vendredi 2 mai 2008 10:20
Bootlegs : Des forums au dancefloor
tag : bootleg
Etendard de la soirée Bootie Paris - DR
En musique, les « vraies » collaborations ne sont pas forcément les plus réussies. Justin Timberlake, par exemple, n’est pas désolant dans le dernier single de Madonna, mais l’entendre miauler Sexyback sur les riffs d’AC/DC, c’est tout de même plus classe. Ces mélanges contre-nature qui font s’entrechoquer les styles (et parfois s’étouffer les puristes), ce sont les mash-ups, ou bootlegs. Popularisé par les 2 Many DJ’s et autre DJ Zebra, le mouvement bootleg doit en grande partie son activité au web. Pour Adrian, DJ américain co-fondateur des soirées Bootie à San Francisco, « la scène mash-up n’existerait pas sans Internet. On met les morceaux en ligne, les gens les téléchargent, c’est une culture très ouverte. C’est presque anti-dj, car souvent lorsqu’ils mixent, les djs utilisent des white labels (vinyles sans étiquette), on ne peut pas connaître le nom des morceaux. Nous, c’est l’inverse. Si quelqu’un aime bien ce qu’on joue, on lui conseille d’aller le télécharger sur tel ou tel site ». Sa comparse de scène, Mysterious D, acquiesce en résumant : « tout est une question de partage ». En France, le site Bootlegsfr est une des références en matière de mash-up. C’est sur cet ancien forum que les premiers bootlegs de DJ Moule ont été hébergés. Responsable de petites bombes comme LA Woman dans Ta Benz (The Doors vs NTM), DJ Moule n’envisageait pas vraiment de diffuser ses morceaux à la base : « j’avais une connection bas débit, à l’époque, je me rendais même pas compte qu’on pouvait télécharger un mp3 en moins de deux heures... ». Les temps ont changé, Moule a découvert l’ADSL, possède maintenant son propre site, et c’est son travail qui en inspire d’autre. « En fouinant sur le web, j’ai découvert des vidéos montées sur mes pistes. Pour celle avec les Killers vs Prodigy, je suis crédité mais personne ne m’avait prévenu. C’est pas grave, c’est plutôt bien fait ». Depuis quelques années, le mouvement bootleg ne se cantonne plus aux sites spécialisés ou à de rares passages radio. En 2003, Adrian & Mysterious D créaient la première soirée 100% mash-up, la Bootie, à San Francisco. « Au début, on avait une cinquantaine de personnes, c’était vraiment confidentiel », rappelle Adrian. Cinq ans plus tard, la Bootie San Francisco attire en moyenne un millier d’amateurs, et des sister parties ont fait leur apparition, à Los Angeles, New York, Munich, Paris et bientôt Copenhague. Informaticien le jour et DJ la nuit, ComaR est un des organisateurs de la Bootie Paris. Tous les premiers samedi du mois, à la Mécanique Ondulatoire, il accueille avec ses collègues résidents (Reno, PhatBastard) la crème de la scène mash-up. En mai, pour fêter la première année de ce rendez-vous, les fondateurs originels sont conviés derrière les platines. Egalement créateur du site Bootlegsfr, ComaR assume le côté « pirate » du mouvement. « En France, il y a une certaine tolérance. Dans le pire des cas, une maison de disque envoie un mail pour qu’on retire un morceau, mais ça ne m’est jamais arrivé ». Pourvu que ça dure.
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