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mardi 27 novembre 2007 11:33

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Craquer (pour) l’iPhone

Le nouveau bijou d’Apple sort jeudi en France, mais une petite troupe d’accros se l’est déjà procuré via les Etats-Unis. Et s’en sert clandestinement après avoir déverrouillé les sécurités de la firme américaine.

par Catherine Maussion

tags : buzz , Apple , économie , iPhone

CC SeenyaRita

Il y a deux façons de consommer l’iPhone : la voie normale et le hors-piste. Officiellement, l’iPhone sort en France jeudi et Orange en a l’exclusivité. On peut donc attendre sagement le 29 novembre pour franchir le seuil d’une boutique Orange et tout faire comme M. Steve Jobs, (le patron d’Apple) et M. Didier Lombard (le patron d’Orange) l’ont décidé. Ou alors, parce que la machine est décidément trop belle et que naviguer sur un iPhone est une expérience bluffante, se débrouiller pour l’acheter autrement et surtout le débrider. Combien sont-ils à tripoter, depuis plusieurs semaines, leur iPhone ? Combien d’abonnés à Bouygues, SFR ou même Orange utilisent ce joujou, de façon semi-clandestine, en consommant leur forfait habituel en dehors des sentiers balisés ? SFR en avoue « officiellement » 800, mais le chiffre de 4000 circule en interne... Et comme les mordus de la firme à la pomme sont présents chez tous les opérateurs, on en compterait au bas mot, plus d’une dizaine de milliers.

La communauté des accros de l’iPhone s’est mobilisée très tôt. Dès le lendemain de la sortie de l’iPhone aux Etats-Unis, soit au début de l’été. Rétrospectivement, Cédric B., un des tout premiers « iPhoneurs » de France a eu très peur : « J’avais craqué 599 dollars pour l’iPhone et je ne savais rien en faire. » A cette époque, la petite troupe de hackers ne s’était pas encore ébranlée. Aujourd’hui, tuyaux et recettes s’échangent sur le Net. La quête du Graal iPhone, dans sa version débridée, n’est pas encore accessible au novice, mais le mode d’emploi circule librement.

Première épreuve, l’achat du produit. Apple vend l’iPhone par correspondance sur son site américain. Mais il n’accepte de le livrer qu’à une adresse sur le sol américain. D’où l’astuce du détour par un réexpéditeur. Un internaute raconte : « J’ai passé commande avec ma carte Visa sans problème dimanche dernier sur l’Apple Store américain. Commande expédiée lundi soir depuis l’usine Apple de Shenzen, l’iPhone a un peu voyagé (Chine, Alaska, Indianapolis, Memphis) pour être enfin livré ce matin chez mon réexpéditeur en Floride. Je devrais donc le recevoir en début de semaine. » Les sites FrenchiPhone.com ou Iphon.fr, avec le concours de leurs fans, suivent quotidiennement l’affaire. A chaque nouvel obstacle que dresse Apple pour limiter l’évasion, il cherche et publie la solution miracle. Ainsi, il n’est plus possible maintenant d’importer deux iPhone d’un coup, comme c’était encore le cas récemment.

Julien vient de recevoir son colis et fait ses comptes : « Je l’ai payé 399 dollars (266 euros), plus 38 euros de TVA, et 10 euros le port ». Et il calcule son économie : « Près de cent euros, comparé au prix public qu’Orange va proposer en France pour l’iPhone » (399 euros), sachant qu’il sera assorti obligatoirement d’un forfait (49 euros minimum). Cédric B., blogueur spécialisé dans le hightech et la téléphonie, raille Steve Jobs : « Pour lui, un dollar égale toujours un euro ! »

Quand l’iPhone débarque tout frais des Etats-Unis, il ne sait rien faire. Il faut le réveiller. « Il faut quand même tâter un peu de l’informatique », reconnaît Cédric B. Le mode d’emploi n’est pas gravé dans le marbre. A chaque fois qu’Apple fait une mise à jour, les bidouilleurs pédalent pour modifier la recette. « Au tout début, les “applemaniaques” démontaient l’appareil et même faisaient des soudures », raconte un des premiers addicts à l’iPhone. Une fois réveillé, l’iPhone permet d’écouter de la musique, regarder des vidéos et même surfer sur l’Internet grâce au wi-fi. Mais il ne sait toujours pas téléphoner. C’est la seconde étape : faire accepter à l’iPhone la carte SIM de son opérateur, de façon à pouvoir utiliser son forfait personnel. Il paraît qu’on peut « le faire débloquer à Barbès pour une trentaine d’euros », si l’on en croit une source chez SFR.

Rien n’arrête apparemment la quête d’un iPhone : pas même le fait de ne plus bénéficier des mises à jour et de la garantie sur le produit. Les testeurs bidouilleurs n’ont pas le sentiment de se livrer à une action répréhensible. Ils appellent ce sport, le « jailbreaking » de l’iPhone. Il s’agit, littéralement, de le« faire sortir de prison ». Ils pointent surtout le scandale d’un petit bijou sciemment verrouillé par son géniteur, alors que « sous le capot de l’iPhone, dit un spécialiste du Mac, il y a un véritable ordinateur sous Unix, qui ne demande qu’à s’exprimer ». Bref, il s’agirait de libérer l’iPhone. Vu le déferlement d’applications malines sur les sites adhoc, le bidouilleur a l’embarras du choix. Certains se limitent à l’apparence. Exit la page d’accueil et ses petites icônes dans l’ordre, les SMS, le calendrier, les photos, définies pour le monde entier par Steve Jobs lui-même.

C’est le premier sacrilège. Le plus souvent, les addicts débrident l’iPhone pour rajouter des petits services, comme pouvoir écouter les radios sur Internet ou vérifier s’il y a des Vélib’ disponibles à la borne à côté de chez eux. Rien à proprement parler d’illégal, soutiennent les tenants du débridage, au sens où l’abonné « sauvage » à l’iPhone paie son forfait. La ligne jaune est-elle pour autant franchie ? Etienne Drouard, avocat spécialisé dans les nouvelles technologies, cherche la faille : « Ce n’est pas évident de poursuivre l’abonné, même si Apple interdit de toucher à sa machine », observe-t-il. « Il n’y a pas, non plus, intrusion dans un système d’information. » Pas facile non plus d’intervenir sur le terrain de la propriété intellectuelle : les testeurs « ont juste apporté des applications nouvelles sur lesquelles Apple, a priori, n’a pas de droits ». Pour Vincent Poulbère, analyste chez Ovum, un cabinet de consulting, ce qui arrive était cousu de fil blanc : « L’iPhone débarque complètement verrouillé alors que son coeur de cible rêve d’un modèle ouvert. »

Pas étonnant que le petit jeu de déverrouillage de l’iPhone se développe à l’échelle planétaire. Sur 1,4 million d’iPhone écoulés à fin septembre, 250 000 auraient échappé ainsi à son créateur. Certains soupçonnent même Steve Jobs de machiavélisme : « Peut-être est-ce volontaire, que l’iPhone ait été conçu de manière à ne pas être tout à fait inviolable ? », interroge un expert. Comme une sorte de soupape à l’épreuve de force qu’Apple est en train d’imposer aux opérateurs, à base d’accords exclusifs et d’interdits. « Jamais un acteur des télécoms et de l’Internet n’a fait autant bouger les lignes », conclut-il.


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