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mercredi 28 juillet 2010 11:00

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« Créer un spectacle pour le lecteur »

par Christophe Alix

tags : interview , journalisme , tablette

CC BY technotheory

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Sur la tablette, «Wired» voit rose

Lancé en juin, «Wired» sur IPad semble promis à un bel avenir.

Chris Anderson, le patron du magazine américain Wired et essayiste de l’économie de la gratuité sur les réseaux, était de passage à Paris pour l’USI 2010, une de ces conférences pour fondus de technologies, les « techies », auxquelles il participe régulièrement. Son iPad en mains, multipliant les démos du dernier numéro de Wired sur la tablette d’Apple, ce gourou du numérique ne tarissait pas d’éloges sur cet outil « capable, dit-il, de faire pour la première fois basculer la presse dans une dimension réellement digitale ».

L’iPad est-il la tablette de salut qui va sauver la presse et revaloriser les contenus ?

Je ne sais pas, mais chez Wired, on mise beaucoup sur les tablettes tactiles, pas seulement celle d’Apple mais toutes celles qui vont sortir sur Android de Google, Windows de Microsoft, Linux, etc. Je pense que l’on rentre maintenant de plain-pied dans le troisième âge de l’informatique, celui des produits hybrides, après l’ère du PC et celle des premiers mobiles.

Qu’est-ce que cela change ?

Du point de vue d’un éditeur de magazines, pas mal de choses. Le mobile est trop petit pour se concentrer sur de la lecture et l’ordinateur est un support trop distant. Mais l’iPad me paraît capable d’apporter une vraie dimension « digitale » au lecteur, de lui procurer une expérience très « immersive » dans un environnement graphique et multimédia. C’est la raison pour laquelle on propose des images à 360 degrés, des photos qui peuvent s’animer ou changer selon que l’on clique sur telle ou telle légende, etc. On tâtonne, mais je crois que s’invente là une nouvelle grammaire de la presse.

Quels sont les retours après les premiers mois de déclinaison de Wired sur l’iPad ?

Ils sont bons. Alors que la lecture est en moyenne de trois minutes sur notre site, on est à trente minutes sur l’iPad. Je crois surtout que nous sommes avantagés en tant que magazine, un produit dans lequel le parti pris artistique doit être très fort. C’est plus difficile pour les quotidiens ou les news magazines, où l’interface importe mais pas autant. Ce qui nous plaît avec l’iPad, c’est que l’on peut vraiment créer un spectacle, une scénographie pour le lecteur. A ce jour, les séquences vidéo sont les contenus qui ont remporté le plus grand succès.

Jusqu’où faut-il aller dans l’interactivité ?

Je n’en sais rien. Car la base doit rester celle de la maquette papier, enrichie certes, mais toujours là, avec une base de feuilletage. Cela nous coûte déjà 30 % plus cher que ceux qui font de simples PDF sur l’iPad, mais on ne peut pas aller au-delà, sinon il n’y a plus d’économie possible. L’iPad renoue avec la notion de périodicité, de produit fini. Ce n’est pas le flux ininterrompu du Web, un robinet à infos. Cela redonne un certain statut à l’information, la distingue, l’habille.

Quel est le modèle économique de la presse sur un support type iPad ?

C’est le modèle « freemium », un mix de contenus gratuits et payants. Si 20 % de ceux qui ont téléchargé la version gratuite paient, ça fera un beau taux de transformation. Plus le support valorisera le contenu, plus ce modèle freemium prendra du poids. Le Web va rester largement gratuit, l’iPhone le sera un peu moins et l’iPad beaucoup moins.

Quel regard portez-vous sur la presse outre-Atlantique ?

On observe une belle résistance des médias très locaux, qu’il s’agisse de quotidiens, de webzines ou de blogs. A l’autre bout du spectre, ceux qui sont très « globaux », très axés sur l’analyse, s’en sortent également bien, comme The New York Times, The Wall Street Journal ou bien The Economist,The New Yorker, etc. Le problème, c’est pour tous les titres qui sont situés entre ce très local et ce très global, les journaux dont le cœur de cible concerne par exemple un rayon de 100 kilomètres autour de San Jose, le San Francisco Chronicle ou encore le San Jose Mercury News. Pour ces titres « régionaux », c’est très compliqué, ils sont dans une position bancale, et c’est dans ce segment que le plus de titres ont fermé récemment.

Paru dans Libération du 27 juillet 2010


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