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mercredi 10 janvier 2007 19:00

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Convergence numérique : l’ère de la grande pagaille

Informatique, téléphonie et télévision multiplient standards et appareils de lecture.

par Christophe Alix

tags : pc , analyse

Chercheurs au Cerna, le laboratoire d’économie industrielle de l’Ecole des mines de Paris, Olivier Bomsel et Gilles Le Blanc (1) se sont spécialisés dans l’étude de l’économie du numérique. Alors que 2 700 exposants dévoilent leurs dernières innovations au Consumer Electronics Show (CES), le premier Salon de l’électronique grand public qui se tient jusqu’à jeudi à Las Vegas, ils tentent de décrypter la « grande confusion » qui règne au sein d’un secteur en pleine ébullition.

Quelle est votre définition de la convergence numérique dont on nous rebat les oreilles depuis cinq ans ?

Olivier Bomsel. C’est un terme passe-partout pour dire que, à l’ère du numérique, toutes les machines (téléphone, ordinateur, téléviseur, baladeur...) sont conçues pour capturer, traiter, lire, stocker des suites de 0 et de 1, autrement dit le code binaire permettant de formater n’importe quel son, image ou texte. Comme le montre cette grande foire qu’est le rendez-vous annuel de Las Vegas, cet ensemble de techniques n’est pas appréhendé de la même manière par les différents acteurs du numérique. D’où ce mélange permanent de concurrence et de complémentarité. C’est plutôt la confusion qui règne !

Gilles Le Blanc. Pour moi, la convergence représente à la fois la compatibilité potentielle d’un très grand nombre de services et la multiplication du nombre d’équipements, les deux étant intimement liés. C’est parce qu’un mobile peut être compatible avec un PC qu’il y a convergence des télécoms et de l’informatique. La différence par rapport à la convergence version an 2000 telle qu’elle était présentée par un Jean-Marie Messier, c’est que tout ne passe plus par le tuyau unique d’un seul fournisseur à destination d’une multitude de supports.

Bill Gates, l’« architecte en chef » de Microsoft qui a inauguré, comme chaque année, le CES, a évoqué un monde en réseau, mais dans lequel « il manque l’élément clé, les connexions ».

O.B. Bill Gates a fait fortune en imposant à tous les ordinateurs ou presque de la planète son système d’exploitation Windows. Il aimerait bien que ce noyau sur lequel il a bâti son empire puisse maintenant s’étendre à l’ensemble des équipements numériques. C’est son voeu de nouvelle année (rires). Mais les acteurs de la téléphonie et de la télévision ne veulent pas que, comme dans l’informatique, Windows devienne l’anglais du numérique.

G.L.B. Ces trois mondes (téléphone, informatique et télévision) engagés dans la convergence pèsent d’un poids économique assez comparable et ont vocation à s’installer dans l’ensemble des foyers. C’est déjà le cas pour la télévision et, dans les pays riches, 80 % des gens ont un téléphone mobile et plus de 50 % un ordinateur personnel. Mais, dans la bataille qui s’annonce, les normes et les constructeurs sont tous différents. Le monde de la téléphonie est surtout américano-européen, celui du PC américano-chinois et celui de la télévision nippo-coréen.

Ces trois équipements serviront-ils demain à faire la même chose ?

O.B. Non. L’ordinateur et le téléphone sont des outils de communication et détiennent, de ce fait, une utilité intrinsèque. Ce n’est pas le cas de la télévision, qui sert à distribuer des contenus et ne vaut rien sans ces derniers. Voilà pourquoi les fournisseurs de contenus ont très bien réussi à s’entendre avec elle. Pour sa part, le PC fragilise les systèmes de protection des droits d’auteur. Comme les ordinateurs ont tendance à détruire ces protections, ils ont logiquement le plus grand mal à obtenir le consentement des ayants droit, qui préfèrent réserver leurs contenus à des environnements mieux contrôlés comme la télévision ou le téléphone.

La mode est aux box, capables de tout acheminer dans les foyers ­ téléphone, Internet, télévision. Sont-elles le sésame de la convergence ?

O.B. Ces box que l’on voit partout, chez les fournisseurs d’accès, chez Apple, chez les fabricants de consoles de jeu vidéo, sont au contraire le signe d’une divergence, d’une explosion de l’offre. Les systèmes de distribution de contenus et de services se multiplient et se fragmentent. Chacune décode à sa manière, afin de garantir aux ayants droit une distribution contrôlée de leurs programmes.

G.L.B. La box est une rustine, la passerelle, peut-être transitoire, qui permet de passer de la télé au Net. Son apparition est encore trop récente pour que l’on puisse prédire son évolution et son utilité.

Quels seront les grands acteurs de demain ? Tout le monde évoque l’omniprésence de Google...

G.L.B. Google est au bon niveau pour réussir à agréger un maximum de services et de contenus. Mais je ne crois pas à la domination d’un seul acteur. Les gagnants sont ceux qui sauront proposer des solutions permettant de connecter les différents univers numériques.

O.B. Je ne suis pas très moderne, mais je crois encore que des gros câblo-opérateurs traditionnels joueront un rôle clé. A part sur le Net, où Google est devenu LA régie publicitaire en ligne planétaire, sans concurrent, je ne vois personne devenir un acteur archidominant. Même Microsoft ne pourra plus y arriver. (1) Auteurs, en compagnie d’Anne-Gaëlle Geffroy, de Modem le maudit, un essai sur l’économie de la distribution numérique des contenus (éd. les Presses des Mines).


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