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lundi 18 septembre 2006 10:06

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Connecting le peuple

par Emmanuel Poncet

tag : politique

Le Peuple des connecteurs, de Thierry Crouzet, Bourin Editeur, 335 p., 20 euros.

Et si la dépolitisation de la société suivait de très près l’essor des nouvelles technologies ? C’est presque la thèse de Thierry Crouzet, ingénieur informatique et consultant. Ce spécialiste d’Internet analyse en effet notre défiance à l’égard de la politique et de tous les regimes de pouvoir actuels à l’aune du développement informatique, notamment. Exit les systèmes pyramidaux moisis du siècle dernier. Place à une société postlibertaire, en réseau, où une forme d’autogestion peut devenir beaucoup plus efficace que le modèle classique chef/exécutant. Théorie bidon ? Entretien avec l’auteur.

Qui est exactement ce « peuple des connecteurs » dont vous parlez dans votre livre ? On dirait le « peuple migrateur »...
Mon éditeur a eu l’idée d’employer « peuple » pour faire comprendre que les connecteurs étaient des hommes et des femmes et non pas des prises électriques. Un connecteur est quelqu’un qui a pris conscience de vivre dans une structure sociale organisée en réseau et non plus hiérarchiquement. Un réseau n’a pas de centre ou de chef, c’est une structure horizontale, par opposition aux structures pyramidales classiques, il n’y a pas de gouvernement, encore moins d’élection. Tout le monde est acteur de la vie politique du réseau. C’est comme ça que fonctionne Internet depuis le début, c’est comme ça que fonctionnait la démocratie américaine à ses premières heures. Tous les gens qui font le Net, depuis Sir Tim Berner Lee jusqu’à Steve Jobs, sont des connecteurs.

Vous intitulez vos chapitres (« Ils ne votent pas », « Ils ne manifestent pas »...), avec des négations : voulez-vous dire que cette génération se définit par la négative, l’absence, ou l’abstention ?
Une fois conscient d’appartenir à un réseau, on ne voit plus le monde comme avant. Du coup, on n’y vit plus comme avant. J’ai décrit cette nouvelle attitude en l’opposant à l’attitude politiquement correcte, d’où les négations. On conseille aux jeunes de décrocher de bons diplômes. Les connecteurs, eux, apprennent ce qui les intéresse et se moquent des programmes universitaires. On dit qu’il faut voter. Les connecteurs ne votent pas parce qu’ils ont compris que le réseau fonctionne très bien sans autorité centrale. Ils s’abstiennent de participer à un système qu’ils savent désuet. En revanche, depuis une dizaine d’années, ils le révolutionnent de l’intérieur.

N’est-ce pas juste une question de « génération » élevée avec l’ordinateur ?
C’est plus qu’une affaire de génération. C’est un tournant dans notre Histoire, dans la vie de chacun d’entre-nous. Grâce à l’ordinateur, nous savons qu’il est impossible de prévoir les conséquences de nos actes dans un environnement complexe. Or, nos gouvernements continuent à légiférer en nous faisant croire qu’ils maîtrisent la situation. Quand ils nous disent « le CPE va faire baisser le chômage », ils nous mentent. Plus grave, quand leurs adversaires disent que ça ne va pas marcher, ils nous mentent aussi. Ces débats sont surréalistes pour les connecteurs.

N’est-ce pas une pensée un peu libertaire et/ou anarchiste, modernisée par les nouvelles technos ? Une illusion techniciste ?
C’est plutôt l’invention du vrai socialisme : chaque individu prend une valeur infinie. Dans cette perspective, la technologie n’est pas essentielle. Elle nous aide à porter un nouveau regard sur le monde. Après, nous en tirons les conséquences. Les hommes politiques sont incapables de gérer les problèmes complexes de la société d’aujourd’hui. À droite ou à gauche, tout le monde s’en rend compte. En bon cartésiens, les politiques cherchent des solutions qui partent d’en haut. Les scientifiques nous ont démontré que cette approche ne marche pas face à une structure complexe. Dans un tel environnement, les solutions doivent partir du bas, de nous, et remonter. C’est ainsi que les connecteurs ont décidé d’agir, en s’auto-organisant.

