jeudi 28 septembre 2006 14:45
DADVSI est-il le tant attendu dieu de l’amour ?
par Professeur Scrine (recueilli par Stéphanie Estournet)
tags : licence libre , widget , DADVSI , Professeur Scrine
Tous les jeudis, retrouvez les précisions linguistiques du Professeur Scrine.
Alors que des apprentis monteurs renversent la donne en se voyant convoités par Hollywood pour leurs talents de remixeurs, on me demande encore – plus ou moins ouvertement, il est vrai : « Professeur, est-il vrai que Tom Cruise et John Travolta sont à l’origine de Creative Commons ? » (Thomas K., étudiant en métacinéma) ; « DADVSI est-il le tant attendu dieu de l’amour ? » (Al et Loula, apprentis mystiques). Explication par l’exemple : la ballade, que vous avez composée avec vos petits doigts, est tellement jolie que des milliers d’internautes se la partagent bientôt, une fois mise en ligne. On la retrouve sur un site polonais, puis remixé par un DJ sud-coréen. « Le début de la gloire ! », pensez-vous. Mais si un affreux publicitaire australien l’utilisait pour une pub pour serviettes hygiéniques… Pour un Derrick aborigène... Le droit d’auteur classique interdirait par défaut toute évolution via la Web – exit le remix sud-coréen. Le contrat proposé par Creative Commons inclut, lui, les usages possibles de l’œuvre voulus par l’auteur. Vous seul décidez du devenir de votre chansonnette. Et en avant la zizique. Le très controversé projet de loi appelé DADVSI, relatif au droit d’auteur, vise à empêcher toute copie sauvage sur le Net en légalisant le contrôle de l’usage des œuvres numériques par des mesures techniques de protection. Pour finir, le hit vocable de la saison : widget. Ma collègue, la pourtant fort savante professeure Gloss, hésite sur l’étymologie de ce mot. Originellement argotique pour désigner un « truc », un « bidule », il pourrait aussi être lu comme un clash de « Windows » et de « gadget ». « D’ailleurs, continue Gloss, regardez. » Et de me dévoiler les derniers widgets qu’elle avait téléchargés : une Betty Boop horloge en 3-D, une barre de recherche pour la Toile, un soleil cliquable donnant les prévisions météo pour les quarante-huit heures à venir. Top branchés, et totalement inutiles, m’assure cette femme de goût. Et n’oubliez pas, si vous recevez des mails ineptes, des coups de fil incompréhensibles, c’est peut-être que votre alternate reality game (ARG) nocturne déborde de son espace virtuel. Vous voilà prévenu. Bonne semaine sur vos écrans.
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