mercredi 14 février 2007 13:35
Cybercriminalité : phishing et escroqueries en vogue
La criminalité numérique a explosé en 2006. Elle profite du manque de formation des internautes.
par Antoine Daccord
tags : spam , criminalité , phishing
CC - Juan Lupión
Phishing, botnets, pharming, spam… Ce jargon de la criminalité numérique est de plus en plus répandu sur Internet. Et la cybercriminalité a connu une avancée très significative en 2006. Ce phénomène mondial se sert désormais des particuliers comme arme « principale » et son chiffre d’affaires dépasserait aujourd’hui celui du trafic de biens réels. Selon le livre Cybercriminalité, enquête sur les mafias qui envahissent le Web (1), 2005 a été l’année charnière. Le montant des vols liés aux infractions via la toile se serait élevé à plus de 100 milliards de dollars. Les chercheurs de l’organisation Computers Economics ne l’estimaient encore qu’à 18 milliards de dollars en 2004. La cybercriminalité, qui recouvre tous les délits et crimes assistés par les nouvelles technologies, comprend un large éventail d’infractions. Ainsi, le phishing (attaque informatique amenant la victime, par le biais d’un spam, sur un faux site, en apparence similaire à l’original), le pharming (de faux sites remplacent les originaux à leur adresse officielle), ou les arnaques sur l’e-commerce sont les formes de délits modernes les plus en vogue. « Des groupes organisés, souvent localisés dans les pays de l’ex-URSS, louent et contrôlent à distance des lots entiers d’ordinateurs (botnets), explique le Commissaire Divisionnaire Christian Aghroum, de l’Office de Lutte contre la criminalité lies aux technologies de l’information et de la communication (OCLCTIC). Cette technique leur permet de se cacher derrière d’autres adresses et de multiplier leur force de frappe, afin de lancer leurs opérations. » Avec cette méthode, pour seulement quelques centaines d’euros par jour, des salles entières de « botnets » passent leurs journées à envoyer des emails à un maximum de personnes de façon autonome. Ces emails, qui imitent ceux des banques ou des cybermarchands en vogue, demandent à l’internaute de se rendre sur un site pour y ressaisir certaines informations personnelles (nom d’utilisateur, mot de passe, données bancaires, etc.) pour conserver son compte. Une demande que ne font jamais les cybermarchands. En cliquant sur le lien contenu dans l’email, l’internaute se retrouve en fait sur le site d’un escroc. C’est une attaque phishing typique. Le pirate va ensuite récupérer les informations saisies par l’utilisateur. Il pourra alors piller le compte bancaire de la victime en effectuant des virements vers d’autres comptes ouverts dans des banques étrangères. « L’argent peut alors être retiré en liquide, puis replacé sur un nouveau compte, précise Christian Aghroum, ce qui ne facilite pas la recherche de ces réseaux mafieux. » L’escroquerie, elle aussi en forte progression, mise sur la naïveté des internautes. Des produits relativement chers (voiture, matériels informatiques) sont mis en vente sur la toile. Les malfrats tablent sur le manque d’attention de l’acheteur. Ainsi, on peut voir des internautes envoyer de l’argent par mandat cash ou courrier à de parfaits inconnus situés à l’étranger pour acheter une voiture qu’ils n’ont jamais vue ! « Même lorsqu’il achète sur Internet, le consommateur doit rester attentif et s’entourer de toutes les garanties, conseille Benoît Tabaka, Responsable des affaires juridiques et réglementaires de PriceMinister.com. En cas de doute, il doit contacter le site sur lequel il va acheter et où il a pu consulter les offres de vente ». Christian Aghroum insiste : « Les affaires sur le Net c’est la vraie vie. Il est vrai que sur des petits produits, on peut facilement se faire avoir. Mais sur des ventes de voitures à 10% de leur prix originel, il faut faire preuve de la même méfiance, que dans le monde réel. Sur une place de marché, l’acheteur dirait qu’il ne sent pas cette affaire, qu’il veut voir la voiture, qu’il ne veut pas payer en liquide. Sur Internet, il faut avoir la même logique ! » C’est alors le manque de formation des internautes qui est mis en cause. « Les internautes adultes d’aujourd’hui ont été formés par leurs enfants ! » Les auteurs de ces infractions profitent de la dimension internationale d’Internet. C’est la seule véritable différence entre la cybercriminalité et la criminalité « classique ». « Nous sommes dans la même situation que pour les trafics de stupéfiants dans les années 70, précise Christian Aghroum. Il faut donc un peu de temps. Nous réagissons de la même manière en nous organisant internationalement. » (1) Dunod, novembre 2006
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