Vous prônez souvent dans votre livre l’autorégulation contre le vieux monde pyramidal et légiférant. Mais n’est-ce pas une porte ouverte au libéralisme sauvage ? Les « moins initiés » à l’informatique se retrouvant exclus ?
Parce que notre société devient de plus en plus complexe, nous avons besoin de l’organiser différemment. Si nous refusons de changer, nous ne nous en sortirons que par une dérive autoritaire. Comme nous savons que la complexité ne se contrôle pas par le haut, nous devons chercher des solutions qui s’appuient sur chacun d’entre-nous. Nous devons distribuer les responsabilités. C’est une forme de libéralisme où chacun est interdépendant des autres au travers du réseau social. Voila pourquoi c’est un vrai socialisme. L’informatique joue un rôle important dans la cohésion de ce réseau mais elle n’est qu’un élément. En Afrique ou en Inde, des réseaux d’entraide très denses sont en train de se construire. C’est la preuve que ça peut fonctionner même avec les plus démunis.

Quelle personnalité ou partis politiques peut selon vous incarner ce « peuple connecteur » ?
Aucun parti, existant ou à venir, c’est sûr. En revanche, des hommes, Rachid Nekkaz par exemple, peuvent se faire les porte-parole des idées qui circulent sur les réseaux auxquels ils sont connectés. Ils auront un rôle d’influence. Ils faciliteront la connexion des individus qui, sinon, ne se seraient jamais rencontrés. Ils leur donneront du courage, ils seront des visionnaires, ils les inciteront à prendre leur vie en main et à ne plus attendre l’apparition d’une main invisible appelée État. Ils devront aussi jouer un rôle moral et inciter les membres des réseaux à plus de fraternité. Nous sommes tous embarqués sur le même navire. C’est plus vrai que jamais.


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  • Connecting nothing

    16 février 2007 16:15, par Anonyme

    Je ne conseille ce livre à personne. C’est une accumulation de stéréotypes mal interpretés, de faits éronés, dénotant une réelle méconnaissance du web, sans doute, hélas, du fait de l’âge avancé de l’auteur qui l’oblige à penser avec des schémas du siècle dernier quand l’analyse du reseau nécessiterait une refondation des méthodes.

    Un travail purement journalistique donc, c’est à dire sans grande valeur, sans rigueur scientifique, ou les conclusions sont préformatées et ne découlent pas d’une argumentation faible voire absente.

    Je ne sais même pas pourquoi je l’ai lu, le titre et le slogan mettent en effet la puce à l’oreille quand à l’inanité global de ce travail. Pour répondre à écrans, oui, théorie bidon.

  • Connecting le peuple

    29 septembre 2006 21:29

    Une fausse nouvelle bonne idée.

    Tout cela n’est pas si nouveau.

    Sans être historien, il me semble que les réseaux étaient déjà actifs dans le "business", que ce soit au moyen-âge ou pendant la renaissance. Sans être financier, il me semble que SWIFT est un réseau, pas si récent. Sans être politologue, il me semble que l’on ne peut pas être candidat aux élections présidentielles sans avoir le soutien de réseau.

    Et pour finir, même les militaires américains y ont pensé. Voir l’ouvrage "Power to the edge", 2003, disponible en PDF à http://www.dodccrp.org/html2/pubs_pdf.html

    Et un réseau, ça se contrôle, du haut !

  • Connecting le peuple

    24 septembre 2006 11:26, par zouzouwizman
    Ca a l’air passionnant, mais pourquoi le livre n’est pas disponible en PDF ? houummm ? ;-)
  • Connecting le peuple

    22 septembre 2006 11:35, par Franky

    Les réflexions sur les apports à la société de l’Internet et des nouvelles technologies sont une bonne chose, a priori. Mais il ne faut pas le penser en le déconnectant de la vie sociale.

    Les connecteurs ne votent pas parce qu’ils ont compris que le réseau fonctionne très bien sans autorité centrale. Ils s’abstiennent de participer à un système qu’ils savent désuet. En revanche, depuis une dizaine d’années, ils le révolutionnent de l’intérieur.

