jeudi 29 janvier 2009 13:49
Comics : Noirs scénars, l’espoir
par Erwan Cario
tags : bande dessinée , super-héros , zombie , comics
Walking Dead - DR
Walking Dead T.7 : Dans l’œil du cyclone
Delcourt, « Contrebande », 144 pp., 12,90 euros.
Robert Kirkman et Charlie Adlard.
Criminal T.3 : Morts en sursis
Delcourt, « Contrebande », 180 pp., 13,95 euros (à paraître le 4 février). Ed Brubaker et Sean Phillips.
Vus de loin, les comics américains ressemblent à un repaire postadolescent de héros en collants, avec ce qu’il faut de masques, de capes et de superpouvoirs pour faire fuir les lecteurs en quête de profondeur. Mais si l’on se rapproche un peu, la perspective change, car les super-héros nouveaux ne sont plus ceux d’antan. L’ambiance est plus noire. Plus violente, aussi. Surtout, ils ne sont plus seuls. Par exemple, une des séries venues d’outre-Atlantique qui connaît un certain succès en France n’a rien à voir avec les araignées radioactives. On se croirait plutôt dans un film de Romero. Mais un film qui ne s’arrête jamais. Pour une raison inconnue, le monde est peuplé de morts-vivants. Rick Grimes, ancien flic, lutte pour la survie du petit groupe de rescapés dont il a la charge. Walking Dead, dont le septième tome vient de paraître en français, est une longue descente aux enfers. Pas tant en raison des zombies omniprésents, mais à cause de cette part d’humanité qu’il est si difficile de conserver lorsque le carcan de la société moderne s’évapore. Aux commandes de Walking Dead, on trouve le jeune auteur Robert Kirkman, une des stars montantes des comics. Après s’être fait connaître, en 2003, avec Walking Dead et Invincible, lequel mêle habilement superpouvoirs et imbroglio familial, il débarque chez l’éditeur Marvel pour l’étonnante mini-série Marvel Zombies. Il fait partie de cette nouvelle génération de scénaristes qui, après avoir été biberonnés au super- héros, semblent prendre une importance considérable au sein de l’industrie du comics. Car, au fil des lectures, on ne peut que constater l’apparition récurrente de certains noms. Ed Brubaker fait aussi partie de ceux-là. On le retrouve aux commandes de Gotham Central, qui suit le quotidien de la police dans la ville de Batman, au scénario pour divers super-héros (X-Men, The Authority et le monumental Civil War)et, surtout, à l’origine de Criminal, son chef-d’œuvre, chez Marvel. Il a, en effet, réussi à imposer à la maison mère de Spider-Man une série de purs polars noirs. Chaque tome est indépendant des autres, si ce n’est un troquet mal famé récurrent. La prise de pouvoir des scénaristes remonte, en fait, à 1989, avec la sortie de la série fantastique Sandman. L’auteur anglais Neil Gaiman a bataillé avec l’éditeur DC pour garder l’intégralité des droits sur son univers. Sans doute pour éviter de vivre la mésaventure de Jerry Siegel et Joe Schuster, les créateurs de Superman, qui ne réussirent jamais à récupérer les droits sur l’emblématique super-héros. Seul maître à bord, Gaiman se permet quant à lui de changer de dessinateur d’un épisode à l’autre. « Mais il y a vingt ans, on suivait surtout des personnages, ou des dessinateurs, expliquent Philippe Tullier et Philippe Touboul, de la librairie spécialisée Arkham Comics à Paris. Après des années 90 très décevantes et le 11 Septembre, on est passé à autre chose. L’industrie des comics avait besoin de se renouveler et elle a commencé à faire appel à des auteurs capables de produire des univers plus adultes, plus sombres. Maintenant, on suit surtout les scénaristes. » Et cette nouvelle vague d’auteurs peut presque tout se permettre, même quand ils touchent au sacré, c’est-à-dire aux univers historiques des éditeurs majeurs Marvel et DC. Dans Marvel Zombies, par exemple, Kirkman met en scène un Spider-Man mort vivant qui regrette amèrement d’avoir dévoré Tante May et Mary Jane. Ed Brubaker, lui, a fait plus fort. Il est à l’origine d’un des grands bouleversements de l’univers Marvel avec, dans le cadre de la saga Civil War, en 2007, la mort du mythique Captain America. Un événement qui fit à l’époque les gros titres de la presse. L’ascension des scénaristes vient aussi d’un facteur externe. Philippe Tullier et Philippe Touboul en sont persuadés : « Hollywood vit depuis des années une crise du scénario. Et ce qui se vend, ce sont les idées et les univers. Et ce qui se fait dans les comics peut facilement se porter sur grand écran. » Le scénario comme poule aux œufs d’or de l’industrie des comics. Pas bête. Il faut espérer que le niveau des adaptations s’améliore, car, pour ce qui est des univers de comics récents portés sur grand écran, comme Wanted ou 30 Jours de nuits, les films n’arrivent pas à la cheville des œuvres originales.
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