mardi 18 janvier 2011 09:11
« Costume Quest », une affaire d’enfance
par Olivier Séguret
tag : enfants
DR
Mais pourquoi Costume Quest ? Dans la masse de jeux à télécharger que proposent désormais les plateformes online des grands consolistes (Xbox Live, PSN, WiiWare…), il devient difficile de faire un sort particulier à tel ou tel titre, parce que les petits bijoux abondent et qu’il y a toujours une forme d’injustice, sinon de caprice, à braquer le projecteur de la distinction sur un chouchou. Mais les chouchous ont aussi leur dignité, ils méritent certains de leurs droits et passe-droits. Costume Quest, petite production du studio Double Fine pour THQ qui le distribue, a gagné ses galons sur la durée. Il est disponible en téléchargement depuis l’automne dernier et, malgré sa relative brièveté, il offre une belle persistance, peut-être parce qu’il mélange une disponibilité presque casual avec des codes de jeu pratiquement hardcore. Costume Quest est en effet, sous une apparence enfantine, un RPG (role-playing game, jeu de rôle) classique modernisé, avec missions principale et secondaires, constitution d’un groupe, progression des personnages, collections d’objets amusants et combats à demi aléatoires. L’action prend place la nuit d’Halloween dans une banlieue tim-burtonienne, où des bandes d’enfants affrontent toutes sortes de forces obscures et bariolées. Mais si Costume Quest est un jeu d’élection, cela tient aussi à autre chose qu’à ses charmes gamer ou esthétiques. Cela touche peut-être à l’un des secrets les mieux cachés du rapport qui unit joueur et jeu, et dont ce titre fait son miel : un rapport à l’enfance. Costume Quest démontre une mystérieuse capacité à enjamber le temps qui nous en sépare et à nous faire communiquer avec elle par cette arche que le jeu taille dans l’espace, à coups de cell-shading et de 3D soyeuse, dans un style graphique très personnel et tout à fait délicieux. Là où tant de titres semblent chercher à offrir au joueur une projection de lui-même en adulte surpuissant, celui-ci semble plutôt vouloir projeter l’adulte dans une enfance parallèle, féérique et parfois inquiétante, un peu à la manière dont le Magicien d’Oz a pu envoûter les spectateurs petits et grands. En fait, Costume Quest immerge doublement : dans un jeu et dans un bain d’enfance, peut-être parce qu’il fait souvent songer que c’est typiquement le jeu auquel on aurait adoré jouer lorsque l’on était enfant… Paru dans Libération du 17/01/2011
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