d’où elle n’a plus bougé depuis. Bac, fac (deug), on oppose à ses chimères de comédie le pragmatisme du cursus. Elle finit par passer le concours d’entrée au Conservatoire, où elle est recalée. « Je sais que j’ai été très bien notée, mais on m’explique que c’est l’antichambre de la Comédie française, que je suis noire et qu’il n’y aura aucun emploi pour moi. »

« Revancharde comme jamais », Félicité Wouassi persiste et se retrouve à jouer en 1985 à Chaillot dans une pièce de Sony Labou, Je soussigné cardiaque, où le réalisateur Thomas Gilou la remarque. Un an plus tard, entre Jacques Villeret et Isaach de Bankolé, elle obtient un des rôles principaux dans Black Mic-mac, comédie bonasse qui illustre avec succès l’humeur fraternelle du mitterrandisme radiant.

Depuis, cinéma et théâtre confondus, Félicité Wouassi n’a plus cessé de travailler. « Pourtant, précise-t-elle, quand je fais mon marché, à Barbès, on continue de m’appeler Anisette, du nom du personnage que j’incarnais dans Black Mic-mac. Ou Josie, en rapport avec l’héroïne de Rue Princesse [1994, ndlr], que je tiens pour mon premier grand rôle. Et on me demande également : “Ah, tu fais du cinéma ! Mais c’est quoi ton vrai travail ?” »

Paru dans Libération du 26 novembre 2008


Il y a 0 réaction à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

article précédent
Tchat sur les jeux vidéo à 17h
article suivant
Hormone mal


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • écrire à Gilles Renault
  • réactions (0)
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • Chez Google, la vie privée tombe dans le panel
  • « Borgen », la petite série reine
  • Les experts Copenhague
  • [Vidéo] Ecrans.fr : le podcast anonyme
  • Wikileaks : Bradley Manning sera mis en accusation le 23 février

Lib.fr

  • Grèce: la zone euro pose un ultimatum avant toute nouvelle aide financière
  • Le chômage a beaucoup progressé chez les cadres et les plus qualifiés
  • Porno bof sur «l'affaire DSK»
  • Et si Disney faisait des tragédies ?
  • Sarkozy, ou l'horizon indépassable de 2007
publicité

De saison

img75
L’Elysée à l’abordage du Net

Dans un merveilleux dessin interactif, OWNI liste les principales figures de la conquête de l’Internet par l’Elysée, et schématise leur relations en filant la métaphore de l’île déserte.


Chronophage

Color Pic-a-Pix

Cet excellent jeu ne dépaysera pas les habitués de Picross : les règles sont exactement les mêmes, avec des couleurs en plus.


Hum, bizarre...

img75
Les sosies sont six

Vous ne vous êtes jamais dit que votre voisin de train ou de fil d’attente ressemblait à un personnage de fiction ?


Dixit

« C’est un peu comme si vous rajoutiez des dizaines de bières sur le plateau d’un serveur : au bout d’un moment, il tombe. »


De saison

img75
L’hommage de Google à François Truffaut

François Truffaut aurait eu 80 ans ce 6 février 2012. Google en fait donc son Doodle du jour.


Vendredi, à poils !

img75
Avoir un bon copain...




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008