mardi 18 janvier 2011 14:34
Conférence TEDx, la science du grand écart
par Christophe Alix
tag : conférence
Capture d’une vidéo de la manifestation - DR
Ils sont un petit millier dans une salle parisienne, ont déboursé 90 euros pour en être ; leur excitation est palpable. Comme le dit le blogeur-humoriste Vinvin venu les chauffer, ils sauront mieux à l’issue de cette TEDx qu’ils « ne savent rien ». Inclassable, la version française de TED (T pour Technology, E pour Entertainment, D pour Design) jouait samedi à guichets fermés. Les 800 places disponibles s’étaient arrachées en un quart d’heure quatre mois plus tôt. Lancées en 1984 en Californie, ces conférences popularisées par Internet - intégralement filmées, elles y sont découpées et archivées sous forme de milliers de vidéos - ont essaimé dans le monde entier. Le principe ? Se faire le « propagateur d’idées » nouvelles en réunissant, à intervalles réguliers, scientifiques, chercheurs, gourous high-tech, chefs d’entreprises, artistes, intellos. Une recette qui fleure bon le « think positive » à l’américaine, sur fond d’empathie humanitaire, de social business et de messianisme techno très dans l’air du temps. « TED veut rendre le monde meilleur, explique une bénévole de l’organisation. C’est peut-être terriblement naïf, mais ça peut marcher. Certains vont ouvrir les yeux sur des questions qu’ils ne soupçonnaient même pas, et tant pis s’ils retournent à leur train-train. Il en restera toujours quelque chose. » Après « Libérez l’étincelle » l’an passé, l’édition parisienne avait cette année pour thème les « Futurs singuliers ». Durant cinq heures, seize personnalités de tous horizons - « Aucun politique, c’est la règle », explique Michel Lévy-Provençal, président de l’association TEDx Paris - sont venues proposer leur « vision pour changer le monde » en dix-huit minutes maximum. Une règle d’or, immuable depuis la première édition. Selon le fondateur de ces conférences, Richard Saul Wurman, au-delà de ce laps de temps un auditoire normalement neuroné décroche. De l’astrophysique de haut vol pour néophytes à un prototype de violon baryton, en passant par l’engrais naturel au bois raméal fragmenté au sexe du cerveau, il y en a pour tous les goûts. Des « futurs hybrides », des « alternatives » et des « dépassements », comme le présentateur-journaliste David Abiker tente de classifier ce joyeux mélange des genres. En quelques minutes, on passe du témoignage sur le mode au coin du feu de Pierre Rabhi, chantre de la décroissance heureuse, aux envolées dans la 4D spatio-temporelle d’un « designer olfactif » aveugle, à « la chirurgie cardiaque au service des enfants du monde ». « Cette alternance de leçons de vie et de vulgarisation, d’exposés et de séquences plus émotionnelles n’a rien d’idiot », explique le physicien du Commissariat à l’énergie atomique Etienne Klein qui reconnaît qu’il n’aurait jamais accepté ce type d’invitations il y a encore cinq ans. « C’est un mélange distillé qui permet de suivre et de ne pas s’ennuyer, poursuit-il, c’est varié, à l’image de notre monde. » Intervenant fidèle de TED, l’entrepreneur Rafi Haladjian, père du lapin communicant Nabaztag, regrette pour sa part une « dérive angélique » d’un tel zapping. « A l’origine, TED rassemblait des originaux capables de faire passer des messages très utiles pour la vie de tous les jours à travers le récit d’un design de chaise ou d’une programmation informatique : on n’avait pas besoin de noyer tout cela dans les bons sentiments. » Bilan d’un étudiant en grande école venu chercher à TED du « sens » à sa future vie professionnelle : « J’étais déjà perdu et je ressors encore plus paumé qu’avant. » Paru dans Libération du 17/01/2011
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