lundi 30 avril 2007 09:19
Cosca TV, graine de culture
Sans militantisme pro-rap, ce talk-show revendique son indépendance de ton.
par Stéphanie Binet
tags : musique , hip-hop , web tv
Cosca TV, présentée par le rappeur marseillais Bouga - DR
Vous connaissez beaucoup d’émissions de télé qui vous emmènent successivement dans un restaurant grec du Kremlin-Bicêtre pour interviewer le roi de l’underground rap Kamel Lancien, puis dans un studio d’enregistrement parisien pour rencontrer Dick Rivers et l’écouter vous expliquer l’origine des santiags, « des pompes de merde » ? Un programme où la réalisatrice-cadreuse-ingé son, Nadia, explique à son présentateur Bouga qu’il ne lui reste que treize minutes de batterie et qu’il a intérêt à faire fissa pour son interview. Un talk-show où on ne fait pas semblant de faire du culturel sous couverture de promotion et où on appelle les téléspectateurs, en l’occurrence les internautes puisque ces interviews sont diffusées sur le site de Coscatv.fr toutes les semaines, « les clients ». Le présentateur, le Marseillais Bouga, personnage historique de la culture hip-hop phocéenne, auteur du tube Belsunce Breakdown, reconnaît qu’il a une « diatribe spéciale » : « Les gens qui nous regardent, ce sont des clients à la base, c’est eux qui font grimper le truc. Avec le bouche à oreille, ça monte, ça monte, et peut-être qu’au bout il y aura du sucre [de l’argent, ndlr]. Client, on t’aime ! » Pas de cynisme à la Patrick Le Lay derrière tout ça, mais plutôt une grande honnêteté. Il commence ses présentations par des « enfants des favelas et du grand confort », et n’hésite pas à reprendre ses invités. Ainsi, quand Dick Rivers décrète que « la techno, ce n’est pas de la musique », Bouga intervient : « Dis pas ça, Dick, tu vas perdre des clients. » Cosca TV est né sur le site du label d’Akhenaton, la Cosca, grâce à l’énergie d’une stagiaire, Nadia, qui préfère garder son nom de famille secret : « J’ai commencé à utiliser une caméra pour montrer aux internautes comment les artistes travaillaient en studio, raconte la jeune femme. J’avais sous la main : IAM, Bouga, Psy 4 de la rime... puis j’ai créé un magazine, le 361 Webzine, et je me suis dit : "Pourquoi pas une émission ?" Au départ, je voulais juste promouvoir les artistes de notre label, mais très vite avec Bouga on en a fait le tour. Du coup, on a mis en lumière les artistes et les sportifs qu’on apprécie. On assume de faire la promotion de nos invités, nous ne sommes pas des journalistes ou des ambianceurs, nous sommes comme les internautes. » Et là, pas de militantisme pro-rap ou d’invitations lancées en fonction de l’actualité. Ils y vont au feeling, naviguent sur MySpace, invitent le dessinateur des Lascars, El Diablo, rencontrent le chanteur de variétés Phil Barney, « une bibliothèque de la Black music » (dixit Bouga), la comédienne Leïla Bekhti, Pascal Obispo avant qu’il ne devienne Vitoo, et lancent un appel à d’autres : Brigitte Fontaine, Frank Michael : « Vous pouvez l’écrire en gros, demande Bouga. Cosca TV veut interviewer Frank Michael. Mais comment ose-t-on l’appeler ? Le chanteur des petites vieilles ? C’est le boss. Il est underground, ghetto, vend des millions de disques et passe nulle part. Si on peut avoir le même impact que lui, sans médias, ça déchire. Il a un créneau et il le bousille. Frank, ta branche, elle est sucrée, on veut goûter aussi. » A voir :
- Le site officiel de Costa TV
- Le mySpace de Costa TV
- Le site du magazine « 361 Webzine »
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