    Sortir d’un système, s’en exclure et penser pouvoir le révolutionner à partir de son poste informatique, ça me parait bien réducteur. Le web est un formidable outil qui vient s’ajouter à la réalité (sociale, politique), en aucun cas s’y substituer. Bien sûr qu’une autorité centrale est nécessaire, il ne faut pas tomber dans l’idéologie libérale-loi-de-la-jungle. Si le progrès vient dans l’isolement de tout un chacun pour se retrouver sur la toile, l’avenir est gris (sans compter la fracture numérique - tout le monde n’est pas égal dans l’accès au net - mais c’est encore un autre sujet).

    Les hommes politiques sont incapables de gérer les problèmes complexes de la société d’aujourd’hui. À droite ou à gauche, tout le monde s’en rend compte.

    Poncifs parmi les poncifs : désigner les politiques comme des incapables devient récurrent et fatiguant. La politique est extrêmement difficile. Vous le dites vous même, il s’agit de "gérer des problèmes complexes". Stigmatiser de cette manière les politiques revient à décrédibiliser la politique et le pouvoir. Bien sûr il y a des améliorations (et de grandes) à entreprendre dans le modèle politique, bien sûr il y a des pratiques abusives à dénoncer, des maladresses à rectifier. Mais la solution n’est pas dans une tabula rasa sur laquelle se bâtira un contre-pouvoir des internautes.

    Le monde n’est pas en grande forme, et la politique est en crise, certes. Envisage la solution d’un monde nouveau dirigé par les internautes, ce n’est pas la perspective la plus enthousiasmante du net.

  • Connecting le peuple

    18 septembre 2006 16:37, par rezba
    La façon dont Crouzet analyse les réseaux et leur fonctionnement est sacrément pertinente. Pour autant, il pousse trop loin, ou pas assez loin, lorsqu’il aborde la dépolitisation des "sociétés avancées technologiquement". On assiste aujourd’hui à d’autres formes de politisation. Elles sont encore largement exclues des grands débats publics, et a fortiori du système électoral. Mais depuis le vote (inutile, certes) populaire pour l’election des délégués à l’ICANN, jusqu’aux débats passionnés sur la loi DADVSI, en passant par de nombreuses politisations ponctuelles, les réseaux fonctionnent, s’echauffent, s’entrainent. Leur puissance dans les débats publics devrait augmenter au fur et à mesure de la maitrise croissante des technologies par chacun. Et là aussi, les réseaux fonctionnent. Les forums sont devenus le plus grand amphithéâtre du monde. On y apprend tout, à son ryhme. Un jour viendra où l’on y apprendra aussi à voter, pas seulement avec ses pieds.
    • Connecting le peuple 19 septembre 2006 10:46, par Thierry Crouzet
      je suis d’accord avec vous. C’est justement le sujet de mon prochain livre : Le cinquième pouvoir.
      • Connecting le peuple 20 septembre 2006 17:54, par Aurel

        La dépolitisation est bien réelle. Dans tous les domaines, la société civile est bien plus capable d’organiser des CHOIX collectifs tout en respectant le désir d’autonomie légitime de chacun.

        Après tout, nous sommes les meilleurs experts de nos propres choix. Là où j’ai du mal à suivre Thierry Crouzet, c’est lorsqu’il définit arbitrairement sa pensée comme un retour au "vrai socialisme" alors qu’elle est authentiquement libérale.

        aurel.hautetfort.com

      • Connecting le peuple 28 septembre 2006 11:31, par Philippe

        Les raisons de la dépolitisation sont plus nombreuses et plus complexes que le développement des "réseaux". Celui-ci me parait d’ailleurs plus une conséquence de la dépolitisation qu’un vecteur de celle-ci. L’éviction du citoyen des champs de la décision collective est le résultat entre autres, du développement de la technocratie, (qui a confisqué le débat public, au nom de la complexité), du développement d’une économie financiarisée, qui a contribué à transférer le "pouvoir" ailleurs que dans les assemblées d’élus...

        C’est parce que le "vrai pouvoir" n’est (presque) plus politique, que ce sont développés des réseaux. Mais même les "réseaux" ont beson de leadership, et s’organisent donc comme de possibles contre pouvoirs, structurant une partie de la société, pour déterminer ailleurs et autrement comme vivre ensemble (c’est à dire en assumant partiellement le vrai but de la politique).


 

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